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Migrations de transit en Afrique

Dynamiques locales et globales, gestion politique et expériences d’acteurs

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Publié le mardi 10 mars 2009 par Marie Pellen

Résumé

Colloque international « Migrations de transit en Afrique », Nice, décembre 2009. Ce colloque vient clôturer un programme de recherches consacré à l’analyse des circulations qui se développent à l’intérieur et à partir du continent africain dans le contexte du durcissement des contrôles des frontières extérieures de l’Europe. Date limite pour remettre les propositions de communication : 1er juin 2009

Annonce

http://www.unice.fr/urmis/spip.php?article309

10-12 décembre 2009

Université de Nice Sophia Antipolis

Ce colloque vient clôturer un programme de recherches soutenu par l’ANR (MITRANS, 2006-2009) consacré à l’analyse des circulations qui se développent à l’intérieur et à partir du continent africain dans le contexte du durcissement des contrôles des frontières extérieures de l’Europe.

Souvent identifiées comme « migrations de transit », ces nouvelles formes de mobilité, multidirectionnelles et relativement indéterminées dans leurs visées, se caractérisent par une tension permanente entre mobilité et rétention. Elles rompent avec les formes antérieures de migrations de travail organisées en direction de l’Europe, sans en être pour autant totalement coupées, et sont également liées à d’autres courants migratoires plus anciens ou identifiés autrement. Dans les lieux où ils s’attardent parfois plusieurs années, les migrants cherchant le passage croisent, entrent en compétition, ou finissent parfois par se confondre avec des migrants relevant d’autres types de mobilité : commerce transnational, exil politique, migrations de travail interafricaines, migrations étudiantes. L’un des enjeux de ce colloque sera donc de définir des modes d’appréhension de ces nouvelles mobilités qui en restitue l’intelligibilité sans évacuer la complexité des interactions d’une multiplicité d’acteurs.

Le paradigme du « transnationalisme » (Glick Schiller at al., 1995, Glick Schiller, 1997, Portes, 1999) qui s’est imposé depuis quelques années pour penser les transformations des formes migratoires dans le contexte de la mondialisation n’est que partiellement adéquat pour comprendre ces mouvements migratoires déployés à partir du continent africain. D’une part comme l’ont montré différents chercheurs pour l’Afrique australe par exemple (Crush & McDonald, 2000 ; Lubkemann, 2000), le postulat transnationaliste présuppose un passage d’un mode migratoire à un autre. Or, en Afrique, les routes, réseaux et opportunités de la migration reproduisent en partie les schémas migratoires séculaires, et s’inscrivent, parfois en les renouvelant, dans des formes de mobilités traditionnelles (migrations sénégalaises saisonnières dans la zone de l’arachide, voyages initiatiques des adeptes de confréries, commerces interafricains à longue distance, migrations de travail des gens du Fleuve en France ou dans le continent ...). D’autre part, l’approche transnationaliste s’intéresse au caractère bipolaire de la migration plus qu’à la circulation et privilégie les dynamiques des réseaux au détriment de l’articulation entre les système de contraintes visant à fixer les individus migrants et les conditions dans lesquelles émergent dans les sociétés locales dont ils proviennent de nouveaux standards de vie, représentations du monde, et aspirations. Or, ces mouvements ne peuvent se comprendre pleinement, dans leur dimension contemporaine, sans prendre la mesure des effets paradoxaux de la globalisation, du double mouvement qu’elle implique entre développement des moyens de transports, circulation des images et des informations d’une part, et multiplication des obstacles à la circulation des personnes d’autre part. Ce double mouvement accentue la tension entre stratégie collective et projet individuel déjà présente dans des formes de migrations existant de longue date, mais qui peut se traduire dans ce contexte par des formes de désaffiliation. Dans cette situation il y a un besoin de documenter les stratégies des migrants confrontés à la difficulté persistante, voire l’impossibilité, de réaliser leur projet initial.

S’ils brouillent les catégories traditionnelles du domaine d’études des migrations internationales (immigrés économiques/réfugiés ; migration temporaire / migration d’installation ; zones de départ, de destination), ces mouvements migratoires font émerger de nouvelles notions et catégories migratoires dont on se propose d’analyser la genèse et le fonctionnement. Parmi elles, et au premier chef, la notion de « transit », qui constituera la clé d’entrée transversale de ce colloque.

Cette notion sera interrogée en mettant en perspective ses différentes facettes, selon qu’on l’envisage :
- comme une catégorie bureaucratique, pourvoyant à l’intelligibilité, à la narrativité et à la légitimité des pratiques politiques ou institutionnelles (d’assistance, de répression, de contrôle…) envers des populations migrantes, ou des accords internationaux (conditionnalité, externalisation des contrôles) envers les pays que ces populations traversent (axe 1),
- comme une forme spécifique de territorialisation combinant un ancrage, parfois durable, dans le local (la ville de transit) et une disponibilité à la mobilité maintenue par la connexion à des réseaux transnationaux (axe 2),
- comme une expérience spécifique, source d’investissements existentiels et symboliques associés à l’expérience de l’aventure et du voyage (axes 3).

L’objectif du colloque est de restituer les résultats des recherches conduites par les membres de l’équipe MITRANS sur ces différents aspects, en les confrontant aux résultats d’autres chercheurs travaillant sur des thèmes proches en Afrique ou sur d’autres continents (américain notamment), et de dégager à partir de la pluralité des situations observées, les principales convergences et divergences théoriques et les innovations méthodologiques. On attend notamment des présentations et discussions qu’elles permettent de rompre avec deux écueils récurrents concernant le discours portant sur les migrants de transit, le misérabilisme, qui conduit à les représenter sous le seul aspect de leur victimisation, ou inversement une vision romantique célébrant le nomadisme et accentuant bien au delà de leurs portées effectives les initiatives entrepreuneuriales.


Les propositions de communication explorant un ou plusieurs des thèmes suivants sont recherchées :

Axe 1. Les migrations de transit comme objet de discours et de politiques publiques

On s’intéressera aux répertoires discursifs qui balisent les représentations que les élites politiques, les différentes sources d’expertise et les médias proposent de ces nouvelles formes de mobilités et de leurs acteurs. Les représentations des migrants selon la dualité victimes/délinquants instaure et justifie une relation entre pouvoirs publics et coalitions d’acteurs non gouvernementaux (polices nationales, institutions européennes, Eglises, ONG).

Dans quelle mesure les cadres cognitifs et les catégories d’action de ces différents acteurs institutionnels s’interpénètrent-ils (association entre conditionnalité et aide au développement, politique répressive et protection des droits des migrants,… ) ou entrent-ils en conflit ? Quels sont les effets des politiques d’externalisation des contrôles migratoires mises en place par l’UE sur le fonctionnement d’ordres parallèles (économies du passage).

Comment les catégories institutionnelles influent-elles sur le positionnement des acteurs (processus de socialisation des acteurs par les institutions, réappropriation des discours par les acteurs et réinterprétation selon les enjeux politiques, les conjonctures) ? Quels sont les cadres des transferts de modèles : réformes législatives (politiques migratoires, droit de la mer, droit d’asile), coopération bilatérale (formations policières) ? Comment la « gouvernance migratoire » se construit-elle entre cadres officiels et pratiques de terrain ? On interrogera en particulier la tension entre la convergence désirée par l’UE dans la gestion de ces flux, et les approches souvent divergentes selon les politiques nationales et les ordres locaux.

Axe 2. Trajectoires migrantes et configurations urbaines

Les géographes travaillant sur les circulations transsahariennes ont souligné la multiplicité des lieux de transit, refuges, impasses ou carrefours, adossés aux mouvements du commerce transfrontaliers. On les envisagera ici prioritairement comme des espaces où convergent les actions qui produisent le transit comme catégorie de la pratique pour différents types d’acteurs : pratiques et formes d’organisation spécifiques des migrants eux-mêmes, tels les campements périphériques ou les « ghettos », liées au passage ou au refoulement ; pratiques de rentabilisation foncière ou économique liées à la présence des migrants pouvant conduire à leur ségrégation ou autoriser leur insertion dans des niches économiques locales ou trans-locales dans lesquelles leurs initiatives apparaissent déterminantes ; développement d’activités (productives, commerciales, culturelles ou religieuses) suscitées par la présence de ces voyageurs, soit en réponse à une demande nouvelle de services liés au passage, soit par les opportunités offertes par la présence abondante et constamment renouvelée par de nouveaux flux d’une main d’oeuvre non qualifiée.

Il y a là matière à comparaison de la façon dont se combine transit et installation en fonction des spécificités des contextes urbains locaux : comment la présence des migrants de passage s’inscrit-elle dans les configurations socio-spatiales des villes traversées ? Dans quelle mesure met-elle à l’épreuve les liens obligés de solidarité et les règles locales d’hospitalité ou réactive t-elle des lignes de clivages et des rapports de domination ? Quel traitement les pouvoirs publics locaux et les populations résidentes réservent-ils à ces migrants ? A quel degré sont-ils victimes de racisme et xénophobie, ou peuvent-ils à l’inverse compter sur la compassion et la solidarité des habitants ? Quelles ressources les contextes urbains, en fonction de leur position géographique et de la constitution propre de la condition citadine qui les caractérise, offrent-elles aux migrants pour se connecter sur des réseaux locaux ou relevant d’autres formes migratoires, commerçantes ou entrepreuneuriales ?

Axe 3. Le voyage comme source de catégorisation, de valeurs et d’identités nouvelles

On considère ici le transit comme une notion anthropologique renvoyant à une expérience du passage, ou de la liminarité (Turner 1990), entendu comme maintien plus ou moins prolongé du migrant dans une marge spatio-temporelle entre séparation (non pas tant avec un lieu ou un groupe mais avec un état socialement et culturellement reconnu) et agrégation (à une nouvelle position de stabilisation, dans la condition d’immigré en Europe ou par installation dans l’une des sociétés locales traversées). Dans cette approche, les migrants de transit sont appréhendés comme des « gens du seuil », comme une population vivant dans l’attente, non seulement du fait de la rétention, mais aussi par le caractère relativement indéterminé du projet migratoire, de l’individualité du parcours, sans itinéraire pré-défini et ne s’appuyant pas sur des réseaux migratoires établis. C’est à cette expérience que renvoie la notion « d’aventure ». Elle est souvent une expérience de solitude, contrepartie de l’individualisation de la migration, créatrice de liens sociaux spécifiques, mais aussi articulée à d’autres formes migratoires, commerçantes notamment. Les liens de « camarades », de « compagnons de l’aventure » forgés dans l’expérience sociale spécifique que représente la migration de transit, impliquent-ils une relative abolition des distinctions sociales, ethniques, de classe d’âge ? dans quelle mesure conduisent-ils à des formes émergentes de mobilisation ? L’expérience est aussi celle du voyage qui implique des types de socialisation et d’apprentissage (« la socialisation par la route »), dont un usage spécifique des nouvelles technologies. On s’intéressera enfin aux modalités de « sortie du transit », par le haut (passage réussi de la frontière débouchant sur une carrière « classique » d’immigré, reconversion dans des carrières commerçantes ou entrepreuneuriales,) ou par le bas (retour refoulement).

Les propositions de communication, rédigées en français ou en anglais, d’une page environ, sont à envoyer par courriel à streiff@unice.fr et Aurelia.Wakabwe@wits.ac.za avant le 1er juin 2009.

Les notifications d’acceptation seront envoyées après examen par le comité scientifique, début juillet, et seront soumises à confirmation lors de la réception du texte complet de l’intervention d’une taille maximum de 60 000 signes, le 30 octobre 2009 au plus tard.

Les langues de travail du colloque seront le français et l’anglais.

Membres du programme MITRANS :

Jocelyne Streiff-Fénart, Aurelia Wa Kabwe-Segatti (coord.), Véronique Gindrey, Gilles Ivaldi, Caroline Kihato, Loren Landau, Christine Ludl, Alain Morice, Elise Palomares, Anaïk Pian, Philippe Poutignat, Catherine Quiminal, Mahamet Timera.

Comité scientifique :

- Michel Péraldi (sociologue, Directeur du Centre Jacques Berque, Rabat)
- Alessandro Dal Lago (sociologue, Professeur à l’Université de Gènes)
- Momar Coumba Diop (sociologue, IFAN/CAD, Dakar)
- Oliver Bakewell (historien, Chercheur, International Migration Institute, University of Oxford)
- Roger Waldinger (sociologue, Professeur, University of California, Los Angeles)
- Michel Agier (anthropologue, EHESS, Centre d’Etudes Africaines)

Comité d’organisation :

- Jocelyne Streiff-Fénart (Directrice de Recherche CNRS, URMIS)
- Aurelia Kazadi Wa Kabwe-Segatti (Chercheur IRD/Univ. of the Witwatersrand, Johannesburg)
- Hervé Andres (Chargé de communication, CNRS, URMIS)
- Josée Darrieumerlou (Secrétaire URMIS)

Intervenants et présidents de séance confirmés :

- Virginie Guiraudon (Centre d’Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales, CNRS, Université Lille 2)
- Laurent Fourchard (CEAN, FNSP, Bordeaux)
- Fariba Adelkah (CERI, CNRS, Paris)
- Antoine Pécoud (Division of Social Sciences, Research and Policy, UNESCO)
- Alain Tarrius (Université de Toulouse Le Mirail)

Lieux

  • Nice, France

Dates

  • lundi 01 juin 2009

Mots-clés

  • migration, transit, afrique, aventurier, ville, circulation, voyage

Contacts

  • Hervé Andrès
    courriel : herve [dot] andres [at] unice [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Hervé Andrès
    courriel : herve [dot] andres [at] unice [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Migrations de transit en Afrique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 10 mars 2009, http://calenda.org/196763