AccueilSéminaire franco-allemand de jeunes chercheurs CIERA / FU Berlin

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Publié le lundi 30 mars 2009 par Marie Pellen

Résumé

Pour la session 2009, autour du thème « Comparer », le séminaire franco-allemand du CIERA organisé en coopération avec la FU Berlin visera à interroger à nouveaux frais un des outils dont les doctorants ont souvent l’occasion de faire usage dans le cadre de leur travail de thèse. Le séminaire a pour objectif de revenir sur les fondements épistémologiques ainsi que sur les modalités empiriques de la méthode comparative. L’opérationalisation de la comparaison pose trois défis que le séminaire visera à expliciter et mettre en discussion : celui de la réflexivité, celui de la méthodologie de la construction de l’objet et enfin celui de l’injonction comparatiste.

Annonce

 

Séminaire franco-allemand de jeunes chercheurs du Moulin d’Andé

15-19 septembre 2009

« Comparer »

CIERA / FU Berlin

Avec le soutien de l'Université franco-allemande

Objectifs

Répondant à une double exigence d’interdisciplinarité et d’ouverture internationale, le séminaire franco-allemand de jeunes chercheurs du CIERA a pour objectif d’offrir, pendant cinq jours consécutifs un lieu de réflexion et d’échange à de jeunes chercheurs (doctorants en majorité) en sciences humaines et sociales autour d’un thème commun. Pour la session 2009, autour du thème « Comparer », le séminaire visera à interroger à nouveaux frais un des outils dont les doctorants ont souvent l’occasion de faire usage dans le cadre de leur travail de thèse. Plus précisément, cette session 2009 a pour objectif de revenir sur les fondements épistémologiques ainsi que sur les modalités empiriques de la méthode comparative.

L’opérationnalisation de la comparaison pose trois défis que le séminaire visera  à expliciter et mettre en discussion : celui de la réflexivité, celui de la méthodologie de la construction de l’objet et enfin celui de l’injonction comparatiste.

Contenu

Au plus tard avec Max Weber et Durkheim, le comparatisme est devenu l’une des démarches fondatrices des sciences sociales. Au-delà de la sociologie, il a marqué l’ethnologie structurale, l’anthropologie, la linguistique, le droit, la psychologie, la géographie et, dans une moindre mesure, l’histoire, les études littéraires et les disciplines esthétiques. Depuis le début, l’essor du comparatisme a été lié à deux facteurs : la multiplication des terrains d’étude et la tendance à instituer un point de vue universaliste – qui en l’occurrence s’est défini comme étant celui de « la science ». Ces mouvements de base sont aujourd’hui arrivés à un point critique. D’un côté, la croissance exponentielle des données produites à partir d’une masse quasi-illimitée de terrains, eux-mêmes très variables, rend aléatoire toute tentative d’interprétation intégrée. De l’autre, la mondialisation a considérablement augmenté les interrelations entre les différents terrains et acteurs, si bien que les unités d’analyse sont de plus en plus étroitement connectées entre elles – et donc plus difficiles à séparer d’un point de vue analytique. Enfin les sciences sociales occidentales sont elles-mêmes confrontées aux effets de l’exportation de leur universalisme, notamment à travers la colonisation. L’imposition de cet universalisme à des sociétés et cultures non occidentales a produit non seulement des phénomènes de rejet, mais aussi de nouvelles constructions qui mélangent le retour à des traditions prétendument autochtones et la reprise, sous forme d’auto-affirmation, d’éléments empruntés au discours occidental (voir les débats déclenchés par l’ouvrage d’Edward W. Saïd dans Orientalisme de 1978). La multiplication des points de vue possibles sur l’objet conduit à un affaiblissement des catégories analytiques mises en œuvre par les sciences sociales et humaines. Elle porte en elle le risque d’un relativisme culturaliste qui abandonne non seulement toute visée de connaissance rationnelle, mais aussi la volonté d’élaborer une démarche compréhensive capable de faire office de médiation. D’où la nécessité d’un retour sur les fondements épistémologiques et les modalités empiriques d’une démarche qui reste incontournable à la production d’une connaissance en sciences humaines et sociales.

L’effet conjugué de la mondialisation et des transformations récentes des sciences sociales et humaines  a donc profondément modifié les méthodes et objets soumis au regard comparatif. Si la comparaison a toujours été identifiée comme une démarche particulièrement efficace pour mettre les objets de recherche à distance et pour remettre en question les catégories d’analyse  forgées dans les espaces nationaux, les approches comparatives ne se contentent plus de juxtaposer des objets et contextes nationaux dans une logique d’identification des similitudes et différences. Le renouvellement de la comparaison s’inscrit dans un ensemble de propositions théoriques qui, au-delà de leurs divergences, invitent à reprendre la réflexion épistémologique sur les opérations de comparaison. La particularité de ces propositions – études de transfert et de circulations, histoire croisée, intertwined ou entangled history – consiste à construire des objets de recherche qui dépassent la simple comparaison-juxtaposition. Contre les contraintes de la stabilisation induite par la méthode comparative classique, elles insistent sur la dynamique des interactions sociales et l’interdépendance des unités mises en relation.

Si la méthode comparative a un ensemble de vertus épistémologiques incontestées et s’est imposé comme une sorte d’impératif catégorique dans les disciplines des sciences sociales et humaines, l’opérationnalisation de la comparaison pose un ensemble de défis que ce séminaire aura pour vocation à expliciter et à mettre en discussion.

Le premier défi est celui de la réflexivité. La prolifération des nouvelles propositions théoriques et de manières de construire l’objet ainsi que les approches privilégiées dans les différentes disciplines des sciences sociales et humaines incite à une comparaison réflexive sur les apports et les angles morts de chacune d’entre elles pour éviter les conséquences perverses des « effets de mode » et pour réfléchir à l’adaptation des méthodes aux objets et hypothèses de recherche. Le séminaire du CIERA, par son approche pluridisciplinaire et par la confrontation des traditions de recherche en France et en Allemagne, fournira un cadre particulièrement propice pour ce travail réflexif.

Le deuxième défi est celui de la méthodologie de construction de l’objet comparatif et notamment la relation complexe entre le choix de ou des objets (leur nombre, l’échelle, ce qui donne l’unité aux entités à comparer, mais aussi les interpénétrations et relations entre ces objets) et le point de vue de l’observateur. La comparaison n’est ainsi pas simplement une représentation stylisée de la réalité, elle la transforme en opérant une sélection des faits et en fixant des étalons de mesure. Elle contribue ainsi à transformer les normes, représentations et les échelles d’un « réel » produit par le processus de recherche lui-même. Le séminaire aura ainsi pour vocation de reconsidérer les différentes opérations qui contribuent à la construction de la comparaison et à sa fécondité : délimitation des coordonnées spatiales et temporelles, la construction des échelles pertinentes (également spatiales, temporelles et sociales) pour la comparaison et l’importance du point de vue de l’observateur (en « équidistance » entre les unités à comparer, ou en position asymétrique). On évoquera, ainsi, le problème de la comparaison asymétrique consistant à transposer les catégories d’analyse d’un objet à un autre, la question des croisements ou « interférences » entre des objets en relation, etc.

Enfin, le troisième défi que ce séminaire se propose de relever consiste à réfléchir aux causes et aux effets de cette injonction comparatiste issue de la mondialisation, en partant du constat que les sciences sociales et humaines sont loin de détenir le monopole de cette démarche. En effet, depuis les années 1980, on assiste à une prolifération de techniques comparatives et de leurs usages politiques et sociaux. Les organisations internationales ou supranationales, les ONG, comme les entreprises et médias produisent une quantité de classements, rankings, palmarès, graphiques, études comparées et discours construits sur la logique de la comparaison. Ce mouvement se produit sur fond d’une crise des États-nations, de la construction européenne et d’une sorte d’affinité élective entre les méthodes comparatives et la revalorisation du paradigme de la compétition et de la concurrence comme finalité dans l’ensemble des secteurs de l’activité humaine. On constate alors, d’une part, une demande sociale et politique de comparaison qui s’adosse à un contexte général de mise en compétition, et donc en comparaison, des acteurs sociaux et institutionnels, contexte qui doit être intégré dans une réflexion sur la place des sciences sociales et humaines dans ce dispositif global. D’autre part, nous nous trouvons devant la nécessité d’identifier, au-delà des usages politiques, sociaux et médiatiques qui en sont faits, la spécificité des travaux universitaires, leur propre « régime de vérité », pour emprunter l’expression au politiste Jacques Lagroye.  Par le biais de cette mise en relation, le séminaire sera aussi un moment pour approfondir la réflexion sur les conditions de l’autonomie de la démarche scientifique, toujours contestée, en particulier aux sciences sociales et humaines. On revient ici à la question de la réflexivité évoquée plus haut.

Cinq thèmes sont proposés pour quadriller le terrain :

  •    Quelles échelles pour appréhender le global ?
  •      La comparaison diachronique
  •      Les catégories de la comparaison
  •      Les usages de la comparaison
  •      Terrains et contextualisation

Déroulement :

Le séminaire se déroulera du mardi 15 au samedi 19 septembre 2009 après-midi. Chaque demi-journée commencera par la conférence d’un(e) spécialiste, suivie d’une session consacrée à la présentation de leurs travaux par les participants. Deux demi-journées seront consacrées à des séances de travail en petits groupes.

Public :

Le séminaire s’adresse à 25 jeunes chercheurs doctorants ou post-doctorants de toutes nationalités, issus de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, travaillant ou non dans une logique comparatiste, traitant ou non d’un terrain français ou allemand. Les langues de travail seront le français et l’allemand. Chacun s’exprimera dans sa langue de prédilection, mais devra être en mesure de bien comprendre l’autre langue.

Lieu :

Le Moulin d’Andé, Eure (gare la plus proche : Val-de-Reuil)

Candidature :

La sélection des participants se fera sur la base de leur candidature en ligne sur le site du CIERA, accompagnée d’un curriculum vitae, d’une présentation de leurs travaux de recherche et d’un projet de texte à discuter en relation avec un des cinq thèmes du séminaire.

Date limite de réception des dossiers : 11 mai 2009

Frais : 50 € (frais d’inscription et participation aux repas). Les frais de voyage (train 2e classe ou avion billet tarif réduit) et de séjour sont entièrement pris en charge par le CIERA.

Informations : www.ciera.fr, beaufils@ciera.fr

Lieux

  • Le Moulin d'Andé
    Andé, France (27)

Dates

  • lundi 11 mai 2009

Fichiers attachés

Mots-clés

  • jeunes chercheurs, franco-allemand, interdisciplinaire,comparatisme, fondements épistémologiques et modalités empiriques de la comparaison, universalisme, multiplication des points de vue, réflexivité, construction de l’objet, propositions théoriq

Contacts

  • Eliane Beaufils
    courriel : beaufils [at] ciera [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Eliane Beaufils
    courriel : beaufils [at] ciera [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Séminaire franco-allemand de jeunes chercheurs CIERA / FU Berlin », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 30 mars 2009, http://calenda.org/196896