AccueilDuchamp et la musique

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Publié le vendredi 06 mars 2009 par Marie Pellen

Résumé

L’Observatoire international de la création et des cultures musicales (OICCM) présente, une journée d’étude sur « Marcel Duchamp et la musique ». L’événement, organisé par Sophie Stévance, professeure invitée à la Faculté de musique de l’Université de Montréal, sera l’occasion de proposer quelques pistes de réflexion quant au rôle central qu’a joué Marcel Duchamp dans certaines directions souvent radicales prises par la musique et l’art plus généralement depuis la seconde moitié du XXe siècle. Avec la participation de : Pierre Albert Castanet, André Gervais, Stéphane Ginsburgh, Silvio Palmieri et Sophie Stévance.

Annonce

Programme de la journée

13 h 00 — Accueil des participants

13 h 15 — Stéphane Ginsburgh, pianiste, Université Libre de Bruxelles

Erratum Musical, retour à l'interprétation essentielle

L’Erratum Musical pour lequel Marcel Duchamp a proposé une procédure très précise, a fait l’objet de quelques aménagements en vue d’être enregistré sur un piano moderne composé de 88 touches. En réfléchissant brièvement au modus operandi établi pour l’enregistrement et pour une exécution en concert, la question peut se poser de la liberté de l’individu face à une musique qui, d’intéterminée, devient déterminée. Comment peut-on considérer cette transition ? Cette question est-elle extensible à toute interprétation musicale ? En d’autres termes, quelle est la place de l’interprète face à une œuvre et comment doit-il estimer l’autonomie (ou son absence) dont il dispose pour l’approcher ?

Stephane Ginsburgh est un musicien originaire de Bruxelles. Après ses études au Conservatoire, il a reçu les conseils de Claude Helffer à Paris et de Jerome Lowenthal à New York. Il a étudié la philosophie à l’Université libre de Bruxelles. Il travaille actuellement à la traduction en français du livre de l’historien anglais Eric. J.Hobsbawm, Uncommon People : Resistance, Rebellion and Jazz. Il s’est dédié très tôt à la musique contemporaine tout en développant un répertoire classique et a collaboré avec de nombreux compositeurs belges. Il s’implique également dans l’organisation de concerts et d’événements créatifs auxquels il donne une dimension politique en insistant sur la nécessité d’un engagement plus collectif des artistes. Il joue régulièrement en free-lance avec l’Ensemble Ictus. Il a collaboré avec des musiciens tels que Garth Knox, François Deppe et le Quatuor Danel ; les chorégraphes Johanne Saunier, Barbara Mavro et Claudio Bernardo ; et le plasticien Peter Downsbrough. Parmi de nombreux CD, il termine l’enregistrement de l’intégrale de la musique pour piano de Morton Feldman, pour Sub Rosa, qui sortira sous forme d’un coffret de cinq disques. Il vient également d’enregistrer Vexations d’Erik Satie sur le piano du compositeur. Son interprétation de l’Erratum Musical de Marcel Duchamp a suscité un large intérêt et des critiques enthousiastes. Il prépare l’enregistrement de pièces d’Alexander Mossolov pour Sub Rosa et les neuf sonates de Sergueï Prokofiev pour Fuga Libera. Il se produit cette année en Belgique mais également aux USA, au Canada, en Espagne et en Israël. Site Internet : http://www.ginsburgh.net.

14 h 00 — André Gervais, professeur de Lettres, Université du Québec à Rimouski

La musique et les lettres

J’emprunte à Stéphane Mallarmé le titre d’une conférence prononcée par lui à la fin du XIXe siècle pour mettre ensemble, par ce « et », vos compétences et les miennes. Nul encyclopédique panorama duchampien, tout au plus quelques rappels. Il sera question d’une part du rapport mâle / femelle dans le Grand Verre (années 1910 et 1920) et dans les dernières sculptures (Feuille de vigne femelle et Marcel Duchamp moulé vif, par exemple, années 1950 et 1960), mais aussi de quelques balises pour une mise en place de l’œuvre faite et toujours à recevoir, d’autre part de quelques avatars de la critique.

Poète et essayiste, André Gervais est notamment l’auteur, sur Marcel Duchamp, de deux livres : La raie alitée d'effets (Montréal, Hurtubise HMH, 1984) et C’est. Marcel Duchamp dans « la fantaisie heureuse de l’histoire » (Nîmes, Éd. Jacqueline Chambon, 2000) ainsi que, depuis ce dernier livre, d’articles parus, entre autres, dans Tout-Fait (New York), Les Cahiers du Musée national d’art moderne (Paris), Visio (Québec), Les Cahiers Tristan Tzara (Moinesti) et Retour d’y voir (Genève). Il est également l’éditeur de Georges Charbonnier (Entretiens avec Marcel Duchamp, Marseille, André Dimanche éd., 1994) et de Marcel Duchamp (Lettres sur l’art et ses alentours, 1916-1956, Paris, L’Échoppe, 2006).

14 h 45 — Pause café

15 h 00 — Pierre Albert Castanet, Professeur des Universités, compositeur, Université de Rouen et CNSMDP (France)

Hommage à Marcel Duchamp : l’autophonie et la sonodoulie

Les hommages de compositeurs savants à Marcel Duchamp sont légion (de John Cage à Nicolaus A. Huber, en passant par Tom Johnson...). Après avoir dédié Octimbres (1986) au père du ready-made, Pierre Albert Castanet a composé quatre pièces (dont deux de théâtre musical avec la collaboration de Daniel Mayar) en hommage au plasticien normand : Livre ou verre (2004), Flagadapatafla (2004-2005), Teoratorio (2005) et Lettre morte à Marcel Duchamp (2006), chaque opus utilisant comme support instrumental de base les ready-mades duchampiens (notamment la roue fixée sur un tabouret). Dans ce contexte de sculpture sonore, Pierre Albert Castanet évoquera l'univers insolite de l'autophonie et de la sonodoulie.

Compositeur, Docteur en musicologie, Professeur des Universités à l’Université de Rouen, Professeur d’analyse au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, Pierre Albert Castanet est spécialiste en « musique contemporaine ». S’il a publié des centaines d’articles à travers l’Europe, il est également l’auteur de bon nombre d’ouvrages monographiques. Son livre Tout est bruit pour qui a peur - Pour une histoire sociale du son sale a obtenu en 2000 le Grand Prix des Muses décerné à Paris par France Culture et L’Express. Sa dernière publication qui a pour titre Quand le sonore cherche noise – Pour une philosophie du bruit (Ed. M. de Maule – 2008) rend hommage à Marcel Duchamp.

15 h 45 — Silvio Palmieri, compositeur

« La seule chose qui ne soit pas de l'art est l'inattention. »

Marcel Duchamp

Vivre en parallèle avec l’Œuvre de Marcel Duchamp

Un bref parcours biographique, musical et artistique désordonné…en plus de quelques réflexions et présentation d’Œuvres de mon un cycle Duchamp resté inachevé. Le cheminement de l’idée de ce projet à travers les esquisses, les doutes, la recherche, la décomposition, les idées fixes, la transmutation vers le son, les découvertes, l’impuisance, l’érotisme et les repentirs pour atteindre ultimement l’illumination…le silence!

Silvio Palmieri a étudié principalement auprès de Gilles Tremblay pour la composition et l'analyse, avec Clermont Pépin pour le contrepoint et l'orchestration, avec Micheline Coulombe-Saint-Marcoux et Yves Daoust pour l'électroacoustique, au Conservatoire de Musique du Québec à Montréal. Ses œuvres ont été interprétées principalement par l'Ensemble Contemporain de Montréal,Quatuor Molinari, l’Orchestre symphonique de Longueuil, Vox Novus de New-york, la pianiste Louise Bessette, Natalie Choquette, soprano, Chantal Lambert soprano et L’Atelier Lyrique de l’Opéra de Montréal, la pianiste bulgare Angela Tosheva à Montréal, Paris, Rome, Milan, New York, Los Angeles...

Parmi sa production notons : l’opéra Elia (commande de ECM en collaboration avec l’Atelier Lyrique de l’opéra de Montréal, nomination pour le prix de composition de la Fondation Prince Pierre de Monaco) ; Quatuor n°1 (commande du Quatuor Molinari), Versetto pour l’Ensemble Baroque de Montréal, Versetti pour la compagnie de danse Flack (séminaires chorégraphiques-2003) dirigé par José Navas ; deux cycles importants, le premier, un cycle Duchamp resté inachevé et un cycle Pasolini. De nombreux préludes pour piano dont : Prélude V-MISTERO, Prélude VI -ALBA, Prélude VII-Splendore, Poesiole Notturne I-II-III pour soprano et orchestre de chambre (commande de Radio-Canada) d’après trois sonnets de Pasolini. L’enfant-phare Symphonie portuaire 1999 (commande de la Société Radio-Canada) pour sirènes de bateaux, sifflets de trains et le carillon de la Basilique Notre-Dame de Montréal. Florilège (commande de l'ensemble Alizé). De la musique de film pour le vidéo Les années Jules-Félix de Josette Bélanger, Anémic-Cinéma de Marcel Duchamp, et des œuvres électroacoustique, dont Dada Musik (grande fresque électroacoustique pour l’émission Le Navire Night, Radio-Canada), La Liberté en Cage (pour l.événement Cage en Liberté de l’ECM. Prix Opus, Événement musical de l’année et n°59 pour Vox Novus (60X60-2004) à Los Angeles.

Très actif sur la scène artistique Montréalaise, Silvio Palmieri explore diverses avenues de créations tout en se décrivant lui-même comme un apprenti-poète. Il œuvre en qualité d’artiste visuel (illustration de la revue Circuit, vol.10 n°1) et a exposé de nombreuses œuvres multidisciplinaires dans des galeries de Montréal. Il est aussi critique musical et organisateur de concerts, d’expositions Événement R. Murray Schafer 2000 du Quatuor Molinari ; Stravaganza, Montréal-Dada 1995 (Marcel Janco, Béatrice Wood, Charles Gagnon, Paul Lacerte, John Cage et Marcel Duchamp) ; Correspondance(s) et Portraits des pionnières d'hier à aujourd'hui et 100 ans de l’université McGill à la Place des Arts 2005.

16 h 30 — Pause café

16 h 45 — Sophie Stévance

Le paradoxe logique de la musique conceptuelle

L’œuvre musicale de Duchamp (qui reste un terrain relativement inconnu de la recherche musicale) relève d’un effort de réflexion sur l’assemblage de suites d’objets disparates ou de successions aléatoires de sons. Elle montre encore sa concentration sur un mode d’écoute différentielle, sur la construction mentale d’objets sonores ou sur des procédures qui donneront lieu à des installations sonores. Une telle pratique musicale mentale se théorise en tant que « musique conceptuelle ». Or ce qui devait théoriquement rester à l’état d’« idée » suscite bientôt plusieurs interprétations sonores de la part de compositeurs. Par ses écrits, ses objets musicaux inventés ou ses compositions musicales, Duchamp influence de nombreux musiciens, de George Ribemont-Dessaignes à John Zorn en passant par Petr Kotik, La Monte Young, Fluxus, Paul D.Miller et surtout John Cage. Quelles conséquences impliquent leurs exécutions de ce système musical conceptuel ? Si, pour l’art conceptuel, l’idée prime sur l’acte, il se pourrait, en effet, que ces musiciens, en donnant actes ou formes à la musique conceptuelle, en aient considérablement modifié la teneur. Mais s’ils la complexifient, ils n’en modifient pas pour autant sa nature intrinsèque. Pour quelles raisons ? En s’appuyant sur les paradoxes soulevés par la musique conceptuelle, il s’agira de montrer que cette nouvelle catégorie musicale est virtuellement porteuse de sa propre réalisation. Elle se maintient en tant que telle tout en présentant deux nouveaux modes de fonctionnement – actuel et virtuel – contribuant ainsi à sa définition, jusqu’à peut-être même la renforcer.

Sophie Stévance est artiste lyrique, altiste et Docteur en musicologie (Thèse à l’Université de Rouen ; Postdoctorat à l’Université de Montréal). Elle s’intéresse à l’interdisciplinarité (Duchamp, compositeur, livre à paraître aux éditions L’Harmattan, collection « Sémiotique et philosophie de la musique »), à la recherche-création, à l’esthétique des musiques émergentes (Musique actuelle, à paraître) ainsi qu’à la place des femmes dans la création musicale contemporaine. Elle est l’auteure de plusieurs articles (Neuwirth, Léandre, Canat de Chizy, Scelsi, Bayer, Tessier, Duchamp ou La MonteYoung), recensions et notices biographiques (MGG) et d’un livre sur L’Itinéraire (Coup de cœur de l’Académie Charles Cros, 2006). Elle a enseigné à l’Université de Rouen et est aujourd’hui Professeure invitée à la faculté de musique de l’Université de Montréal.

17 h 30 — Clôture de la journée d’étude

Lieux

  • Faculté de musique, Salle Serge-Garant (B-484), Université de Montréal
    Montréal, Canada

Dates

  • vendredi 13 mars 2009

Contacts

  • Jean-Simon Robert-Ouimet
    courriel : jean-simon [dot] robert-ouimet [at] umontreal [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Jean-Simon Robert-Ouimet
    courriel : jean-simon [dot] robert-ouimet [at] umontreal [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Duchamp et la musique », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 06 mars 2009, http://calenda.org/196731