Accueil Restaurer les œuvres d’art : acteurs et pratiques (XVIIIe-XXIe siècle)

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Publié le jeudi 22 janvier 2009 par Marie Pellen

Résumé

Depuis les années 1980, l’histoire de l’art fait une place toujours plus grande aux « intermédiaires », c’est-à-dire aux acteurs faisant le lien entre l’artiste, l’œuvre et le public. Au même moment, la sociologie de l’art s’est considérablement développée en étudiant les institutions et les acteurs qui contribuent à la production artistique et à la réception des œuvres. Le restaurateur d’œuvre d’art est l’un des personnages clé de cette chaîne. Cette journée d'étude, destinée aux jeunes chercheurs, vise à interroger les identités du restaurateur, ses activités, les milieux dans lequel il évolue, les règles auxquelles il est soumis et les manipulations qui caractérisent sa pratique.

Annonce

Journée d’étude

Restaurer les œuvres d’art : acteurs et pratiques (XVIIIe-XXIe siècle)

30 juin 2009

INHA

Appel à communications

Depuis les années 1980, l’histoire de l’art fait une place toujours plus grande aux « intermédiaires »,[1] c’est-à-dire aux acteurs faisant le lien entre l’artiste, l’œuvre et le public. L’étude des marchands, des collectionneurs, des amateurs, des commissaires-priseurs, des experts, des conservateurs de musées ou encore des critiques d’art a ainsi pris une grande ampleur. Au même moment, la sociologie de l’art s’est considérablement développée en étudiant les institutions et les acteurs qui contribuent à la production artistique et à la réception des œuvres. Elaboré par Howard Becker, le concept de « monde de l’art »[2] a notamment été fréquemment investi pour analyser les « chaînes de coopération » établies entre les artistes, le public et les différents intermédiaires. Trop fréquemment absent des recherches développées en histoire de l’art ou en sociologie, le restaurateur d’œuvre d’art est l’un des personnages clé de cette chaîne. Passeur d’objets, acteur de leur réception, il modifie leur structure physique et peut participer à leur réévaluation.

Cette rencontre, destinée aux jeunes chercheurs, vise à interroger les identités du restaurateur, ses activités, les milieux dans lequel il évolue, les règles auxquelles il est soumis et les manipulations qui caractérisent sa pratique. Si le but est notamment de comprendre l’évolution de la figure du restaurateur depuis le XVIIIe siècle et de réfléchir à la possibilité d’une comparaison dans le temps, les propositions de communications ne doivent toutefois pas nécessairement prendre pour objet cette évolution. Toutes les spécialités ou types d’objets pourront être étudiés. De même, dès l’instant où ils sont clairement identifiés, tous les matériaux pourront être mobilisés : œuvres, documents d’archives, revues spécialisées, livres de compte, rapports de restauration, mémoires, coupures de presse, interviews, compte-rendu d’observation, manuels de restauration. Les contributions pourront s’inscrire dans l’un des trois axes de réflexion suivants, distingués par commodité mais concomitants et non exclusifs :

Axe 1. Les figures du restaurateur

 

Le premier axe porte sur les acteurs du monde de la restauration. Réparateur, restaurateur, raccommodeur, conservateur, préservateur ou conservateur-restaurateur : la diversité historique des appellations suggère la multiplicité des figures. En outre, ceux qui restaurent ne sont pas tous restaurateurs, et ceux que l’on appelle restaurateurs n’ont pas tous les mêmes objectifs. Que sait-on des amateurs et des collectionneurs qui entretiennent eux-mêmes leurs tableaux et objets précieux ? Que nous apprennent les manuels de restauration écrits par les professionnels à destination du public ? Comment un marchand qui restaure les œuvres avant de les revendre organise-t-il son activité ? L’apparition des formations spécialisées en restauration dans les années 1970 est-elle à l’origine d’un nouveau profil professionnel ? Les propositions de communications pourront notamment interroger les couples de figures suivants : l’amateur et le professionnel en matière de restauration, le praticien exerçant cette activité à titre principal ou secondaire, l’homme de métier et le scientifique. Le but est de comprendre les relations dynamiques liant ces différentes figures, que ces dernières coexistent à une même période ou se succèdent dans le temps. Enfin, d’autres figures pourront être prises en compte comme les fournisseurs et les clients du restaurateur, de manière à mettre en évidence le système d’acteurs qui se déploie ainsi autour du praticien.

Axe 2. Le restaurateur entre marché privé et commande publique 

Le deuxième axe interroge l’unité du monde de la restauration, en partant de la distinction couramment effectuée entre les domaines privé et public. Au XVIIIe siècle, on distingue en effet les interventions de restauration réalisées sur des œuvres appartenant à des marchands ou des particuliers et celles effectuées sur les œuvres de la Couronne ou de la Nation – les propos des amateurs visant généralement à regretter la piètre qualité des premières et à vanter l’excellence des secondes.[3] Aujourd’hui, ce ne sont plus les amateurs qui formulent de tels jugements mais plutôt les conservateurs et les restaurateurs travaillant pour les institutions publiques : ils critiquent les interventions réalisées à des fins mercantiles et revendiquent la spécificité de leurs méthodes – dites muséales – et de leur déontologie. Il ne s’agira pas ici d’évaluer les interventions réalisées dans l’un ou l’autre cas mais d’étudier ce qui pourrait ou non définir deux mondes de la restauration, au sens où chacun serait caractérisé par des conventions spécifiques. Si les archives portant trace du travail réalisé sur les collections publiques sont relativement nombreuses, quels sont les matériaux disponibles permettant d’appréhender celui effectué pour le marché privé ? Les praticiens qui travaillent pour les deux types de clientèles répondent-ils différemment à la demande ? S’appuient-ils sur leur clientèle institutionnelle pour accroître leur réputation auprès de leur clientèle privée, ou inversement ? Les propositions de communications pourront envisager d’étudier l’un ou l’autre des deux mondes ainsi distingués, ou bien de comparer leurs pratiques et leurs conventions respectives, à une époque donnée.

Axe 3. Restaurateur, créateur, faussaire ?

Le troisième axe de réflexion propose d’explorer les frontières du monde de la restauration en étudiant notamment le rapport entre restauration, création et falsification. Ceux qui restaurent, en effet, exercent parfois aussi le métier de faussaire ou celui d’artiste. Comment négocient-ils alors cette double carrière ? En situation de travail, mobilisent-ils les mêmes outils, savoirs et savoir-faire ? Certains acteurs sont convaincus que les compétences en matières de restauration s’acquièrent notamment par le travail de copie, quand d’autres pensent que ce dernier ruine au contraire tout esprit critique : que révèlent ces revendications ? A travers des études de cas, nous pourrons ainsi aborder la question de l’expertise en restauration.[4] Par ailleurs, les débats et les polémiques portant sur l’authenticité de telle ou telle œuvre ayant subi une restauration peuvent servir de support à une analyse de la réception des œuvres restaurées. On pourra alors s’interroger sur la façon dont les restaurateurs travaillent la matérialité des œuvres pour en donner une certaine vision et, inversement, étudier comment le public s’appuie sur les différents indices laissés par le praticien (comme le tratteggio) pour interpréter et apprécier les œuvres.

Modalités de proposition des communications :

Ne dépassant pas 3 500 signes, les propositions de communication sont à envoyer à Noémie Etienne (noemie.etienne@malix.univ-paris1.fr) et Léonie Hénaut (leonie.henaut@gmail.com) avant le 30 mars 2009.

Calendrier :

Envoi des propositions : 10 avril 2009

Réponse aux auteurs : 15 avril 2009

Journée d’étude : 30 juin 2009

Lieu : Institut National d’Histoire de l’Art, Paris

Comité d’organisation :

Noémie Etienne (Doctorante en histoire de l’art à l’Université Paris 1 et à l’Université de Genève) et Léonie Hénaut (Docteur en sociologie, ATER à l’Université Lille 1 et chercheuse associée au laboratoire Genre, Travail, Mobilités)

Comité scientifique :

Les professeurs Antoine Hennion (Ecole des Mines de Paris), Thierry Lalot (Université Paris 1), Jean-Marc Leveratto (Université Paul Verlaine de Metz), Mauro Natale (Université de Genève) et Dominique Poulot (Université Paris 1)


[1] CHASTEL André et POMIAN Krzysztof, « Les intermédiaires », Revue de l’art, n° 77, 1987, p. 5-9.

[2] BECKER Howard S., Les Mondes de l’Art, Paris, Flammarion, 1988.

[3] Voir par exemple les articles de l’Encyclopédie Méthodique consacrés à la restauration des peintures en 1791.

[4] BESSY Christian et CHATEAURAYNAUD Francis, Experts et faussaires. Pour une sociologie de la perception, Paris, Métailié, 1995. VEROUGSTRAETE Hélène, VAN SCHOUTE Roger et BORCHERT Till Holger, Restaurateurs ou faussaires des primitifs flamands, Gand, Ludion, 2004.

Lieux

  • Institut National d'Histoire de l'Art
    Paris, France

Dates

  • vendredi 10 avril 2009

Mots-clés

  • Restauration, art, travail, matérialité, identité, expertise

Contacts

  • Noémie Etienne
    courriel : ne477 [at] nyu [dot] edu
  • Léonie Hénaut
    courriel : leonie [dot] henaut [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Noémie Etienne
    courriel : ne477 [at] nyu [dot] edu

Pour citer cette annonce

« Restaurer les œuvres d’art : acteurs et pratiques (XVIIIe-XXIe siècle) », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 22 janvier 2009, http://calenda.org/196416