AccueilRobert Boulin en politique

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Publié le lundi 23 mars 2009 par Marie Pellen

Résumé

Le nom de Robert Boulin ne saurait demeurer dans l’Histoire que pour sa mort brutale le 30 octobre 1979 dans des circonstances jamais complètement expliquées, même si la justice et la plupart de ses amis ont retenu la thèse du suicide. Né en 1920, Robert Boulin appartient aux gaullistes historiques car, bien qu’il n’ait pas rejoint la France libre, il participe à la Résistance intérieure et s’engage dans la vie politique, dès 1947, en adhérant au RPF du général de Gaulle. Dès lors, toute sa vie est étroitement liée à celle du gaullisme dont il est, longtemps un militant et un modeste cadre local sous la IVe République, puis un élu national, au Palais Bourbon, à compter de 1958, et un élu local en tant que maire de Libourne, à partir de 1959, et enfin, l’un des membres du gouvernement durant quatorze ans, de 1961 à 1979 avec une seule interruption de 1973 à 1976, soit un record dans l’histoire de la Ve République et d’une façon plus large de l’histoire de France depuis la Révolution.

Annonce

Un tel parcours, sans échec électoral, sous la Ve République et une aussi longue présence au sein de l’exécutif, sous trois présidents successifs – de Gaulle, Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing – méritent attention et doivent susciter de nombreuses questions.
La carrière de Boulin commence sous le patronage de Jacques Chaban-Delmas, jeune député-maire de Bordeaux, et lui reste liée jusqu’au bout. Quel est le rôle exact de Chaban dans l’ascension de l’avocat libournais Boulin ? Pourquoi Boulin ne fait-il ses premières armes dans le forum électoral qu’en 1958 alors qu’il milite depuis 1947 ? Quelle est la nature des liens et des relations entre les deux hommes, proches par l’âge, compagnons dans la même famille politique dès 1947, collègues à l’Assemblée nationale, siégeant dans le même gouvernement entre 1969 et 1972 ? Peut-on parler d’amitié étroite ou d’amitié politique ? L’ancienne concurrence Bordeaux-Libourne n’a-t-elle jamais joué dans leur relation ? Boulin a-t-il été « vassalisé » dans le « système Chaban » ?
La longue carrière ministérielle de Boulin ne peut qu’impressionner et interroger. À quoi doit-elle son début, en 1961, alors qu’il n’a encore qu’une modeste expérience de la vie politique nationale ? Comment et pourquoi le député de la neuvième circonscription de la Gironde est-il intégré dans toutes les équipes gouvernementales jusqu’en 1973 sans qu’une spécialisation particulière ne « justifie » cette continuité ? L’interruption de cette carrière gouvernementale – avec l’absence des gouvernements Messmer II et III, à la fin de la présidence Pompidou, et du gouvernement Chirac, au début du septennat de Valéry Giscard d’Estaing – suscite tout autant des interrogations tout comme son retour au gouvernement à compter de 1976, même si les divisions de la famille gaulliste autour de l’élection présidentielle de 1974, de la transformation de l’UDR en RPR et des débuts du chiraquisme, apparaissent ici plus évidents. Le nom de Boulin est cité à au moins deux reprises pour Matignon, lors de la campagne de Chaban en 1974 et en 1978-79 quand Valéry Giscard d’Estaing envisage de remplacer Raymond Barre dans la perspective de l’élection présidentielle de 1981. Qu’en est-il vraiment ? De quels atouts dispose Boulin pour être « premier ministrable » : faut-il s’en tenir à sa longue expérience gouvernementale ? aux liens avec Jacques Chaban-Delmas ?
D’une façon plus « partisane », il faut s’interroger sur la place occupée par Boulin dans le gaullisme : les positions de « compagnon » de longue date, de député et de maire ne suffisent pas pour le propulser dans les milieux dirigeants de cette famille politique. Provincial, dans l’ombre locale de Chaban dont la carrière nationale a commencé sous la IVe République, à l’écart des entourages des cabinets, peu présent dans l’appareil du parti si l’on excepte son appartenance au comité central de l’UNR puis de l’UNR-UDT entre 1959 et 1967, comment se hisse-t-il au sommet et comment y reste-t-il ? Quelles sont ses relations avec les « barons » gaullistes et avec de Gaulle, Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing ? Quelles sont ses affinités, voire ses liens, avec les gaullistes de gauche dont il a été souvent proche, semble-t-il, tout en n’étant pas vraiment impliqué dans leur histoire complexe ?
L’exercice du pouvoir national, dans de nombreux gouvernements, ne saurait être analysé seulement en terme de record. Quelle a été la marque de Boulin dans les divers domaines où il a eu d’importantes responsabilités nationales, notamment à propos de la question des rapatriés, de l’économie, de la santé, de l’agriculture, du travail, des relations avec le Parlement ? L’historiographie de la Ve République n’évoque pas souvent le nom de Boulin au titre des grandes réalisations du régime, sauf peut-être pour la politique hospitalière au début des années 1970. Quelles conclusions faut-il en tirer ? Malgré sa longévité ministérielle, la diversité des postes qu’il a occupés n’a-t-elle pas freiné voire anéanti la possibilité pour Boulin de laisser une trace durable ? Et pourtant, s’il est confirmé à chaque remaniement, c’est qu’il doit répondre à ce qu’on attend de lui et qu’il exprime un « capital de compétences » qu’il faut analyser.
Ce sont là beaucoup de questions auxquelles il n’est pas toujours facile de répondre car Boulin n’a pas laissé d’écrits publics sur son action ; et l’historien ne dispose pas de « papiers » inédits Boulin déposés dans un centre d’archives. Le colloque veut pourtant éclairer le parcours et la carrière de Boulin, non pas pour une quelconque « réhabilitation » –  inutile d’ailleurs car l’image modeste laissée par le ministre est largement positive –, mais pour comprendre et apprécier, à sa juste valeur, la place dans l’histoire locale – à Libourne et en Gironde – et nationale – au sein du gaullisme et au coeur des politiques menées entre 1961 et 1979. L’apport d’archives privées conservées par la famille Boulin – évoquées par Benoît Collombat, qui les cite dans un ouvrage récent – et des témoignages d’anciens collaborateurs de Boulin, de quelques-uns de ses compagnons ou adversaires politiques et de collègues des gouvernements devraient être précieux et aider à répondre aux objectifs du colloque.

Colloque Robert Boulin (1er, 2 & 3 octobre 2009, à Libourne)

Programme

Version au 2 février 2009

I. Jeudi 1er octobre après-midi

Introduction (B. Lachaise et alii)

Le parcours national de Robert Boulin homme politique (militant et partisan)

·         Bernard Lachaise (Université de Bordeaux 3), « Comment Boulin devient Boulin : son ascension nationale, du Rpf à l’orée de la Ve République »

·         Jérôme Pozzi (docteur en histoire, Université de Nancy 2) : « Boulin dans la famille gaulliste sous la Ve République »

·         Hervé Chauvin (doctorant Université de Bordeaux 3), « L’entourage national de Boulin ministre : les réseaux de sociabilité et de partenariat »

·         Patrick Éveno (Université de Paris 1-Sorbonne) : « L’image de Robert Boulin dans les médias »

·         Jean Petaux (Sciences Po Bordeaux), « Boulin et la franc-maçonnerie : réseaux et réalité de l’influence »

·         Jean Garrigues (Université d’Orléans), « "L’affaire Boulin’’, révélatrice d’une crise de la majorité politique ? »

[Nb : le colloque n’abordera pas la question précise du décès de Robert Boulin, mais seulement son retentissement médiatique et surtout politique].

II. Vendredi 2 octobre

Matin : Boulin ministre sous la présidence de Gaulle

·                     Guy Pervillé (Université de Toulouse-Le Mirail), « Boulin secrétaire d'État aux Rapatriés dans le gouvernement Debré, d'août 1961 à avril 1962 (notamment "la loi Boulin") »

·                     Frédéric Tristram (docteur), « Boulin secrétaire d'État au Budget dans le gouvernement Pompidou I, de septembre 1962 à avril 1967 » ; puis « Boulin secrétaire d'État à l'Économie & aux Finances dans le gouvernement Pompidou III, d'avril 1967 à mai 1968 »

·                     Gilbert Noël (Université de Rennes 2), « Boulin ministre de l'Agriculture dans le gouvernement Couve de Murville, de juillet 1968 à juin 1969 »

Après-midi : Boulin ministre sous les présidences Pompidou et Giscard d’Estaing

·                     Catherine Omnès (Université de Saint-Quentin-en-Yvelines), « Boulin ministre de la Santé publique et de la Sécurité sociale dans le gouvernement Chaban-Delmas, de juin 1969 à juillet 1972 (notamment la loi Boulin sur les retraites) »

·                     François Audigier (Université de Nancy 2), « Boulin ministre délégué auprès du Premier Ministre chargé des relations avec le  Parlement dans le gouvernement Messmer I, de juillet 1972 à mars 1973 » ; « Boulin ministre délégué auprès du Premier Ministre chargé des relations avec le  Parlement dans le gouvernement Barre I, d'août 1976 à mars 1977 »

·                     Bertrand Blancheton (Université de Bordeaux 4), « Boulin ministre délégué à l’Économie & aux Finances, de mars 1977 à mars 1978 »

·                     Félix Torres (directeur de Public Histoire), « Boulin ministre du Travail & de la Participation dans le gouvernement Barre II, d’avril 1978 au 29 octobre 1979 »

III. Samedi 3 octobre, matin

Boulin : l’ancrage d’une carrière nationale dans son terroir libournais

·                     François Dubasque (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3), « La place de Boulin dans le gaullisme girondin : Boulin et Chaban-Delmas/ Boulin dans le système Chaban »

·                     Françoise Taliano (Sciences Po Bordeaux), « Robert Boulin et la gauche dans le Libournais : quels adversaires ? quels rapports de forces ? »

·                     Christophe-Luc Robin (docteur en histoire), « L’élection de Robert Boulin à la mairie en 1959 : la situation locale, les circonstances, la campagne et Boulin en campagne électorale à Libourne : réseaux, mode de campagne, alliances, héritages, relations avec les modérés et la droite classique »

·                     Alain Chaume, « Boulin maire de Libourne, un premier bilan »

·                     Pierre Guillaume (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3), « La politique hospitalière du maire Boulin »

·                     Hubert Bonin (Sciences Po Bordeaux et Université Montesquieu Bordeaux 4), « Boulin et le monde du vin »

Lieux

  • Libourne, France

Dates

  • jeudi 01 octobre 2009
  • vendredi 02 octobre 2009
  • samedi 03 octobre 2009

Mots-clés

  • Robert Boulin, histoire politique, Libourne, Ve République, Gaullisme

Contacts

  • Marie Boisson-Gabarron
    courriel : Marie [dot] Gabarron [at] montaigne [dot] u-bordeaux [dot] fr

Source de l'information

  • Stéphane Minvielle
    courriel : stephane [dot] minvielle [at] univ-nc [dot] nc

Pour citer cette annonce

« Robert Boulin en politique », Colloque, Calenda, Publié le lundi 23 mars 2009, http://calenda.org/196852