AccueilGeorge Orwell, une conscience politique du XXe siècle

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Publié le jeudi 05 mars 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Soixante années après la mort de l’écrivain britannique, et au-delà de la simple commémoration, la question de l’héritage d’Orwell se pose : en effet, bien que souvent considéré comme mineur par un certain nombre de spécialistes de littérature, George Orwell est toujours invoqué, convoqué, célébré, parfois de façon abusive. Ceci peut sembler d’autant plus surprenant qu’il n’a connu ni la guerre froide (ou très brièvement), ni l’accélération fulgurante de la mondialisation néo-libérale, à partir de 1990. L'ambition de ce colloque, qui se tiendra à Lille les 19 et 20 mars 2010, est d'étoffer et d'approfondir la réflexion internationale sur George Orwell, notamment sur ses textes journalistiques et courts essais.

Annonce

Soixante années après la mort de l’écrivain britannique, et au-delà de la simple commémoration, la question de l’héritage d’Orwell se pose : en effet, bien que souvent considéré comme mineur par un certain nombre de spécialistes de littérature, George Orwell est toujours invoqué, convoqué, célébré, parfois de façon abusive. Ceci peut sembler d’autant plus surprenant qu’il n’a connu ni la guerre froide (ou très brièvement), ni l’accélération fulgurante de la mondialisation néo-libérale, à partir de 1990.  

Que l’écrivain anglais soit sans cesse invoqué tient en partie au fait que des mots ou expressions comme « novlangue » (Newspeak en anglais) ou « Big Brother » font régulièrement florès, notamment dans le discours médiatique.

Orwell représente à la fois la figure emblématique de l’intellectuel de gauche, symbolisée par l’engagement dans la guerre d’Espagne, mais aussi l’écrivain refusant le dogmatisme qui, à gauche comme à droite, peut conduire à encenser les régimes totalitaires. Voilà sans doute la raison pour laquelle des journalistes ou essayistes ancrés à gauche de l’échiquier politique invoquent continûment Orwell, pour en appeler à une vaste autocritique politique. L’essai de Nick Cohen, What’s Left, How Liberals Lost Their Way (Londres, Fourth Estate, 2007) est assez exemplaire de ce type d’approche.

Au-delà de ce qui pourrait apparaître comme un catalogage simpliste, c’est surtout l’ambiguïté orwellienne qui domine : celle d’un auteur se présentant volontiers comme « anarchiste tory » [1], et qui publia, par exemple, une critique assez élogieuse de l’essai de Friedrich Hayek, The Road To Serfdom [2].

En Grande-Bretagne, en France et en Belgique, l’engouement pour les écrits d’Orwell est bien réel, comme en attestent les travaux et publications de nombreux chercheurs. Cependant, de ce côté-ci de la Manche, force est de reconnaître qu’hormis la traduction de la biographie de Bernard Crick (rééditée chez Climats / Flammarion en 2003) et les travaux de Jean-Claude Michéa, Simon Leys et Jacques Dewitte, les analyses de la pensée de George Orwell demeurent assez sporadiques. L’une des ambitions de ce colloque est d’étoffer et d’approfondir cette réflexion.

Cette manifestation est initialement ancrée dans le champ de la civilisation britannique. Cependant, il est impossible de ne pas aborder nombre de grandes problématiques universelles qui traversent les écrits d’Orwell, qu’inspirait une actualité internationale dominée par la montée des périls fascistes, la perte d’influence des grandes puissances coloniales, enfin la marche forcée vers le deuxième conflit mondial. C’est pourquoi, au-delà des spécialistes de civilisation britannique, cette manifestation s’adresse plus généralement aux historiens, mais aussi aux spécialistes de philosophie politique et de littérature britannique. Enfin, nous souhaitons inscrire ce colloque dans une perspective à la fois interdisciplinaire et internationale.

Les communications portant sur les thèmes suivants sont les bienvenues :

  • la vision orwellienne du colonialisme, et des totalitarismes de son époque.
  • le spectre de la guerre, tant dans les années 30 qu’après 1945 (péril nucléaire) ;
  • les conditions d’émergence d’une société décente fondée sur ce qu’Orwell appelait common decency [3] ;
  • l’évolution de la conscience de classe, notamment en Grande-Bretagne ;
  • l’identité nationale anglaise (ou britannique), l’opposition entre nord et sud anglais ; 
  • la vision de l’horreur industrielle et les réflexions écologiques que pareil constat inspire ;
  • le travail d’Orwell sur la langue du pouvoir, sur la propagande politique comme instrument de manipulation des masses ;
  • la méfiance vis-à-vis des intellectuels et des experts, aux antipodes de l’homme ordinaire qu’Orwell n’a de cesse de célébrer. Cette méfiance est liée à sa vision d’une nécessaire réconciliation du socialisme et de la liberté, loin de tout dogmatisme idéologique ;
  • La lecture, voire l’instrumentalisation d’Orwell à travers l’histoire : par exemple, aux États-Unis, où elle est presque exclusivement anti-communiste, dans le Commonwealth (où est privilégiée la dimension anti-coloniale), dans les pays de l’Est (il fut rapidement traduit en polonais et ukrainien), enfin la lecture d’Orwell par les hommes politiques conservateurs (John Major invoquait régulièrement l’auteur), ou encore par d’autres écrivains, parmi lesquels Anthony Burgess et Philip Larkin ;

Les communications durent 30 minutes. Les propositions de communication sont à envoyer à olivier.esteves@univ-lille3.fr avant le 30 JUILLET 2009. Celles-ci ne devraient pas dépasser 700 mots environ.

Le comité scientifique envisage une publication des actes du colloque.

Le comité scientifique est composé de :

Robert Colls (University of Leicester), Cornelius Crowley (Paris X), Olivier Esteves (Lille III), Trevor Harris (Tours), Gilbert Millat (Lille III), John Newsinger (Bath Spa University College), Philippe Vervaecke (Lille III).


[1] Jean-Claude Michéa et Simon Leys insistent tous deux sur le caractère central de cette expression. Au départ, George Orwell l’utilisait comme une boutade, mais aussi pour définir la sensibilité politique de Jonathan Swift. 

[2] Critique traduite et publiée dans George Orwell, Essais, articles, Lettres, Volume III (1943-1945), édition établie par Sonia Orwell / Ian Angus, Paris, Éditions Ivréa, 1998.

[3] Voir Avishai Margalit, La Société décente, Paris, Champs / Flammarion, 2007

Lieux

  • Université Charles de Gaulles Lille III
    Lille, France

Dates

  • jeudi 30 juillet 2009

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Orwell, conscience politique, facisme, totalistarisme, impérialisme, décence, anti-intellectualisme, identité nationale britannique

Contacts

  • Olivier Esteves
    courriel : olivier [dot] esteves [at] univ-lille3 [dot] fr

Source de l'information

  • Olivier Esteves
    courriel : olivier [dot] esteves [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« George Orwell, une conscience politique du XXe siècle », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 05 mars 2009, http://calenda.org/196725