AccueilLes élites et la terre du XVIe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale

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Publié le mercredi 14 janvier 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

De l’époque moderne à la veille de la Seconde guerre mondiale, les élites ont entretenu un rapport étroit à la terre. Celle-ci constitue non seulement un patrimoine foncier, mais aussi une source de revenu en tant qu’exploitation agricole, un lieu de vie ou de séjour occasionnel, un enjeu de pouvoir, un élément de prestige social… Or si le rapport des élites à la terre a été envisagé sous certains aspects par de nombreux historiens, il n’a jamais fait, dans sa globalité, l’objet d’un ouvrage ou d’un colloque. Ce colloque se propose donc d’observer les liens multiformes qui unissent, depuis plusieurs siècles, les élites à leur patrimoine foncier et de repérer ce qui fait, ou non, la spécificité des élites terriennes. Il s’agira de s’interroger sur ce qu’apporte la terre aux élites, et les élites à la terre et aux gens de la terre, économiquement, politiquement, mais aussi socialement ou culturellement.

Annonce

De l’époque moderne à la veille de la Seconde guerre mondiale, les élites ont entretenu un rapport étroit à la terre. Celle-ci constitue non seulement un patrimoine foncier, mais aussi une source de revenu en tant qu’exploitation agricole, un lieu de vie ou de séjour occasionnel, un enjeu de pouvoir, un élément de prestige social… Or si le rapport des élites à la terre a été envisagé sous certains aspects par de nombreux historiens, il n’a jamais fait, en tant que tel, l’objet d’un ouvrage ou d’un colloque.

On entend par élites, un « ensemble de personnes considérées comme les meilleures, les plus remarquables d’un groupe, d’une communauté ». On retiendra ici comme élites des personnes physiques et non morales. Ce sera donc la possession – significative – de la terre qui circonscrira en l’occurrence le groupe élitaire. La question sera envisagée du début des Temps modernes à la première moitié du XXe siècle, l’époque révolutionnaire et le XIXe siècle, constituant en la matière, des périodes de profonds bouleversements. En revanche, le basculement du monde rural après 1945, explique que nous arrêtions notre étude à la veille de la Seconde guerre mondiale.

Aussi, ce colloque se propose-t-il d’observer les liens multiples qui unissent les élites à leur patrimoine foncier et de repérer ce qui fait, ou non, la spécificité des élites terriennes. Il s’agit de s’interroger sur ce qu’apporte la terre aux élites, et les élites à la terre et aux gens de la terre, économiquement, socialement, mais aussi politiquement ou culturellement. Plusieurs axes guideront notre réflexion :

Les élites et le patrimoine foncier : il s’agira de comprendre ce que signifie investir aux champs, d’identifier les grandes périodes d’acquisition ou au contraire de déprise du foncier et sous quelles formes se font les acquisitions (achat de grands domaines tout constitués, ou constitution de domaines par remembrement, rassemblement d’unités disparates).

Les élites et la modernisation rurale et/ou agricole : il sera en effet intéressant de voir comment se comportent les élites face à gestion de leurs domaines et de leur personnel, de quelles manières elles assurent la valorisation des productions (promotion de certains produits, inventivité des techniques commerciales…). Par ailleurs, on tentera de mesurer leur part dans la  promotion de la modernité agricole, notamment à travers la place qu’elles ont pu prendre dans les sociétés agricoles (sociétés d’agriculture, comices, syndicats et caisses mutuelles d’assurance ou de crédit), la participation à la mise en valeur du paysage rural (travaux d’assainissement, de drainage, d’irrigation...) et à la modernisation de l’habitat rural (introduction de nouvelles normes de confort, arrivée de l’eau courante, etc). Cela nous amènera à considérer aussi la relation des élites et de l’enseignement agricole (création d’écoles ou fréquentation de ces écoles). Cependant, notre lecture ne serait pas univoque. Il faudra en effet envisager les résistances des élites à la modernisation agricole et/ou rurale.

Les enjeux sociopolitiques de la possession de la terre. On peut se demander en effet dans quelle mesure la terre assigne-t-elle au grand propriétaire foncier un rôle social, moral et politique, et si ce rôle est constant du XVIe siècle au XXe siècle. Entre domination et affrontement, les enjeux de la possession de la terre sont multiples, et s’immiscent aussi bien dans les rapports entre les élites et le reste de la population, qu’à l’intérieur du groupe élitaire. La question de la mise à disposition des autres de sa terre ou, à l’inverse, celle de la disparition des terres collectives et des droits d’usage influent nettement sur l’image du propriétaire terrien, qui peut par ailleurs être perçu comme un potentiel dispensateur de travail. Aussi, l’identité de propriétaire terrien peut-elle être ou non revendiquée, notamment dans le cadre d’une élection.

Le rapport personnel des élites à la terre est un angle d’approche indispensable. La question fondamentale sera bien sûr celle de l’absence/présence des élites aux champs. Il faudra en mesurer la temporalité, à l’échelle d’une année – phénomène de la double résidence, présence à la campagne pendant les vendanges ou les vacances de Noël – d’une vie – retour à la terre au moment de la retraite, ou dans les périodes de « traversée du désert » – et au fil du temps – périodes de retour à la terre, de déprise rurale… Par ailleurs, on envisagera la question de l’abandon de la terre de gré ou de force, en lien avec la diminution de la rente foncière, le mouvement de conversion des fortunes, l’expulsion pour cause familiale, économique, politique, la vente des biens nationaux, le choix de la ville… Mais il faudra en symétrique considérer le fait de rester sur sa terre, là aussi de gré ou de force, qu’il s’agisse du repli à la campagne en période de troubles politiques,  de l’envoi en exil à la campagne de certains ministres en disgrâce, des phénomènes de  traversée du désert...

Sur cet espace, se développe alors un certain style de vie, en partie fait de sociabilités – cercles de connaissance, clubs et cercles politiques…– et de loisirs aux champs – chasse, promenades champêtres, équitation…– qui contribuent à former les représentations de la terre et de ses élites, que ce regard soit celui des élites elles-mêmes ou des personnes extérieurs, s’exprimant par les mémoires, les voyages, la peinture et la littérature… Dès lors se développent une symbolique de la terre et de sa possession chez les élites, la terre pouvant par exemple devenir le support de l’identité familiale ou le vecteur d’un statut social (se penser, se présenter comme propriétaire foncier/agriculteur/vigneron…).

En somme, ce colloque se propose d’observer les liens multiformes qui unissent, depuis plusieurs siècles, les Elites et la Terre, qu’ils soient économiques, politiques, sociaux ou culturels

Programme

Jeudi matin

8h 45 : Accueil des participants

9h 15 : Ouverture du colloque, introductions de bienvenue

  • Christophe Bouneau, directeur de la MSHA
  • Michel Figeac, directeur du CEMMC
  • Sylvie Guillaume, présidente du Conseil Scientifique de l’Université Bordeaux 3

9h 30 : Introduction scientifique du colloque par Caroline Le Mao et Corinne Marache

Atelier A.  Elites, fermage et métayage

10h 00 : Jean-Pierre Jessenne, Les élites fermières et les stratégies foncières en France du Nord : priorité à la propriété ou à la location ?

10h 25 : Jean-Marc Moriceau, Les Fermiers de l’Ile-de-France et leur ferme au XIXe siècle : une affaire patrimoniale ?

10h 50 : discussion et pause

11h 10 : Yann Lagadec, Le pouvoir sans la terre : les fermiers de métairie, une élite rurale dans la Haute-Bretagne des XVIIIe et XIXe siècles

11h 35 : Michel Combet, La question du métayage : évolution du discours des élites périgourdines durant le XIXe siècle

12h 00 : discussion

Atelier B. Terre, élites, conflits et tensions

10h 00 : Jérôme Luther Viret, Femmes et patrimoine dans la noblesse normande. L’exemple de la seigneurie de Torchamp en Domfrontais (XVe-XVIIIe siècle)

10h 25 : Stéphanie Lachaud, Les conflits liés à l’exercice des droits seigneuriaux en Sauternais aux XVIIe et XVIIIe siècles : sources de tensions sociales, regains d’archaïsmes ou élans de modernité ?

10h 50 : discussion et pause

11h 10 : Edouard Lynch, Mouvements agricoles et atteinte à la propriété dans la première moitié du XXe siècle : disparition et mutation d’un répertoire «  traditionnel » de la contestation paysanne

11h 35 : Alexandre Fernandez, Associations locales et provinciales, propriétaires et paysans : enjeux et conflits autour des désamortissements au Pays Basque et en Navarre

12h 00 : discussion

Jeudi après-midi

Atelier A. Les « stratégies foncières » : quels  enjeux pour les élites ?

14h 30 : Olivier Chaline, Les seigneurs conquérants : redistribution et concentration des terres en Bohême (vers 1620- vers 1660)

14h 55 : Philippe Jarnoux, L’investissement foncier des élites  citadines dans la Bretagne du XVIIe siècle

15h 20 : Fabrice Boudjaaba, Les élites et le marché foncier. Des acheteurs comme les autres ? XVIIIe-XIXe siècles

15h 45 : discussion et pause

16h15 : Claude-Isabelle Brelot, La terre comme facteur de déclassement des élites à la fin du XIXe siècle

16h 40 : Maria Malatesta, Les élites foncières italiennes entre  innovation,  conservatisme et réaction, 1860-1940

17h 05 : discussion

Atelier B. Terre, innovation, modernité

14h 30 : Corinne Marache, Bugeaud et l’agriculture : passion, résignation ou stratégie ?

14h 55 : Gloria Sanz Lafuente, Entre la conservation des "vieux droits" et la transformation de l'entreprise coopérative d'élevage. L’Association des Éleveurs de Saragosse, 1800-1901

15h 20 : Marguerite Figeac, Noblesse et viticulture au XIXe siècle : l'exemple du Bordelais

15h 45 : discussion et pause

16h 15 : Michel Figeac, La ferme expérimentale du Duc de Bordeaux. Les élites girondines entre agronomie et traditionalisme (1820-1834)

16h 40 : Caroline Le Mao, La formation d’un grand vignoble : nouvelles perspectives sur le château Margaux

17h 05 : discussion

Vendredi matin

Atelier A. Terre, élites et pouvoir politique

9h 30 : Alain Contis, Des fléaux du ciel aux bienfaits fiscaux du roi

09h 55 : David Bensoussan, Terre et stratégie socio-politique : Le comte de Guébriant et l’organisation agricole en Bretagne dans la première moitié du XXe siècle

10h 20 : discussion et pause

10h 40 : Christine Bouneau, Elites régionales et modernisation rurale : le groupe des régionalistes de l’entre-deux-guerres dans le Sud-Ouest toulousain

11h 05 : Jean Vigreux, Les élites kominterniennes et la terre

11h 30 : discussion

Atelier B. La famille et la terre, des approches différenciées

9h 30 : Dominique Picco, Les femmes et la terre (fin XVIIe-XVIIIe siècles)

9h 55 : Hervé Bennezon, Entre terres et honneurs, une famille paysanne des environs de Paris sous Louis XIV

10h 20 : discussion et pause

10h 40 : Stéphane Minvielle, Querelle familiale autour des fruits d’un bourdieu de Caudéran  au début du XVIIIe siècle : l’affaire Audat, veuve d’un Bourgeois et marchand de Bordeaux

11h 05 : Isidro Dubert, Vieillesse, élites et familles dans la Galice rurale, 1752-1869

11h 30 : discussion

Vendredi après-midi

Atelier A. Terre, identités et art de vivre (1)

13h 45 : Jean-Pierre Poussou, Les Landlords des îles Britanniques et la terre (milieu XVIIe- milieu XIXe siècle)

14h 10 : Charles-François Mathis, Hugh Lupus Grosvenor : un duc au National Trust

14h 35 : Rita Aldenhoff-Hübinger, Les élites et la terre. Tendances récentes de la recherche à propos de l’Allemagne, 1850-1930

15h : discussion

Atelier B. Terre, identités et art de vivre (2)

13h 45 : Philippe Grandcoing, Elites de la terre, élites à la terre ? Grande propriété foncière et résidence aux champs sous la Troisième République en Limousin

14h 10 : Thierry Truel, Entre « rat des villes » et « rat des champs », la construction d’une notabilité périgourdine: Oscar Bardi de Fourtou à Ribérac des années 1860 aux années 1890

14h 35 : Annie Antoine, Martine Cocaud, Les élites et l'exploitation agricole : entre loisir et profit (XVIIIe -1914)

15h 00 : discussion 

15h 30 : Conclusions par Nadine Vivier et Gérard Béaur

Lieux

  • Université Bordeaux 3 - Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine / Maison des Pays Ibériques
    Bordeaux, France

Dates

  • jeudi 02 avril 2009
  • vendredi 03 avril 2009

Mots-clés

  • terre, élites, rural, agriculture, innovation, transmission

Contacts

  • Corinne Marache
    courriel : c [dot] marache [at] libertysurf [dot] fr
  • Caroline Le Mao
    courriel : carolinelemao [at] yahoo [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Corinne Marache
    courriel : c [dot] marache [at] libertysurf [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les élites et la terre du XVIe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 14 janvier 2009, http://calenda.org/196332