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Des différents usages de Darwin

Sciences humaines, sciences de la nature

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Publié le mercredi 01 avril 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Si Marx prétendit un jour ironiquement qu’il n’était pas marxiste, on pourrait tout autant affirmer que Darwin lui-même n’était pas « darwinien » en « darwiniste ». Ces termes, cela va de soi, n’apparurent qu’une fois publiée sa théorie dans L’Origine des Espèces qui fut immédiatement l’objet d’interprétations divergentes, voire contradictoires. Peu de grands penseurs ont laissé ouverts à un tel point les usages que l’on pouvait faire de leurs ouvrages. Être aristotélicien, newtonien, quelles que soient les divergences qu’ont suscitées leurs théories, renvoie à un noyau de sens fixe et bien déterminé. Être « darwinien » est plutôt se situer – parfois aveuglément - dans une nébuleuse dont les éléments extrêmes peuvent aller jusqu’à s’ignorer ou se contredire.

Annonce

JOURNEES D’ETUDES COMMUNES SFHSH-SHESVIE

  • Société française pour l'histoire des sciences de l'homme
  • Société d'histoire et d'épistémologie des sciences de la vie

Si Marx prétendit un jour ironiquement qu’il n’était pas marxiste, on pourrait tout autant affirmer que Darwin lui-même n’était pas ‘darwinien’ en ‘darwiniste’. Ces termes, cela va de soi, n’apparurent qu’une fois publiée sa théorie dans L’Origine des Espèces qui fut immédiatement l’objet d’interprétations divergentes, voire contradictoires. Peu de grands penseurs ont laissé ouverts à un tel point les usages que l’on pouvait faire de leurs ouvrages. Etre aristotélicien, newtonien, quelles que soient les divergences qu’ont suscitées leurs théories, renvoie à un noyau de sens fixe et bien déterminé. Etre ‘darwinien’ est plutôt se situer – parfois aveuglément - dans une nébuleuse dont les éléments extrêmes peuvent aller jusqu’à s’ignorer ou se contredire.

Il y a peu de temps encore, ce terme était la plupart du temps utilisé de manière plutôt péjorative dans les sciences humaines, laudative au contraire et quasiment officielle dans les sciences de la nature. Et dès 1860 surgirent des polémiques sur le rapport de la pensée de Darwin avec le libéralisme économique, le socialisme, le rationalisme agnostique, ou sa stricte neutralité, polémiques que Darwin examina d’un regard perplexe, réticent ou parfois ironique, ne s’engageant que de manière très générale et parfois contradictoire.

Quant à l’aspect proprement biologique de l’œuvre, immense certes, de Darwin, il ouvrait également sur des interprétation : sa théorie de la sélection naturelle et de la descendance avec modification permettaient, ou appelaient, divers usages – Chacun des termes de la théorie, en fonction du poids qu’on lui accordait, traçait des voies différentes, rapport entre structure et fonction, poids et sens de la notion d’adaptation, de variation, hasard et nécessité, niveaux où s’exerçait la sélection naturelle, etc. 

De la théorie même découlaient des transformations ou remodelages de toutes les composantes des sciences de la nature, abordées dans la deuxième partie de L’Origine des espèces, transformations qui ne pouvaient être le fait d’un seul homme : en quoi la théorie renouvelait-elle les perspectives de la paléontologie, de la distribution géographique, de la classification, de l’embryologie, en quoi s’y insérait-elle en les modifiant, et jusqu’à quel point ? A quels usages l’évolution se prêtait-elle dans chacune de ces spécialités ? En quoi, enfin, les théories darwiniennes de l’hérédité furent-elles compatibles avec, ou constituèrent-elles un obstacle, au développement de la génétique contemporaine qui seul permit une nouvelle synthèse évolutionniste où Darwin fut utilisé comme fondateur d’un nouveau paradigme qui allaient bien au delà de ses propres théories sur la transmission héréditaire.

A partir de ces diverses lignes de recherche, les divers spécialistes élargirent chacun à leur manière des pistes que Darwin avait tracées en les laissant ouvertes. « On pourrait gagner beaucoup en envisageant telle question à la lumière de mes vues » disait-il souvent en substance. L’évolution en tant que principe est acceptée de nos jours par tous les scientifiques, chez qui l’idée de théorie ne signifie pas fournir réponse à tout, mais des explications étayées par de nombreuses observations, où les lacunes de la connaissance ne sont pas considérées comme source de doute ou de réfutation comme l’imaginent les fondamentalistes de toute religion, mais des ouvertures fertiles vers de nouvelles découvertes. L’oeuvre de Darwin, sans doute pour la première fois dans l’histoire des sciences, offrait des solutions à des problèmes qui ouvraient tout autant de territoires inconnus qu’il en balisait. Rien d’étonnant à ce que sa pensée ait utilisée à des fins, usages, et stratégies diverses.

Et, de nos jours, nombreux sont les laboratoires qui utilisent -  ou ignorent – en fonction des intérêts de leur recherche, tel ou tel des concepts forgés par Darwin, en minimisant certains autres, ou avançant sur l’une des voies suggérées mais non explorées par lui. Dans un vaste perspective s’étagent des statistiques purement mathématiques à de larges représentations écologiques englobant le vivant et son milieu, si éloignées les unes des autres qu’elles seraient susceptibles de s’ignorer si l’ampleur de la perspective darwinienne ne leur conférait une unité, difficile à saisir mais d’une solidité certaine. Autant de laboratoires, autant de thèmes de recherche, autant d’usages de Darwin où son œuvre prend une coloration différente au fil de découvertes nouvelles.

Les concept darwiniens ont été utilisés jusqu’en philosophie: en quoi les thèmes fondamentaux de la continuité et de la discontinuité, de la méthode hypothético-déductive, du rôle de l’analogie entre concepts, et de la métaphore au niveau de l’imagerie, de la découverte et de l’exposition de la théorie par Darwin, sont-elles utilisées par les divers courant de la philosophie des sciences, voire de la philosophie tout court ? Est-il possible de rapprocher, considérant l’ampleur exceptionnelle des documents dont nous disposons,  en utilisant Darwin, les point de vue internalistes et externalistes, l’immersion dans un milieu familial et culturel d’une part,  l’invention scientifique proprement dite de l’autre ?

Les sciences de l’homme et de la société, au-delà des polémiques sur un ‘darwinisme social », en réalité insaisissable, ont polémiqué sur les concepts de progrès et d’évolution et sur les conséquences de la ‘lutte pour la vie’. Le darwinisme est parfois utilisé comme un repoussoir, parfois considéré (particulièrement en France) comme une branche anglo-saxonne modernisée du lamarckisme ou du spencérisme. De son côté, à l’opposé, la psychologie évolutionniste vise à naturaliser le cerveau et la connaissance. Il n’est jusqu’au fondamentalisme religieux qui n’utilise Darwin pour mieux coordonner sa vison de la création. Darwin laissait ouvert devant lui un immense champ de découvertes à venir que rendait possible sa théorie, fertile en ses interrogations même, voire ses hésitations.

Certains des  usages qui furent et sont faits de Darwin seront l’objet de ce colloque, aussi bien dans les sciences de la nature que de celles de l’homme et de la société.

La date de la journée d’études n’a pas encore été fixée. Elle aura lieu fin octobre  2009 (probablement le 29 et le 30 octobre). Les propositions de communication peuvent être envoyées, sous forme d’un résumé d’une page de 2000 signes maximum, à  

SFHSH, SHESVIE

 

Lieux

  • à préciser
    Paris, France

Dates

  • lundi 29 juin 2009

Mots-clés

  • Darwin, darwinisme, évolutionnisme, darwinisme social, sélection naturelle

Source de l'information

  • Daniel Becquemont
    courriel : Becquemont [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Des différents usages de Darwin », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 01 avril 2009, http://calenda.org/196922