AccueilL'Allemagne comme laboratoire d'idées sur le nucléaire

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Publié le lundi 12 janvier 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

L'université Paris 7-Denis Diderot organise un séminaire international de deux ans sur « Le nucléaire en Allemagne » en partenariat avec le CNRS. La première partie va des années 1950 jusqu'au moment où le projet de sortir du nucléaire devient une réalité politique avec Die Grünen et le SPD ; la seconde partie portera sur les dilemmes actuels de l'Allemagne et sa tentation de « sortir du sortir du nucléaire » pour régler ses problèmes énergétiques.

Annonce

Ce séminaire se propose d’introduire en France la connaissance d’une séquence historique qu’on connaît mal. Il s’agit de l’histoire du nucléaire en Allemagne. Pourquoi s’intéresser à l’Allemagne ? Parce que ce pays s’est engagé dès l’après-guerre dans une réflexion et a opéré des choix qui font de son rapport au nucléaire une exception en Europe. Véritable laboratoire de réflexion sur le nucléaire, ce pays est particulièrement intéressant du point de vue de la recherche en sciences humaines et sociales.

Il s’agira dans ce séminaire de montrer comment une culture du nucléaire s’est constituée en Allemagne depuis l’après-guerre (première année), puis de voir comment elle pèse de tout son poids sur le dilemme actuel de l’Allemagne face au nucléaire (deuxième année).

Ce séminaire fera intervenir des philosophes, des sociologues, des historiens, des économistes ou encore des professionnels du secteur, français et allemands.

Il s’adressera aux étudiants en philosophie, sociologie, histoire, économie, sciences politiques, relations internationales, aux étudiants en physique, chimie, géologie, aux germanistes et, plus largement, à tous ceux que l’histoire allemande du nucléaire peut intéresser.

Ce séminaire comporte deux sessions. Le programme des séances de la première session est accessible sur les sites du CSPRP (http://www.csprp.univ-paris-diderot.fr --> Séminaires --> Séminaire PACEN-CSPRP) et du PACEN (http://pacen.in2p3.fr --> ACSSON --> ALIEN)

Calendrier des séances

mercredi 28 janvier

1. Le nucléaire militaire en Allemagne.

L’Allemagne s’est retrouvée au cœur de la guerre froide. La première rencontre de la RFA avec le nucléaire militaire se fait à travers les missiles installés par les Américains sur le sol allemand… C’est le début de la réflexion allemande sur le nucléaire. En juin 2008, l’opposition (Verts, SPD et extrême gauche) a réclamé le retrait des derniers missiles (des bombes à gravité de type B-61)…

Intervenants :

  • Béatrice Heuser (Université de Reading)
  • Jean-Pierre Maulny (IRIS)

mercredi 25 février

2. Le nucléaire civil allemand.

Dès 1955, l’Allemagne d’Adenauer se dote d’un Ministère des questions atomiques. Les premières centrales sont construites (Gundremmingen, Lingen et Obrigheim). Dans son programme de 1956, le SPD présente, lui, le nucléaire comme une chance pour l’humanité.

Intervenants :

  • Joachim Radkau (Université de Bielefeld)
  • Anselm Tiggemann (Université de Cologne)

Lors de la première séance du séminaire consacrée au nucléaire militaire en Allemagne, Béatrice Heuser (Université de Reading) et Jean-Pierre Maulny (IRIS, Paris) ont exposé comment, après guerre, les Etats Unis ont instrumentalisé la République Fédérale d’Allemagne dans le cadre d’une stratégie visant à éviter le face à face avec l’URSS. L’installation des missiles de l’OTAN sur le sol allemand — il en reste encore aujourd’hui à Bügel, dans le Land de Rhénanie-Palatinat — a déclenché un malaise durable dans un pays rongé par la culpabilité. On a proposé une analyse historico-sociologique de cette situation. Ce malaise a été et est encore très présent dans les relations franco-allemandes dès lors qu’on y aborde la délicate question de la force de dissuasion française et de la possibilité pour l’Allemagne d’y être associée. Il semble qu’en Allemagne la question du nucléaire militaire et le malaise dont elle est chargée ait été et soit toujours un élément essentiel du débat sur l’énergie nucléaire.

La deuxième séance du séminaire portera sur le nucléaire civil en Allemagne. Y interviendront deux des meilleurs connaisseurs de la question : Joachim Radkau (Université de Bielefeld) et Anselm Tiggemann (Université de Cologne). La question directrice de la séance sera : « Pourquoi le débat sur le nucléaire civil est-il devenu si violent en Allemagne ? » Ils retraceront l’histoire du nucléaire civil allemand et analyseront comment le débat qu’il a suscité a évolué des années 1950 à nos jours.

Joachim Radkau est historien. En Allemagne, il fait figure de pionnier des recherches en sciences humaines et sociales sur le nucléaire. Il est l’auteur d’Aufstieg und Krise der deutschen Atomwirtschaft 1945 - 1975. Verdrängte Alternativen in der Kerntechnik und der Ursprung der nuklearen Kontroverse[Essor et crise de l’économie nucléaire 1945-1975. Alternatives écartées dans la technique nucléaire et origine du débat sur l’énergie nucléaire], livre qui est l’un des classiques des études allemandes sur le nucléaire.

Anselm Tiggemann est historien. Il a beaucoup travaillé sur la question de l’enfouissement des déchets nucléaires. Il est l’auteur de Die « Achillesferse » der Kernenergie in der Bundesrepublik Deutschland. Zur Kernenergiekontroverse und Geschichte der nuklearen Entsorgung von den Anfängen bis Gorleben 1955 bis 1985[Le « talon d’Achille » de l’énergie nucléaire en République Fédérale d’Allemagne. Le débat autour de l’énergie nucléaire et l’histoire de l’enfouissement des déchets nucléaires des débuts jusqu’à Gorleben (1955-1985)].

mercredi 11 mars

3. Karl Jaspers, plutôt mort que rouge…

Philosophe de l’existence de renommée mondiale avant la guerre, Jaspers se penche dès 1946 sur la question de la culpabilité allemande, puis consacre en 1958 un grand ouvrage à la question de la bombe atomique : La Bombe atomique et l’avenir de l’homme.

Intervenants :

  • Bernd Weidmann (Heidelberg)
  • Jean-Marie Paul (Université d’Angers)
  • Gilbert Merlio (Université de Paris 4)
  • François Rigaux (Université catholique de Louvain)
La troisième séance (11 mars) portera sur l’intervention de Karl Jaspers dans le débat sur la bombe atomique. En 1956, en pleine guerre froide, dans un pays dont nous avons vu (au cours de la première séance) quel rôle les Etats-Unis lui avaient réservé dans sa stratégie, l’un des grands philosophes allemands du XXème siècle, a pris parti, dans une conférence radiophonique de vingt minutes pourla bombe et contrel’URSS. « Plutôt mort que rouge ». Censée prendre la forme d’un « petit livre », cette conférence débouchera, deux ans plus tard, en 1958, sur un volume de 700 pages (La Bombe atomique et l’avenir de l’homme, 1958, trad . fr. Buchet Chastel, 1963). L’objectif de cette séance est d’établir en quoi, plus qu’une simple prise de position atlantiste, ce livre est un véritable ouvrage de philosophie reposant sur une conception bien particulière de la morale et de l’histoire : « La vie que l’homme, né pour la liberté, doit tout faire pour sauver, est plus que la vie.  C’est pourquoi la vie […], qu’il s’agisse de la vie individuelle ou de la vie en général, peut être mise en jeu et sacrifiée au nom d’une vie digne d’être vécue ».

Interviendront au cours de cette séance :

Bernd Weidmann (Université de Heidelberg) : auteur d’une thèse sur « Karl Jaspers en tant qu’écrivain politique », Bernd Weidmann a écrit de nombreux articles sur Jaspers, Hannah Arendt et Jürgen Habermas. Il a édité en 2004 un volume collectif Existenz in Kommunikation. Zur philosophischen Ethik von Karl Jaspers[Existence en communication. L’éthique philosophique de Karl Jaspers].  

Jean-Marie Paul (Université d’Angers) : historien de la littérature et des idées (il a travaillé sur le pessimisme, le mal et le peuple), Jean-Marie Paul a organisé un colloque sur Jaspers, en 1986, à Nancy, dont les actes ont été publiés sous le titre Situation de l’homme et histoire de la philosophie dans l’œuvre de Karl Jaspers.

mercredi 15 avril

4. Quand le projet de sortir du nucléaire devient une réalité politique : les Verts et le ralliement du SPD.

La séance du séminaire sur la doctrine du sortir du nucléaire, avec Rebecca Harms, Jo Leinen (eurodéputés appartenant respectivement à Die Grünen et à la SPD) et Klaus Traube, qui aurait dû avoir lieu le 4 mars à l’amphithéâtre Buffon de Paris 7, se tiendra en fait le 15 avril, de 15 heures à 18 heures, à l’Institut Historique Allemand, Hôtel Duret-de-Chevry, 8 rue du Parc Royal, 75003 Paris (Métro Saint Paul [ligne 1] ou Chemin vert [ligne 8]).

En 1986, sous le choc de la catastrophe de Tchernobyl, le SPD se rallie au projet des Verts de sortir du nucléaire. En juin 2000, l’Allemagne annonce sa décision d’abandonner le nucléaire. La loi votée en 2002 prévoit une fermeture progressive des différents réacteurs après 32 ans d’exploitation, soit au plus tard en 2021 et interdit toute nouvelle construction et tout retraitement dès 2005.

Intervenants :

  • Rebecca Harms (députée - die Grünen)
  • Jo Leinen (député – SPD)
  • Klaus Traube (ancien directeur d’INTERATOM)

jeudi 30 avril

5. Robert Jungk. D’Hiroshima à la question de l’« Etat atomique ».

Résistant au nazisme, Jungk a commencé à s’interroger sur le nucléaire à travers Hiroshima (Plus clair que mille soleils [1956], Vivre à Hiroshima [1958]). Il fait partie des fondateurs du mouvement antinucléaire allemand. On lui doit le concept d’« Etat atomique » développé dans L’Etat atomique. Les retombées politiques du développement nucléaire (1977).

Intervenants :

  • Peter-Stefan Jungk (Paris)
  • Marco Heuer (Berlin)

jeudi 7 mai

6. Le mouvement antinucléaire : du pacifisme des années 1950-1960 aux grandes manifestations des années 1970-1980.

Le mouvement antinucléaire allemand s’est développé au carrefour de deux causes qu’il a fini par faire fusionner : la cause pacifiste et la cause écologiste. Il se radicalise et les Marches de Pâques des années 1950 cèdent la place aux grandes manifestations de Wyhl (1975), Brockdorf (1976), Kalkar (1977) et Wackersdorf (1985),

Intervenants :

  • Holger Nehring (Université de Sheffield)
  • Dieter Rucht (Université de Berlin)
  • Gilbert Merlio (Université de Paris 4)

mercredi 3 juin

7. Günther Anders et la menace nucléaire.

Elève de Husserl et de Heidegger, Anders s’est consacré après Hiroshima à une réflexion de type apocalyptique sur le nucléaire. Il considère que le nucléaire modifie notre rapport à l’histoire et transforme notre avenir en un simple délai.

Intervenants :

  • Margret Lohmann (Hambourg)
  • Franz Schandl (Vienne)

Catégories

Lieux

  • Amphithéatre Buffon, Bâtiment Buffon, Université Paris 7-Denis Diderot, 15, rue Hélène Brion (Métro : ligne 14 RER C)
    Paris, France

Dates

  • jeudi 07 mai 2009
  • mercredi 28 janvier 2009
  • mercredi 25 février 2009
  • mercredi 04 mars 2009
  • mercredi 11 mars 2009
  • jeudi 30 avril 2009
  • mercredi 03 juin 2009

Mots-clés

  • Allemagne, nucléaire

Contacts

  • Christophe David
    courriel : christophe [dot] t [dot] david [at] wanadoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Christophe David
    courriel : christophe [dot] t [dot] david [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'Allemagne comme laboratoire d'idées sur le nucléaire », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 12 janvier 2009, http://calenda.org/196303