AccueilFoule, masses, peuple : les passions sociales d'hier et d'aujourd'hui

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Publié le lundi 16 février 2009 par Marie Pellen

Résumé

La foule, qui a longtemps constitué un thème de prédilection pour les sciences humaines et sociales, ne suscite plus désormais beaucoup d'intérêt. Dans le registre des pratiques politiques, la disparition du spectre du peuple révolutionnaire a sans doute contribué à transformer la crainte des foules en gestion des masses. Pourtant, dans un contexte socio-historique où les manifestations de masses se développent, il semble nécessaire de s'interroger à nouveau sur les passions sociales que sont susceptibles de cristalliser les divers phénomènes de foule. Parallèlement à ces analyses du monde présent, on pourra aussi, dans une perspective critique, porter un regard rétrospectif sur les phénomènes passés, ainsi que sur les théories qui tentaient d'en rendre compte.

Annonce

Appel à contribution pour le n° 18 de la revue Mana (à paraître au 1er semestre 2010)

(sous la direction de Stéphane Corbin et Alexandre Dorna)

  • Les propositions (titre et résumé en une page maximum) sont à adresser avant le 1er mai 2009 aux adresses courriel suivantes :

stephmagcorbin@wanadoo.fr

a.dorna@free.fr

  • Après examen par le comité de rédaction, les décisions seront communiquées courant juin. Les articles (40 000 signes maximum) devront parvenir avant le 1er septembre.

Si la foule a longtemps constitué un thème de prédilection pour les sciences humaines et sociales, c’est sans doute moins parce qu’elle excitait la curiosité de ceux qui auraient été enclins à y voir l’esprit d’un peuple ou le reflet d’une civilisation, que parce que son surgissement sur la scène politique et sociale suscitait une vive inquiétude. Au tournant du 19ème et du 20ème siècle, cette inquiétude semblait d’ailleurs partagée par nombre d’écrivains qui, au même titre que certains psychologues, sociologues et anthropologues, concevaient la foule in abstracto comme la résurgence d’une nature enfouie. Toutefois, en dépit de ce large consensus, cette conception de la foule comme expression spontanée de la nature était susceptible de recevoir des interprétations totalement antithétiques. Au gré des interprétations, la foule pouvait ainsi apparaître comme le symptôme d’un instinct barbare, ou bien, à l’exact opposé, comme la manifestation d’un certain ordre des choses. En dernière instance, ces représentations antagoniques de la foule reposaient sur une conception ambivalente du peuple : bon, il contribuait à reproduire l’ordre social et la tradition ; mauvais, il menaçait la pérennité même de la civilisation. Cette fascination pour la foule, dans la mesure où elle procédait de sentiments tout à fait contradictoires, parvenait difficilement à s’affranchir de représentations essentialistes d’un peuple, alternativement pur ou corrompu, selon que l’on estimait qu’il était ou non à sa place. Mais, dans presque tous les cas de figure, ces interprétations idéologiques portaient témoignage d’une hostilité à l’égard de la démocratie et plus encore de la souveraineté du peuple.

Cependant, en dépit de ces a priori anthropologiques, ces théories avaient le mérite d’affronter l’épineuse question du lien fondamental que l’on pouvait envisager entre certaines expressions paroxystiques de la foule et les sentiments ou les passions que le peuple était censé éprouver. Les conclusions que l’on tirait de ces spéculations – pour douteuses qu’elles aient pu être en certaines occasions – ne tentaient pas moins d’établir à quelles règles générales étaient supposées obéir non seulement la constitution des diverses foules, mais aussi leurs expressions.

Un surcroît de discernement commandait sans doute de se détourner de ces règles par trop générales pour tenter de comprendre les foules relativement aux singularités du contexte socio-historique dans lequel elles émergeaient. Mais outre que de telles précautions n’interdisent théoriquement pas de considérer l’influence d’invariants anthropologiques (les passions, les sentiments, les désirs…) – fut-ce pour les critiquer – il apparaît surtout que c’est la foule elle-même, en tant qu’objet d’étude spécifique, qui a pratiquement disparu des champs d’investigations des sciences humaines et sociales. Le progrès de la spécialisation et de l’expertise a amené les sociologues et les psychologues à se détourner de tels objets qui leur semblaient trop vagues et comportaient par conséquent le risque d’induire des généralisations, voire des approximations. C’est sans doute pour cette raison que l’on ne s’intéresse désormais aux foules que sous l’angle des questions d’organisation, de communication ou encore d’engagement militant. Les paradigmes de l’action collective et des mouvements sociaux semblent donc avoir totalement relégué aux oubliettes les considérations anthropologiques concernant la foule.

Toutefois, on peut proposer une autre interprétation, plus idéologique, de cette désaffection des sciences humaines. Elle est une conséquence du changement de représentation qui s’est opéré à l’égard de foules qui, désormais, ne suscitent plus du tout les mêmes craintes qu’à l’époque où nombre de théories s’efforçaient d’en déceler le sens profond. Dans l’intervalle, il semble en effet que nous ayons appris que, pour l’essentiel, elles ne représentent aucune menace pour l’ordre établi. En outre, dans la mesure où elles ne sont plus suspectes de revendiquer une quelconque souveraineté, nombre de ceux qui s’effrayaient de cette tendance révolutionnaire estiment dorénavant que, dans la foule, le peuple se montre finalement à sa place.

Ce renversement de perspective procède donc d’un mouvement historique où la crainte d’une autonomisation des masses se mue finalement en un populisme qui consiste à tenter de les apprivoiser. Ainsi, au-delà de cette apparente opposition, on peut estimer que l’a priori anthropologique qui présidait à l’élaboration des théories de la foule est, pour l’essentiel, demeuré inchangé.

Dans une perspective critique, il importe sans doute de partir de cet apparent paradoxe, qui réside dans le fait que la multiplication des phénomènes de foules s’accompagne d’un relatif désintérêt pour cette question. Trois pistes, non exclusives, peuvent alors être privilégiées :

-         On peut explorer à nouveau la dimension théorique de la foule, dans le but de proposer une analyse anthropologique (désirs, sentiments, passions) ou psychosocio-politique (mécanismes et processus) qui ne se dispenserait pas nécessairement de critiquer les théories classiques, voire d’interroger les représentations littéraires.

-         On peut, en s’intéressant aux formes actuelles des foules, se demander si elles correspondent à de nouvelles passions sociales et politiques, en tentant plus particulièrement de mesurer en quoi elles s’opposent ou se conforment à la culture ambiante.

-         Enfin, en se référant à des expériences historiques singulières, on peut proposer des contributions dont la vocation serait d’évaluer tout à la fois l’influence du pouvoir sur la constitution des foules et, en retour, l’influence des foules sur le pouvoir qui les a engendrées. On pourra également aborder la question de l’influence du populisme sur les masses.

Normes éditoriales

Les normes éditoriales retenues par la revue Mana sont celles du système dit « français ». Selon celui-ci, les références bibliographiques sont présentées en bas de page et numérotées de façon continue.

Leur présentation est la suivante :

Pour un ouvrage : NOM, Prénom, Titre de l’ouvrage, Ville, Editeur, année de parution, page.

Pour un article ou un chapitre extrait d’un ouvrage collectif : NOM, Prénom, “Titre de l’article ou du chapitre”, Prénom Nom du ou des directeur(s) de la publication (dir.), Titre de l’ouvrage, Ville, Editeur, année de parution, page.

Pour un article de revue : NOM, Prénom, “Titre de l’article”, Titre de la revue, Vol n°, Editeur, année de parution, page.

Dates

  • vendredi 01 mai 2009

Mots-clés

  • Foule, peuple, masse, révolte, politique, passions sociales

Contacts

  • Stéphane Corbin
    courriel : stephmagcorbin [at] wanadoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Stéphane Corbin
    courriel : stephmagcorbin [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Foule, masses, peuple : les passions sociales d'hier et d'aujourd'hui », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 16 février 2009, http://calenda.org/196592