AccueilLes représentations du passé : entre histoire et mémoire

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Publié le mercredi 21 janvier 2009 par Marie Pellen

Résumé

La revue Conserveries mémorielles vient de lancer un nouvel appel à contribution portant sur les représentations du passé. Il se veut une invitation à une réflexion historique et théorique sur la question des rapports entre histoire et mémoire. De façon plus précise, il s'agit de déterminer la fécondité heuristique du concept de « représentation(s) » pour élucider cette question au cœur de l’épistémologie de l’histoire.

Annonce

À la fois complétementaires et antagonistes, les relations entre histoire et mémoire en tant qu’appropriations du passé sont une question épistémologique au cœur de la discipline historique. Si la question ne date pas d’hier, elle a pris une importance nouvelle depuis les vingt dernières années sous l’impulsion de ce que les historiens Pierre Nora, François Hartog et Allan Megill ont aptement et respectivement nommé le « moment-mémoriel », le « flot mémoriel » et la « memory craze ». Ce phénomène se caractérise essentiellement par l’irruption de la mémoire dans l’ensemble des sphères de la société générant une « commémorite » aiguë, une (sur)patrimonialisation du passé et surtout un appel à un devoir de mémoire court-circuitant les opérateurs critiques du travail de l’historien. La mémoire tente de s’emparer, au détriment de l’histoire, de la totalité de l’espace représentationnel du passé : elle se place devant l’histoire comme mode de gestion du passé. Ce véritable défi mémoriel a engendré une importante littérature notamment chez les historiens et les philosophes sur la nature des rapports entre histoire et mémoire. Si un constat peut être fait de cette littérature foisonnante, c’est bien la complexité caractérisant ces rapports, complexité qui résulte avant tout de leur historicité. La nature des rapports entre histoire et mémoire a en effet variée tant dans le temps que dans l’espace de l’Antiquité jusqu’à nos jours.

    À cet égard, le présent appel à contribution vise à renouveler la question des rapports entre histoire et mémoire à travers le prisme conceptuel des représentations. Cette approche connaît un succès considérable en histoire et dans l’ensemble des sciences sociales et participe à leur tournant herméneutique et pragmatique ; l’histoire et les sciences sociales s’« humanisent » (François Dosse) en se distanciant du déterminisme, du matérialisme, du structuralisme et du fonctionnalisme leur ayant longtemps servi de matrices théoriques. Le concept de représentations leur permet de mieux établir l’agencéité des dimensions réflexive, discursive et idéelle du comportement des acteurs sans pour autant les désincarner de leur environnement social comme le faisait une certaine histoire des idées maintenant dépassée. Or, les ressources heuristiques de l’approche des représentations ont paradoxalement été peu mises à profit par les chercheurs s’intéressant aux relations entre histoire et mémoire, à l’exception notoire de Paul Ricoeur et de certains adeptes de la new philosophy of history. Pourtant, histoire et mémoire sont, avant toutes choses, comme le rappelle l’auteur de La Mémoire, l’histoire et l’oubli, deux formes de représentation – prise dans l’acception de la présence de l’absence – du passé. La notion de représentation(s) en histoire et en sciences sociales peut à la fois désigner la démarche du chercheur comme opération, être mobilisée dans sa référencialité comme source témoignant d’une réalité extra-langagière et finalement être saisie dans sa performativité comme objet, notamment dans le cadre d’une histoire de la mémoire. En ce sens, il n’est pas exagéré de prétendre que la question des rapports entre histoire et mémoire ne peut se comprendre sans recourir au concept polysémique de représentation(s). Conjuguer la question des rapports entre histoire et mémoire à l'approche théorique des représentations pourra ainsi s'avérer pertinent pour (ré)apprécier la nature complexe de ces rapports, question ayant fait coulé beaucoup d'encre depuis les vingt dernières années, mais qui est toutefois loin d’être épuisée.

Cette mise en relation peut s’effectuer en suivant plusieurs stratégies. Pour cette raison, nous sommes ouverts à des contributions provenant de l’ensemble des horizons disciplinaires des sciences sociales et humanités. Le chercheur intéressé pourra s’inspirer de cette liste (non-exhaustive) d’axes thématiques et de problématisation :
  • réflexions épistémologiques sur les rapports entre histoire et mémoire
  • les théoriciens facent à la mémoire et/ou à l’histoire
  • mémoire de l’histoire et des historiens ; l’ego-histoire
  • réflexions historiques sur les rapports complémentaires et conflictuels entre histoire et mémoire de l’Antiquité à nos jours
  • représentations du passé comme opération, sources et objets de l’histoire et des sciences sociales
  • histoire/sociologie de la mémoire envisagée comme une histoire/sociologie des représentations du passé
  • modalités de production et de réception des représentation du passé
  • nature et/ou fonctions sociales des représentations historiennes et/ou mémorielles du passé
  • tension entre référentialité et performativité dans les représentations du passé
  • histoire du temps présent et son rapport à la mémoire
  • lieux de mémoire comme outil méthodologique pour réconcilier la mémoire et l’histoire
Ces axes peuvent être abordés tant au moyen d’essais théoriques que de recherches empiriques prenant la forme d’études de cas. Nous encourageons la diversité des cadres spatio-temporels, car envisager les rapports entre histoire et mémoire dans leur inscription historique est une stratégie qui permet d’enrichir leur compréhension.

Dans le cadre de ce numéro de Conserveries mémorielles, journal électronique avec comité de lecture qui est publié par la Chaire de Recherche du Canada en histoire comparée de la mémoire (Université Laval, Québec, Canada), nous invitons les auteurs à soumettre des propositions de contributions (250 à 500 mots) avant le 5 mars 2009. Les articles des propositions retenues (maximum 10 000 mots) seront attendus pour le 5 juin 2009. Les contributions seront acceptées en français et en anglais.

Veuillez envoyer votre proposition ainsi qu’un court c.v. à l’adresse suivante :

histoire.memoire@gmail.com

Pour plus d’informations, consultez le site de la revue :

http://www.celat.ulaval.ca/histoire.memoire/revue.htm

Dirigé par Mélissa S.-Morin, doctorante en histoire, Université Laval et Université de Franche-Comté, et Patrick-Michel Noël, doctorant en histoire, Université Laval, le numéro sera publié à la fin de l’automne 2009.

Lieux

  • Canada
    Québec, Canada

Dates

  • jeudi 05 mars 2009

Mots-clés

  • histoire, mémoire, représentations, passé, épistémologie, historiographie

Contacts

  • Patrick-Michel Noël
    courriel : patrick-michel [dot] noel [dot] 1 [at] ulaval [dot] ca

Source de l'information

  • Patrick-Michel Noël
    courriel : patrick-michel [dot] noel [dot] 1 [at] ulaval [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Les représentations du passé : entre histoire et mémoire », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 21 janvier 2009, http://calenda.org/196396