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Quand les revues dessinent des territoires

Appel à manifestation d’intérêt

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Publié le mercredi 25 mars 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Tandis que les supports périodiques de la production scientifique connaissent de profondes mutations, matérielles en particulier, que nombre de revues mettent en ligne l’ensemble de leurs publications passées, et alors qu’un horizon concurrentiel accru se dessine en la matière, la revue Géocarrefour invite les géographes à une relecture large de ces « patrimoines » vivants disciplinaires. Il s'agit d'interroger à la fois l'historicité de la production des savoirs géographiques mais aussi sa « géographicité ».

Annonce

Tandis que les supports périodiques de la production scientifique connaissent de profondes mutations, matérielles en particulier, que nombre de revues mettent en ligne l’ensemble de leurs publications passées, et alors qu’un horizon concurrentiel accru se dessine en la matière,  la revue Géocarrefour invite les géographes à une relecture large de ces « patrimoines » vivants disciplinaires. Au-delà d’un bilan d’étape scientifique de ces corpus, ce numéro se propose ainsi de participer à la nécessaire défense des multiples revues géographiques, en mettant l’accent sur leurs richesses et leurs diversités, sur la complexité aussi avec laquelle périmètre scientifique se conjugue avec périmètre géographique. Les revues constituent en effet tout à la fois un corpus scientifique, un outil de communication et de positionnement scientifique, un lieu de sélection et de validation de la production, un support de connaissances….qui à des échelles différentes participent des dynamiques et des inventivités scientifiques. Géocarrefour souhaite donc exploiter ce moment technologiquement charnière de son histoire éditoriale pour proposer à la collectivité géographique de construire un regard rétrospectif et panoptique sur les revues ancrées dans une tradition de villes universitaires, en laissant de côté le cas particulier des grandes revues généralistes qui ont servi, chacune en leur temps, de point de ralliement aux mutations de paradigmes scientifiques (Annales de géographie, Espace géographique…). En effet, conjointement à l’historicité de la fabrique scientifique, nous souhaitons en explorer la géographicité, qu’elle soit  induite par les territoires concernés et/ou produite par le choix des numéros et plus largement des publications.

L’historicité de la fabrication scientifique

Sous cet angle, il s’agit d’éclairer des questions larges mais inégalement connues : création, structuration, pérennisation, crise, adaptation, lieux de débats… bref, ce que l’on peut analyser en termes de résilience d’un système de production scientifique. A partir de ces corpus, il est donc possible d’interroger à la fois les structures éditoriales (types d’entrées, thématiques privilégiées, signatures…) et leurs surfaces/dynamiques scientifiques. Plusieurs axes seront privilégiés dans l’étude de ces « mémoires » éditoriales.

Les revues régionales géographiques françaises comme éléments du « système disciplinaire » : création, historique, tournants éditoriaux, figures et personnalités géographiques et orientations des revues. Les revues sont en effet partie prenante de la constitution d’écoles régionales autour de quelques grandes figures, à tout le moins pour la période qui va des années 1920 aux années 1970. Dans ce premier axe, le questionnement majeur est celui de l’articulation des recherches régionales (« patrons » et élèves, positionnement et concurrence entre universités…) et leur support territorialisé de visibilité.

Les revues régionales géographiques françaises comme éléments du « système intellectuel » et leurs places dans l’innovation et la dynamique scientifiques. Ainsi la Revue de Géographie de Lyon a été marquée par l’importance de l’hydrologie mais également par les innovations thématiques d’une géographie de l’interface  et d’une géographie sociale. Ces deux derniers courants soulignent corrélativement une dynamique de « déterritorialisation » de la revue et une dilution de ses ancrages régionaux privilégiés d’étude. Plusieurs modes d’interprétation co-existent alors : mutation éditoriale à l’aval de celles des paradigmes disciplinaires en renouvellement, insertion dans une nouvelle division (inter)nationale du travail scientifique… Cette dynamique éditoriale constitue un levier heuristique fécond pour saisir les évolutions d’enjeux et de positionnement de la géographie. Plus avant même, cette entrée questionne la fonctionnalité d’une revue dans la valorisation et la publicisation de la recherche : publications validant des modèles d’intelligibilité disciplinaire installés ou au contraire instillant des infléchissements novateurs ou critiques. Dans le cadre d’un paradigme entendu au sens kuhnien du terme, les revues jouent ainsi un rôle déterminant dans les dynamiques intellectuelles et scientifiques.

Les revues régionales géographiques françaises comme éléments d’un « système national » disciplinaire. Il est en effet  particulièrement stimulant de comparer la situation française en la matière à d’autres configurations nationales : revues britanniques, allemandes ou italiennes. En effet, la structuration en revues régionales de la publication des travaux géographiques en France correspond à la structure du paradigme classique et au statut qu’y a revêtu la « région ». A l’instar du modèle français, les modèles « latins » s’opposent donc aux modèles anglo-saxons.

La géographicité de la production scientifique

Cette dimension, on l’a vu, participe de la dynamique même de l’historiographie scientifique et on  ne saurait les disjoindre. L’interrogation débute même avec la dénomination générique de ces revues. En France, parle-t-on de revues régionales de géographie ou de revues de géographie régionale ? Quelle spécificité du modèle intellectuel et scientifique français (Paris/Province) la structuration régionale des revues donne-t-elle à voir? Comment mener une comparaison internationale et avec quels critères (institutionnels, territoriaux, d’école…) ?

Au-delà des intitulés et donc des définitions de périmètre scientifique, se pose de fait la question des périmètres géographiques et de leurs structurations. Peut-on (et jusqu’où) analyser ces vecteurs indispensables à la production/capitalisation scientifique en termes de territoire et de réseau de connaissances ? Plus avant encore, quelles géographicités se dessinent aujourd’hui : les bases territoriales originelles sont-elles pérennes, enregistrent-elles des mutations analogues, construisent-elles des politiques éditoriales de géographicité  territorialisée ou privilégient-elles des comparaisons réticulaires ? Plusieurs questionnements méritent donc d’être explorés :

Quelle place ces revues ont-elles tenue dans la fabrication/validation d’une géographie régionale ? Dans quelle mesure ces revues ont-elles fonctionné comme des caisses résonance des paradigmes classiques ? Dans quelle mesure participent-elles à leur  validation ? Cette dimension, quoiqu’historique, est nécessaire à la saisie et à la compréhension des évolutions contemporaines.

Les « terrains » des revues méritent également d’être analysés. La connaissance de certaines régions françaises a ainsi été particulièrement alimentée par les publications des revues universitaires régionales (le Rhône/RGL ou les bassins miniers du Nord/Hommes et Terres du Nord et de Lorraine/RGE par exemple). Conséquemment s’est dessinée/se dessine une certaine Géographie nationale, faite de pleins et de creux (quid de la Loire ?). Peut-on poursuivre l’analyse en établissant des relations fortes entre revues  (lignes éditoriales, patrons et auteurs) et fabrication de  hauts lieux disciplinaires ? Les revues ont-elles (comment et pourquoi) sélectionné/construit/expérimenté des terrains « laboratoires » par l’intermédiaire de leurs publications ?

En internationalisant ce questionnement, on se demandera dans quelle mesure les revues géographiques des villes universitaires (USA, GB, Italie, Allemagne..) ont-elles porté des courants ou des écoles spécifiques ? La question de leurs territoires géographiques se pose-t-elle dans les mêmes termes ? Bien loin de vouloir spécifiquement valoriser un modèle national, cet appel à contribution souhaite au contraire motiver des articles portants de la façon la plus large possible sur l’analyse de revues étrangères, seule garante d’une nécessaire approche comparatiste.

Modalités de réponse

Etant donné le caractère très exploratoire de cette thématique, la rédaction souhaite vérifier son potentiel auprès de la communauté scientifique. La revue invite les personnes intéressées par cette thématique à se manifester auprès d'Isabelle Lefort (isabelle.lefort@univ-lyon2.fr) avant le 1er juin 2009 (par un message expliquant leur projet). L’appel s’adresse également aux chercheurs d’autres disciplines que la géographie potentiellement intéressés par cette thématique. En fonction de ces marques d'intérêt, l'organisation du numéro pourra suivre le cours habituel d’un appel à articles en vue d’une publication vers l’été 2010 ou bien elle sera différée. Le projet prendrait alors la forme d’une recherche avec constitution d’une équipe, quête éventuelle de financements, séminaire de travail et élaboration d’un calendrier de travail.

Dates

  • lundi 01 juin 2009

Mots-clés

  • histoire de la géographie, revues régionales

Contacts

  • Isabelle Lefort
    courriel : isabelle [dot] lefort [at] univ-lyon2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Eric Verdeil
    courriel : eric [dot] verdeil [at] normalesup [dot] org

Pour citer cette annonce

« Quand les revues dessinent des territoires », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 25 mars 2009, http://calenda.org/196855