AccueilAnthropologie du libéralisme

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Publié le mercredi 25 mars 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Ce séminaire associe des chercheurs en sciences humaines et des chercheurs en éthique des affaires, des économistes et des chercheurs travaillant en théories des organisations. Une attention particulière sera portée à l’invitation de chercheurs et professeurs américains et américanophiles tant en philosophie qu’en anthropologie ou, plus largement, des chercheurs en éthique des affaires, stratégie, théories des organisations.

Annonce

 Ce séminaire associe des chercheurs en sciences humaines et des chercheurs en éthique des affaires, des économistes et des chercheurs travaillant en théories des organisations. Une attention particulière sera portée à l’invitation de chercheurs et professeurs américains et américanophiles tant en philosophie qu’en anthropologie ou, plus largement, des chercheurs en éthique des affaires, stratégie, théories des organisations.

En Europe, en France comme aux Etats-Unis, on considère la liberté comme étant une valeur motrice de l’action, de tout type d’action (du libre échange à l’action individuelle). Cette valeur, qui est un sous bassement des démocraties de droit, a traditionnellement été analysée dans sa généralité, ce qui a amené la philosophie politique à la penser dans une opposition entre liberté formelle et liberté réelle ou dans une dualité entre affirmation de la liberté et conditions de possibilité de celle-ci.

Cette dualité s’est épuisée. Ce séminaire permettra de postuler un «exotisme» de la liberté, la considérant comme une valeur ou une croyance à analyser au travers du concept de convention naturalisée (Mary Douglas). Que signifie depuis ce point de vue «l’exotisme» de ce qui nous est intrinsèquement proche ? Ou, pour reprendre les termes de Toni Morrison, que signifie être «étranger chez soi» ? Pour ce faire, il s’agira de s’intéresser concrètement aux pratiques de la liberté, celles les plus radicales (quelles sont-elles ? Celles de l’artiste ? Celles de l’entrepreneur ? Celles exprimées par les cultural studies ?), celles les plus négociées, celles invisibles ou quasi.

Un des commentaires les plus parlant à cet égard est celui de Michel Foucault dans Naissance de la biopolitique : Cours au Collège de France (1978 à 1979). En effet, dans Un libéralisme sans liberté et dans d’autres travaux[1], on s’est attaché à montrer que pour Foucault l’analyse de la liberté relevait davantage d’une pratique que d’une doctrine. Lors de ce séminaire, nous souhaiterions revenir sur ces commentaires et explorer 1° De quelle manière le libéralisme peut être envisagé comme une pratique donnant lieu à des manières de faire inédites 2° Comment le caractère novateur de la conception Foucaldienne du libéralisme suggère des clés de lecture pertinentes pour saisir notre contemporanéité et plus particulièrement les liens ou les oppositions entre «gouvernement», «gouvernance», «gouvernementalité», marqueurs du néolibéralisme. 3° Ces marqueurs pourront être appréciés en relisant les sections de Naissance de la biopolitique portant sur le néolibéralisme considéré par Foucault comme «l’émergence d’un champ nouveau, corrélatif à l’art libéral de gouverner la société civile», soit la dernière leçon de ce cours le 4 avril 1979. Les autres séances constitueront le socle de la discussion, ainsi le cours du 14 février 1979 qui concentre l’ensemble du propos de Foucault autour des commentaires portant sur le colloque Walter Lippmann qui eut lieu en août 1938 ; la séance du 31 janvier 1979 qui traite de la «phobie d’Etat» et celle du 21 février 1979 et suivantes qui traitent des pratiques gouvernementales néolibérales allemandes et américaines d’après-guerre synthétisées dans les thèses d’Erhard ; celles du 7 février au 14 mars 1979 dans lesquelles sont confrontées les thèses des néolibéraux (W. Eucken, F. Bröm, A. Müller-Armack, F. Von Hayek) à celles des ordolibéraux.

Maria Bonnafous-Boucher.


 

[1] Un libéralisme sans liberté, Maria Bonnafous-Boucher, Editions l’Harmattan, 2001, réédité en 2004 sous le titre Libéralisme dans la pensée de Michel Foucault – Un libéralisme sans liberté.

Domination, subjectivation, individu et entrepreneuriat, Maria Bonnafous-Boucher, Université Paris VII-Jussieu, mai 2007.

Questions à Judith Butler - Rendre compte de soi : de la domination par la violence éthique à la subjectivation, Maria Bonnafous-Boucher, Poitiers, mars 2008.

A Foucault for the 21st Century: Governmentality, Biopolitics & Discipline in the New Millennium, The Relevance of Foucault Political Philosophy on Governmentality, Egidius Berns & Maria Bonnafous-Boucher, University of Massachusetts, avril 2008.

 Programme

Jeudi 11 décembre 2008

17h00 - 19h00
NYU – 56 Rue de Passy – 75016 PARIS

Maria Bonnafous Boucher, Direction de la Recherche à ADVANCIA-NEGOCIA, Paris
Anthropologie du libéralisme : la liberté comme idée conventionnelle et comme norme 

Michael Lavin, University of Toronto, Canada
Freedom and Liberty: A Foucaldian Approach
English is the only major European language with two words – freedom and liberty – corresponding to the concept expressed in French, Italian and Spanish by the terms liberté, libertà and libertad. The etymological and historical sources and current political usages made possible by this “doubling” are worthy of examination. After a brief analysis of the use made of the two terms in the works of classical authors such as Locke and Adam Smith, and contemporary scholars such as Hayek, Rawls and Charles Taylor, I will explore, using a discourse analysis approach based largely on the work of Michel Foucault and referring to examples drawn from recent political rhetoric – for example the kind of rhetoric employed in the lead up to the Iraq war – to define the various constellations of meaning that have become attached to the two words, and their respective degrees of influence in contemporary political discourse.

Freedom et Liberty : Une approche foucaldienne
L’anglais est la seule langue européenne majeure à posséder deux mots – « freedom » et « liberty » – correspondant au concept exprimé en français, italien et espagnol par les termes liberté, libertà et libertad. Il serait utile d’examiner les sources étymologiques et historiques de cet « doublage » et les usages politiques contemporains qu’il rend possible. Après un bref examen des usages des deux termes par des auteurs classiques tels que Locke et Adam Smith, et contemporains, tels que Hayek, Rawls et Charles Taylor, j’explorerai – en se référant à Michel Foucault – certaines stratégies employées dans le champ de la rhétorique politique récente – par exemple, les préparatifs médiatiques qui précédaient la guerre en Iraq – et tenterai de définir les différentes constellations de significations liées aux deux mots – « liberty » and « freedom » – et leurs degré d’influence dans la sphère de la rhétorique politique et médiatique de nos jours.   

 Jeudi 22 janvier 2009

17h00 -  19h00
NYU – 56 Rue de Passy – 75016 PARIS

Jacob Dahl Rendtorff, Université de Roskilde, Danemark
Quelle conception de l'homme dans l'anthropologie économique?
Les arguments discutant le fondement de l'anthropologie économique se caractérisent par une tension égoïste et altruiste. Certains des auteurs présentent l'altruisme comme une action individualiste masquée parce que l'individu cherche la reconnaissance de l'autre à travers l'altruisme. D’autres auteurs ont aussi essayé de proposer des fondements de l'économie dans le désir du bien commun selon ce que le philosophe Paul Ricœur a appelé : "vivre bien pour et avec autrui dans les institutions justes." Dans cette perspective, il y avait une ouverture de l'économie vers l'éthique. Les phénomènes de la responsabilité sociale de l´entreprise et de la citoyenneté de l'entreprise peuvent être interprétés comme un développement de cette autre idée d'un désir du bien commun au sein de l'activité économique.

Maria Bonnafous Boucher, Direction de la Recherche à ADVANCIA-NEGOCIA, Paris
L’éthique des affaires comme régulation des libertés fondamentales : propriété, mobilité, action

Jeudi 5 février 2009

17h00 - 19h00
NYU – 56 Rue de Passy – 75016 PARIS

Emmanuel Picavet, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, Paris
L’impact des normes de bonne gouvernance, et les fonctions du gouvernement à l’épreuve du néo-libéralisme 
Il s'agira, dans cette contribution, d'examiner l'impact des normes de "bonne gouvernance" inspirées par le néo-libéralisme sur les principes de gouvernement et, plus précisément, sur les conceptions dominantes au sujet des fonctions du gouvernement dans les démocraties libérales. On abordera le "néo-libéralisme" surtout à travers le référentiel de principes opératoires qui, à travers textes juridiques, recommandations et livres blancs, encadrent les opérations des Etats nationaux en prescrivant le respect de la concurrence et de l'économie de marché, voire l'approfondissement des libertés économiques et de la  libre concurrence (d'une manière qui apparaît congruente avec les recommandations de diverses écoles de pensée signalant un renouveau du libéralisme). Les doctrines de référence pour l'évocation des "fonctions de l'Etat" seront celles de Musgrave et de Rawls. Les principes de "bonne gouvernance" aujourd'hui influents s'inscrivent en rupture par rapport à des pratiques de gouvernement antérieures: interventionnisme économique discrétionnaire, orientations keynésiennes en matière de politique monétaire et budgétaire. Ils permettent d'encadrer plus étroitement les initiatives nationales, en se fondant sur la référence aux intérêts des individus. On examinera comment leur mise en pratique, notamment dans l'espace politique de l'Union européenne, oriente l'action publique dans des directions sélectives.

Maria Bonnafous-Boucher, Direction de la Recherche à ADVANCIA-NEGOCIA, Paris
Titre en cours

Jeudi 12 mars 2009

17h00 - 19h00
NYU – 56 Rue de Passy – 75016 PARIS

Egidius Berns, Université de Tilburg, Pays-Bas
Continuité et discontinuité dans la rationalité gouvernementale libérale selon Foucault
La problématique foucaldienne de la "gouvernementalité" à partir d'un rapport "poreux" entre économie et politique est abordée. Après avoir esquissé la logique de cette porosité, je montrerai ensuite comment l'aporicité de cette logique se retrouve dans la "gouvernementalité" telle que Foucault l'a développée."

Maria Bonnafous-Boucher, Direction de la Recherche à ADVANCIA-NEGOCIA, Paris
Titre en cours

Jeudi 30 avril 2009

17h00 - 19h00
ADVANCIA et NEGOCIA – 8 av de la porte de Champerret – 75017 PARIS

Gil Anidjar, Département Middle East and Asian Languages & Cultures de l’Université de Columbia - New York - USA.
Y-a-t-il une anthropologie du christianisme?
Pour l'anthropologie, la religion n'est qu'un aspect d'un ensemble plus large de pratiques sociales. Une anthropologie qui s'attacherait à une étude du christianisme serait donc faussée. Mais si le christianisme n'était pas une religion ? Une anthropologie du christianisme se préoccupera de ce qui est ou de ce qui fait la continuité, de fait, la persistance du christianisme dans son rapport au libéralisme, au capitalisme, et à la science.

Maria Bonnafous-Boucher, Direction de la Recherche à ADVANCIA-NEGOCIA, Paris.
Une cartographie du libéralisme contemporain : libéraux, libertarien, libertaire

Jeudi 11 juin 2009

17h00 - 19h00
NYU – 56 Rue de Passy – 75016 PARIS

Sam Binkley, Emerson College, Boston, USA.
Governing Happiness: Neoliberal Governmentality and the Work of Well-Being
Governing Happiness expands recent work on “governmentality” from its traditional focus on work and production to the domain of consumption, lifestyle and personal happiness.  Building on the work of governmentality theorists (Foucault, Rose, DuGay, Dean) this presentation examines recent commercial and therapeutic lifestyle discourse for the manner in personal well-being, or happiness is defined as a highly individualistic personal life-project, accomplished through opportunistic means.  It is argued that happiness today is increasingly defined within the framework of consumer choice, that happiness results from correct choices made in a competitive marketplace by those possessing advanced knowledge of available options and displaying cunning and skill in weighing investments against returns.  More importantly, such an economizing model of happiness assumes that the individual takes full responsibility, both for successes and for failures in this pursuit.  This model, it is argued, has replaced more traditional notions of happiness conceived around collective obligation, principled devotion to ideas and other understandings of the happy life.  Against the backdrop of the specific cultural and economic conditions of neo-liberalism, globalization, privatization and the increasing colonization of civic discourse by commercial media, practices of governmentality aimed at personal happiness focus on producing an “enterprising self” — a style of life centered on autonomy, flexibility and instrumentality in professional, institutional, personal and intimate life.  Happiness, in short, is something to be “governed” in the sense developed by Michel Foucault: it is a project undertaken with specific goals in mind.

Michael Lavin, University of Toronto, Canada
Titre en cours

Lieux

  • 56 rue de Passy
    Paris, France

Dates

  • jeudi 30 avril 2009
  • jeudi 11 décembre 2008
  • jeudi 22 janvier 2009
  • jeudi 05 février 2009
  • jeudi 12 mars 2009
  • jeudi 11 juin 2009

Contacts

  • Vanessa Castells
    courriel : vcastells [at] advancia-negocia [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Maria Bonnafous-Boucher
    courriel : vcastells [at] advancia-negocia [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Anthropologie du libéralisme », Séminaire, Calenda, Publié le mercredi 25 mars 2009, http://calenda.org/196836