AccueilZones humides et villes d’hier et d’aujourd’hui : des premières cités aux fronts d’eau contemporains

Zones humides et villes d’hier et d’aujourd’hui : des premières cités aux fronts d’eau contemporains

Troisième colloque international du Groupe d’histoire des zones humides

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Publié le lundi 20 avril 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Le choix du thème s’est imposé de lui-même à la suite des deux premiers colloques. Si l’étang a plutôt sa place dans le milieu rural, la ville n’est jamais loin, comme cliente de ses productions ou comme siège du pouvoir. Pour la tourbe, le rapport est encore plus net, tant de villes étant installées quasiment aux portes des tourbières, l’exemple le plus démonstratif étant celui de la Hollande. Il est facile d’associer l’eau à la ville en tant que ressource ou moyen de transport, mais la zone humide est aussi un élément fondamental de l’installation d’une cité et un gage de prospérité. Rien qu’à l’échelle de la France, il est bien difficile de trouver une grande ou une petite ville qui ne se soit pas développée dans ou à proximité d’une zone humide. De même, avec les métiers de l’eau, les zones humides ont contribué à la prospérité des cités jusqu’à la veille de la Révolution française.

Annonce

Le choix du thème s’est imposé de lui-même à la suite des deux premiers colloques. Si l’étang a plutôt sa place dans le milieu rural, la ville n’est jamais loin, comme cliente de ses productions ou comme siège du pouvoir. Pour la tourbe, le rapport est encore plus net, tant de villes étant installées quasiment aux portes des tourbières, l’exemple le plus démonstratif étant celui de la Hollande. Il est facile d’associer l’eau à la ville en tant que ressource ou moyen de transport, mais la zone humide est aussi un élément fondamental de l’installation d’une cité et un gage de prospérité. Rien qu’à l’échelle de la France, il est bien difficile de trouver une grande ou une petite ville qui ne se soit pas développée dans ou à proximité d’une zone humide. De même, avec les métiers de l’eau, les zones humides ont contribué à la prospérité des cités jusqu’à la veille de la Révolution Française. Pourtant, entre le XIXe siècle et la fin des années 1990, les sociétés urbaines ont rejeté au nom de l’hygiénisme et du Modernisme, leurs zones humides, alors reléguées au rang d’espaces malsains et improductifs, et donc asséchées voire dissimulées sous des dalles de béton. Au moment où l’ensemble des cités redécouvre son patrimoine humide, doté de vertus nouvelles liées à l’édification des villes durables (nature en ville, mixité sociale, lutte contre les inondations…), ce colloque a pour objectif de retisser la complexité des liens entre villes et zones humides.

Pour ordonner les réflexions, cinq thèmes qui semblent le mieux correspondre aux recherches actuelles et aux interrogations des citoyens, ont été privilégiés. Ils donneront lieu à autant de sessions et seront l’occasion de faire le point sur l’ensemble des recherches engagées par les historiens, les archéologues, les géographes et les chercheurs d’autres disciplines travaillant ces relations complexes entre les villes et les zones humides.

Les communications accorderont une attention particulière aux points énoncés ci-après :

  • approche comparative des sources (écrites, archéologiques, cartographiques, etc.)
  •  prise en considération des échelles d’observation,
  • réflexion sur le développement durable à partir de l’analyse des pratiques et des techniques mises en œuvre par les sociétés du passé.

Thématiques proposées pour les communications 

Thème 1 : Quand la ville sort de l’eau, genèse de l’installation des villes dans les marais

Bruxelles, Paris, la liste est longue des villes qui sont construites autour d’un marais. Au Moyen-Orient, là où vont se constituer les premières cités qui nous soient connus, Ur, Ninive, Uruk, les marais de Mésopotamie qui s’étendent entre le Tigre et l’Euphrate sont de toute première importance dans une région où la pluviométrie est réduite, ils constituent, rappelons-le, la plus grande zone humide du Proche et du Moyen-Orient. 

Ce premier thème permet de s’interroger sur :

  • la part du fleuve et la part des marais dans l’attractivité de ces sites. Au 4ème millénaire avant JC, la question ne se pose à peu près pas, on produit et on consomme sur place, la fonction d’échange est encore réduite. Plus près de nous, on peut penser que la fonction alimentaire puis la fonction de défense donne encore la priorité aux marais, qu’en est-il dans la réalité ?
  • la dynamique des villes : sont-elles allées s’implanter en bordure ou au sein de la zone humide parce qu’elles y trouvaient des caractères favorables ? Ce pourrait être le cas des villes qui utilisaient l’espace marécageux comme moyen de défense (Bruxelles, La Fère, Valenciennes). Ou, au contraire, est-ce la prospérité des marais, la fixation d’une société en ces espaces qui se prêtent bien à la sédentarisation, qui génèrent des regroupements de populations donnant lieu à la construction de cités ?
  • comment ce ou ces schémas, s’il y en a plusieurs, ont évolué au cours des siècles. Jusqu’à quand les villes se construisent-elles ou se développent-elles en relation au cœur des marais, à l’instar de Berlin, tardive capitale de l’Allemagne. Les villes crées au XXe siècle suivent-elles ce schéma ou s’en affranchissent-elles ? Comment enfin les villes nouvelles, liées à la déconcentration des grands centres urbains, ont-elles ex nihilo créé des zones humides nouvelles sous forme de plans d’eau multifonctionnels (épuration, bases de loisir, protection de la nature…), miroirs des cités du futur et réinventant des usages et des bienfaits anciens ? 
  • l’existence ou non d’une organisation spatiale et d’une architecture spécifiques aux villes installées dans les zones humides.

Thème 2 : Quand l’eau et le marais nourrissent la ville

Il suffit de se promener dans les hortillonnages d’Amiens et d’apercevoir, dépassant de la végétation arborée, les tours de la cathédrale, pour comprendre le lien intime entre la ville orgueilleuse et son ventre nourricier qui lui fournissait également, en d’autres secteurs des marais de la Somme, la tourbe pour se chauffer. Ces deux fonctions se retrouvent à une autre échelle en Hollande où l’explosion de la croissance urbaine s’est appuyée sur des espaces marécageux pourvoyeurs de tourbe et de produits alimentaires.

  • Quelle est la valeur des flux économiques de cet environnement proche, des produits alimentaires ou autres vers la ville et des masses financières en retour ? 
  • Existe-t-il une économie en dehors de la ville ? Contrôle-t-elle tout son environnement, à l’instar de la Grande Seigne de Pontarlier possédée par les habitants de la ville ? Dans le cas de marais largement étendus, comment se font les relais entre les principales cités, y a-t-il développement de petites cités intermédiaires qui s’insèrent dans ce type d’économie ?
  • Comment cette fonction a évolué au cours du temps ? Quelle est la permanence des fonctions nourricières ? Sont-elles appelées à se fondre dans la mondialisation après avoir largement régressé avec la spécialisation régionale ou peuvent-elles encore avoir une place dans l’extension des zones urbaines ? Enfin, à travers la labellisation des produits maraîchers peut-on cerner des synergies entre protection des zones humides urbaines et qualité des productions maraîchères ?

Thème 3 : Quand l’eau et la ville se regardent

Les rapports étroits que la ville entretient avec son marais ont, en-dehors de la fonction nourricière, d’importantes répercussions sur la manière dont la ville et le marais qui l’entoure se regardent. Le cas le plus évident est celui de la fonction défensive : l’économique le cède alors au stratégique et c’est le pouvoir militaire qui détermine l’aménagement du territoire. Les exemples sont innombrables, des marais atlantiques sensés repousser l’invasion anglaise aux « coups » tactiques de Napoléon autour des marais de la ville de Laon, le militaire et le marais entretiennent des rapports forts que concrétise l’édification ou le renforcement de citadelles à proximité. 

  • Quelle perception de cet enjeu en avaient les populations ? Que nous en reste-t-il, alors que tous ces espaces aménagés sont décrits comme des milieux naturels à préserver de l’action de l’homme ?
  • D’une manière plus générale, quelles sont les phases où le marais est le simple prolongement de la ville, quand le marais devient-il un espace étranger ou hostile ? *
  • Comment se déroule aujourd’hui la réappropriation de ces espaces par une ville : outil de conciliation entre loisirs et éducation à la nature, outil de réconciliation urbaine et d’insertion sociale comme à Laon ou à Montréal ? Au moment où la plupart des cités s’engagent dans des politiques de valorisation de leurs zones humides, quelles sont les modalités, notamment paysagères, de ce regain d’intérêt ? Entre restauration, réhabilitation et rénovation, peut-on ébaucher une typologie des politiques urbaines en matière de réinscription des espaces aquatiques dans les tissus citadins ? Enfin, quand chaque cité, autour de ses fronts d’eau, ambitionne de se mirer dans l’eau, quelle est la part de la mode et celle de la pertinence fonctionnelle de tels projets ?

Thème 4 : La ville au risque de l’eau

Située au cœur des préoccupations environnementales, la problématique du risque permet d’aborder les relations des sociétés urbaines avec « l’aléa », de mesurer tant leur vulnérabilité que leur capacité à intégrer la « mémoire du risque ».
Bien des villes, telles Mexico, ont tiré bénéfice de leur proximité avec l’eau sous toutes ses formes. Mais, dans le même temps, les hommes savent depuis des temps immémoriaux que les fonds de vallée sont les lieux de plus grand danger. En admettant ces risques, ils estimaient que les bénéfices leur étaient largement supérieurs, ou avaient développé une stratégie qui leur permettait de s’adapter aux aléas de l’eau ou encore une espérance de vie de vingt-cinq ans ne donne pas la même perception des temps de retour des évènements catastrophiques qu’une espérance de vie de soixante-quinze ans.
La réflexion doit porter sur :

  • l’évaluation socio-culturelle des risques. Sur quelles bases est évalué le ou les risque(s) ? Et quels risques pour qui ? La ville n’est pas une entité homogène mais un ensemble de groupes sociaux aux intérêts particuliers, parfois divergents et contradictoires. On doit identifier, selon les époques, non seulement les risques auxquels les villes, dans leur ensemble, selon leur position géographique, leur développement politique et socio-économique ont dû faire face mais également ceux que les différents groupes sociaux ont eu à affronter de part leur position dans la ville. Cela en distinguant bien ce qui relève des eaux fluviales de ce qui relève des eaux palustres. Celles-ci apparaissent aujourd’hui comme le garant de la régulation des excès de l’eau courante. Les sociétés du passé ont-elles perçu ou non ce découplage ? Des hiérarchies ont-elles été établies entre ces risques par les sociétés urbaines ? Comment se sont-ils exprimés ? Comment ont-ils été résolus, si jamais ils l’ont été ?
  • Comment cette culture du risque a évolué au cours des temps historiques et, la comparer à celle qui est en train d’émerger actuellement. 
  • Comment l’information historique est transmise aux aménageurs d’aujourd’hui ? Est-elle prise en compte au même titre que les modèles hydrauliques ?

Thème 5 : Les petites Venises

Venise est aujourd’hui le symbole des villes intimement liées à l’eau. De ce fait, nombre de villes, à l’instar de Bruges, la Venise du Nord, Nankin, la Venise de l’orient, Vancouver, la Venise du Canada, Bonneval, la Petite Venise de la Beauce, Montargis, la Venise du Gâtinais, se réclament de cette paternité symbolique.
Au-delà de l’aspect publicitaire, on peut se poser la question de l’identité dont cherchent à se parer de ces villes ? Correspondent-elles au système vénitien, quels sont les choix qui ont conduit ces cités à s’installer sur l’eau ? Est-ce une vocation, est-ce un pis-aller ?
Il serait bon de pouvoir esquisser une typologie de ces cités, aussi bien au point de vue historique que du point de vue économique. Il sera bon également de présenter des cas sortant un peu de l’ordinaire qui est généralement présenté (Colmar, Annecy).

Ce colloque est organisé en partenariat avec l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis (laboratoire CALHISTE, EA 4343) et le Service Archéologique de la ville de Valenciennes. Cette collaboration permet d’envisager le sujet dans la pluridisciplinarité : Histoire, Archéologie, Géographie, Urbanisme… Il est également largement ouvert à l’ensemble des disciplines des sciences sociales et humaines, des sciences de l’ingénieur.

Comité d’organisation / Organizing committee :

La coordination générale du colloque est assurée par :

  • Philippe Beaussart pour le compte du Service municipal de l’archéologie de Valenciennes ; 
  • Corinne Beck, professeur d’histoire, Fabrice Guizard-Duchamp, maître de conférences en histoire et Jacques Heude, maître de conférences en géographie pour le compte de l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis ;
  • Delphine Gramond, maître de conférences en géographie, Université de Paris IV, secrétaire du GHZH et Magalie Franchomme (Université de Lille 1) pour le compte du GHZH.

Comité scientifique / Scientific committee :

  • Salvatore Ciriacono, professeur d’histoire, Université de Padoue
  • Chloé Deligne, chercheuse qualifiée FNRS, Département d’Histoire, Université libre de Bruxelles
  • Jean-Michel Derex, président du Groupe d’Histoire des Zones Humides
  • Patrick Fournier, maître de conférences en histoire, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand II
  • Patrizia Ingallina, Professeur d’aménagement de l’espace et urbanisme, paysagiste, Université de Lille 1
  • Geneviève Massard- Guilbaud, directrice d’études à l’EHESS, Paris
  • Didier Paris, Professeur d’aménagement de l’espace et urbanisme, Président du Conseil de développement de Lille métropole, Université de Lille 1
  • Jean-Pierre Poussou, professeur d’histoire émérite, Université de Paris IV
  • Bertrand Sajaloli, maître de conférences en géographie, Université d’Orléans
  • Helga Scarwell, Professeur d’aménagement de l’espace et urbanisme, Université de Lille 1

Lieu/Location :

Le colloque Zones humides et villes d’hier et d’aujourd’hui : des premières cités aux fronts d’eau contemporains aura lieu :
- les jeudi 25, vendredi 26 mars 2010 à la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines de l’Université de Valenciennes, Bâtiment Matisse Campus Mont-Houy 59313 Valenciennes Cedex 9
- le samedi 27 mars 2010 au Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, Boulevard Watteau 59 300 Valenciennes

 

Il comprendra cinq demi-journées de communications et de débats suivies d’une demi-journée (samedi après-midi) de visite sur le terrain.

Calendrier/ Calendar :

1ère circulaire : 15 avril 2009
Date limite de proposition de communication : 15 octobre 2009
Date limité d’inscription : 31 décembre 2009

Contacts/Contacts :

Les propositions de communication accompagnées d’un résumé sont à envoyer avant le 15 octobre 2009 à :
Delphine Gramond, secrétaire du GHZH,
mél : Delphine.Gramond@paris-sorbonne.fr

Pour tout autre renseignement concernant l’organisation du colloque:

Corinne Beck ou Fabrice Guizard-Duchamp ou Jacques Heude
FLLASH, Campus Mont Houy
Université de Valenciennes
59 313 Valenciennes Cedex 9
Mél : cbeck16@wanadoo.fr ou corinne.beck@univ-valenciennes.fr
fabrice.guizard-duchamp@orange.fr
jheude@laposte.net

Lieux

  • Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines de l’Université de Valenciennes. Bâtiment Matisse Campus Mont-Houy 59313 Valenciennes Cedex 9
    Valenciennes, France

Dates

  • jeudi 15 octobre 2009

Mots-clés

  • zones humides, villes, aménagement, ressources, risques, attractivité/répulsion, histoire, développement durable, échelles d’observation, interdisciplinarité

Contacts

  • Fabrice Guizard-Duchamp
    courriel : fabrice [dot] guizard-duchamp [at] orange [dot] fr
  • Corinne Beck
    courriel : cbeck16 [at] wanadoo [dot] fr
  • Delphine Gramond, secrétaire du GHZH ~
    courriel : Delphine [dot] Gramond [at] paris-sorbonne [dot] fr
  • Jacques Heude
    courriel : Jheude [at] laposte [dot] net

Source de l'information

  • Magalie Franchomme
    courriel : magalie [dot] franchomme [at] univ-lille1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Zones humides et villes d’hier et d’aujourd’hui : des premières cités aux fronts d’eau contemporains », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 20 avril 2009, http://calenda.org/197009