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De la culture commune au socle commun

Enjeux, tensions, réinterprétations, déplacements

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Publié le lundi 23 mars 2009 par Marie Pellen

Résumé

À un moment où le collège unique est interrogé au regard des espérances démocratiques qu’il avait peut-être illusoirement suscitées et dans un contexte où l’efficacité de l’enseignement est appréciée à l’aune d’évaluations internationales – conformément à la perspective ouverte par la stratégie dite « de Lisbonne » –, la mise en œuvre d’un socle commun de connaissances et de compétences (Loi Fillon, 2005) devrait impliquer une reconfiguration des enseignements de l'école obligatoire – peut-être même ouvrir une phase nouvelle de l’histoire du système français d’enseignement. Mais au-delà des principes et des prescriptions, les recompositions curriculaires relèvent de processus de longue durée passant par des interprétations, des déplacements, des hybridations avec des pratiques anciennes, des évitements, des fuites, voire des dérives. Liées aux conditions locales, aux contextes sociaux et aux multiples traductions auxquelles elles peuvent donner lieu, leurs mises en œuvre peuvent présenter de grandes disparités sur le territoire national. Le colloque se fixe pour objectif d’interroger les formes, le sens et la portée de ces mutations.

Annonce

1. Dans quelles filiations historiques et politiques le socle commun s’inscrit-il ?

Présenté par ses promoteurs institutionnels comme une nouvelle expression des idéaux éducatifs « hérités des Lumières » et comme une nouvelle stratégie curriculaire « sans équivalent depuis les lois de Jules Ferry », le socle commun consiste aussi en une traduction de prescriptions européennes relevant d’une logique déclinée en termes d’économie de la connaissance, d’évaluation des systèmes et de politique de la qualité.

2. Quelles sont les conséquences politiques et idéologiques de la mise en œuvre du socle commun sur le système éducatif ?

Par son inscription dans une perspective d’efficacité scolaire, le socle commun prétend renvoyer à une préoccupation démocratique. En fixant les « repères culturels et civiques » au cœur de l'enseignement obligatoire, il veut exprimer et symboliser le souci de justice impliqué par la généralisation de la scolarité secondaire. La conception qui prévaut ici est celle d’une école juste tendant à assurer une égalité des résultats concrétisés par un répertoire de compétences. Mais s’il redéfinit une exigence première pour le plus grand nombre, le socle commun laisse aussi ouverte la possibilité d’une grande disparité de formes possibles de réussite scolaire au-delà de son contenu minimal. Garantie annoncée d’un minimum culturel pour tous, il fonde et prépare également l’individualisation des trajectoires scolaires et leur poursuite au-delà du cadre scolaire. De là, le conflit des interprétations : ambition démocratique ou tentation de minimalisme ?

Par ailleurs, comment interpréter le projet de promouvoir un « ensemble de valeurs, de savoirs, de langages et de pratiques » censés constituer le « ciment de la nation » ? À quelle conception de l’universel faut-il rattacher l’optique politique du socle commun ? Comment ce projet s’inscrit-il dans une perspective politique européenne ? Comment se décline-t-il au plan local ? Au fond, quelles sont les différentes figures que peut prendre le « commun » qui fonde le « socle » ?

3. Quelle mise en question de la compartimentation disciplinaire et quelle réorganisation curriculaire de la culture scolaire le socle commun implique-t-il ?

Celui-ci abordant les apprentissages sous l’angle des compétences, quelles sont les formes et les enjeux d’une docimologie appliquée aux compétences et plus seulement aux savoirs ? Ce nouveau dispositif tend-il vers une conception purement instrumentale des savoirs ? Réaffirme-t-il la liberté d’initiative du sujet qui apprend ou bien, attachant les compétences à l’individu, lui fait-il porter la responsabilité de ses incompétences ?

4. En quoi le socle commun constitue-t-il une tentative de réponse à la part d’échec du système scolaire ?

Si l’une de ses spécificités réside dans « la volonté de donner du sens à la culture scolaire fondamentale, en se plaçant du point de vue de l’élève », cette reconfiguration des savoirs prend-elle en compte la distance de nombre d’adolescents avec la culture scolaire ? Peut-elle contribuer à les réconcilier avec elle et est-elle compatible avec la normativité propre aux disciplines scolaires ? Dans quelle mesure la logique du socle commun conduit-elle à prendre en compte les caractéristiques sociales et culturelles des élèves ?

Ainsi, sous le vocable de « socle commun » s’affrontent, de façon assez confuse, des visions différentes de ce que doit être l’éducation pour tous. Le colloque cherchera à en clarifier les problématiques et les enjeux dans une perspective nationale et internationale. Il visera à explorer les ambiguïtés qui font du socle commun un cadre encore incertain de la politique scolaire française, à en analyser les principaux éléments constitutifs. Les interprétations de ces nouvelles prescriptions et leur appropriation par les divers acteurs, les adaptations, les résistances, les détournements dont elles peuvent être l’objet, ainsi que ses effets potentiels, seront au centre de la réflexion.

Appel à communication pour les ateliers

Pour les quatre ateliers décrits ci-dessous, sont attendues des communications en relation avec le texte de présentation du colloque et précisant l’atelier dans lequel elles pourraient s’insérer (un titre, 3 mots-clés, une proposition de mille mots maximum).

Précisez votre titre, votre appartenance institutionnelle et vos coordonnées précises. Si la communication est collective, indiquez un interlocuteur en soulignant son nom.

Les communications sont à renvoyer en format .rtf ou .doc à l’adresse suivante : comsoclecommun@inrp.fr

1.      Expériences et interprétations locales du socle commun des connaissances et des compétences

2.      Socle commun et contenus d’enseignement

3.      L’évaluation des compétences (y compris comportementales)

4.      Socle commun, diversité culturelle et rapports sociaux

Calendrier

Date limite impérative pour le retour des propositions de communication : 11 mai 2009.

Réponse aux propositions de communication : avant le 30 juin 2009.

La durée de la communication sera alors précisée. Les textes de présentation des communications retenues par le comité scientifique seront publiés sur le site : http://www.soclecommun.fr

Catégories

Lieux

  • Institut national de recherche pédagogique (INRP), 19 allée de Fontenay, métro Debourg (ligneB)
    Lyon, France

Dates

  • lundi 11 mai 2009

Fichiers attachés

Contacts

  • Nicolas Favelier
    courriel : nicolas [dot] favelier [at] ens-lyon [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Nicolas Favelier
    courriel : nicolas [dot] favelier [at] ens-lyon [dot] fr

Pour citer cette annonce

« De la culture commune au socle commun », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 23 mars 2009, http://calenda.org/196834