AccueilFiefs, bastions, terres de mission et déserts électoraux de la Révolution à nos jours

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Publié le lundi 12 janvier 2009 par Marie Pellen

Résumé

La géographie électorale reste à bien des égards un des vecteurs privilégiés de la construction d'une identité politique structurante pour un parti, une carrière individuelle, un territoire et ses habitants. Le présent colloque se propose d'en mesurer les traits dans ses différentes dimensions et appellations.

Annonce

Colloque organisé par l’université de Poitiers (GERHICO-CERHILIM EA 4270)

Les 24-25 septembre 2009

Avec le soutien du CEMMC (Bordeaux 3) et du CHPP

Organisateurs :

  • Éric Kocher-Marboeuf (Université de Poitiers)
  • François Dubasque (Association Georges Pompidou)

 

Employées sans réelle distinction de sens par la plupart des commentateurs de la vie politique à l’occasion des soirées électorales, les expressions de « fief », de « bastion », « terre de mission » et de « désert » électoraux semblent communément renvoyer à une identité politique locale où s’entremêlent tradition, folklore et jeu d’influence d’une famille ou d’une personnalité politique. Le microcosme médiatique se contente bien souvent de donner une grille de lecture superficielle et stéréotypée de phénomènes qui amusent autant qu’ils intriguent. Pourtant au-delà de cette présentation de scores imposants ou faibles, récurrents au fil des scrutins locaux et nationaux, les politologues opèrent une distinction fonctionnelle. Selon Christian Le Bart (CRAPE Rennes), Emmanuel Négrier (CEPEL Montpellier), Rémi Lefèbvre (CERAPS Lille) et Hélène Reigner (INRETS Salon de Provence), co-organisateurs d’une journée d’étude tenue à l’IEP de Paris au printemps 2008 consacrée aux formes de politisation locales à l’occasion des élections municipales, la notion de fief sous-tendrait l’existence de facteurs « horizontaux » (réseaux affinitaires locaux, échanges politiques territoriaux...), alors que celle de bastion traduirait des influences verticales (ressources partisanes, catégorielles, institutionnelles...). Quant aux expressions « terres de mission » et « déserts », elles servent de marqueurs pour renforcer l’idée d’échec d’une implantation partisane.

Pour l’historien, la sémantique prend sans doute un tour moins théorique que chez les politologues et s’ancre davantage dans l’espace – temps en privilégiant fréquemment l’approche monographique pour un territoire donné ou encore la biographie.

La notion de fief électoral pose problème dans un régime qui repose sur le suffrage universel car elle suggère une limitation des modalités d’exercice démocratique de la vie politique. Elle désigne de puissants liens entre un homme politique et sa circonscription d’élection. De nombreuses études sur les parlementaires ont mis en relief le degré d’ancrage local comme facteur de réussite politique. La capacité de l’élu à constituer un fief électoral dépend de sa capacité à établir et à maintenir des liens de dépendance personnelle. Celui-ci enracine durablement son pouvoir grâce à ses réseaux de clientèle et de sociabilité. Il peut transmettre son fief à un « héritier » dont l’expression renvoie à celle de « dynastie politique ». La persistance de « traces » du système féodo-vassalique dans les systèmes électoraux de l’époque contemporaine n’est donc pas uniquement une commodité de langage. Elle s’exprime à travers la transmission et le renouvellement d’un capital d’influence qui assure la permanence des élites politiques. Dans la quasi-totalité des Etats européens, le patrimoine foncier a longtemps rimé avec puissance et enjeux politiques. On peut ainsi évoquer les circonscriptions des « bourgs pourris » au Royaume-Uni, la domination des Junckers au Landtag de Prusse élu selon un système censitaire les favorisant ; quant à Napoléon 1er n’a-t-il pas rêvé de fonder un patriciat impérial via les sénatoreries, une idée d’oligarchie terrienne maintenue avec les pairies des régimes suivants ? Au début du XXe siècle, André Siegfried, étudiant le comportement électoral de la France de l’ouest, insistait sur le poids politique déterminant de la noblesse foncière dans de nombreux départements au vote conservateur, une donnée structurelle qui a traversé le siècle et dont il ne reste plus que quelques signes visibles à l’échelle d’une commune ou d’un canton traditionnellement détenus par le châtelain du pays. Si le fief politique ne peut s’entendre comme le démembrement d’une partie des prérogatives régaliennes de l’Etat au profit d’un vassal, il est possible de comparer certains « parachutages » dans des circonscriptions en or à des faits du Prince. On pense notamment aux nombreux cas de repêchage électoral pendant l’entre-deux-guerres dans des régions réputées propices comme les colonies ou les zones montagneuses, ou encore à celui des membres des cabinets ministériels dans la France de la Ve République. Pour toute carrière politique d’envergure nationale, l’assise territoriale est fondamentale. La décentralisation et les politiques d’aménagement local ont contribué à accentuer ce phénomène en renforçant, par le biais des transferts de compétence, le pouvoir des élus locaux. Mais contrôler une circonscription, c’est aussi pouvoir agir sur ses découpages administratifs et politiques. Dans un tel système, l’adoubement est ainsi remplacé par le principe de l’investiture des candidats aux fonctions électives. Les rapports entre partis, grands et petits élus, comportent également des obligations réciproques, à l’image de la structure féodo-vassalique. Reste donc à étudier le phénomène de territorialisation des élections, ses enjeux, les discours et modalités de légitimation qu’il suscite : comment se construit un fief, sur quelle durée, avec quelle pérennité et dans quel but ?

Pour sa part, la métaphore du bastion appliquée à la vie politique traduit plutôt l’esprit de résistance d’une commune, d’une circonscription, vis-à-vis d’un environnement dominant adverse. Fortification quasi inexpugnable par sa sociologie, ses activités économiques, un passé historique particulier, le bastion repose en interne sur l’action militante qui contribue à sa vigueur. Il conviendra toutefois de dresser une typologie des zones de force des partis, évoquant en termes de « bastions », l’enjeu de la bataille électorale.

Enfin, si les expressions de « terres de mission » et de « déserts » électoraux renvoient à l’écriture toujours ardue d’une histoire en creux, elles ont une connotation religieuse. Un candidat habile peut espérer « convertir » ou ramener « à la vraie foi » politique les électeurs de sa circonscription, tandis que l’ascète acceptera de se présenter pour témoigner dans un désert, sans espoir de changer la donne finale.

Au-delà des clichés véhiculés par l’abondance de références métaphoriques, ces expressions soulèvent de véritables enjeux méthodologiques pour les historiens travaillant sur les identités et cultures politiques, l’approche biographique ou la monographie. Appréhender le phénomène de territorialisation de la vie politique implique de prêter autant d’attention aux électeurs – explication des votes et analyse des comportements électoraux – qu’aux élus à travers le cumul des mandats, le savoir-faire électoral ou la notabilité. Cette voie d’entrée doit conduire à analyser avec profit les positions de pouvoir politique. Dans cette optique, la confrontation des travaux et des méthodes – notamment celles d’une géographie électorale renouvelée - ne peut que déboucher sur une perception comparative à l’échelle locale, nationale et internationale tout à fait stimulante.

Quelques axes non exclusifs peuvent d’ores et déjà être tracés :

  • Les acteurs de la territorialisation de la vie politique
  • Les anciennes et nouvelles formes de contrôle de l’espace électoral (notabilité, contrôle partisan, réseaux)
  • Les interférences entre dynamiques électorales et dynamiques spatiales
  • L’évolution de l’espace politique : perceptions, représentations et discours
  • Le politique comme instrument de territorialité (pôles émetteurs, zones d’adoption, frontières politiques, etc.)

Les propositions de communication (une page maximum accompagnée d’une présentation succincte de l’auteur sont à adresser avant le 15 février 2009 à Éric Kocher-Marboeuf (eric.kocher.marboeuf@univ-poitiers.fr) ainsi qu’à François Dubasque (dubasque.francois@neuf.fr).

 

Lieux

  • auditorium Médiathèque François Mitterrand
    Poitiers, France

Dates

  • dimanche 15 février 2009

Mots-clés

  • élections, partis, politique

Contacts

  • Eric Kocher-Marboeuf
    courriel : eric [dot] kocher [dot] marboeuf [at] univ-poitiers [dot] fr

Source de l'information

  • Eric Kocher-Marboeuf
    courriel : eric [dot] kocher [dot] marboeuf [at] univ-poitiers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Fiefs, bastions, terres de mission et déserts électoraux de la Révolution à nos jours », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 12 janvier 2009, http://calenda.org/196316