AccueilL'éducation spécialisée au Maghreb avant et après les indépendances

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Publié le jeudi 07 mai 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

À l’heure où les études coloniales se développent de manière féconde, cherchant à dépasser les enjeux de mémoire au profit d’une histoire des territoires, des administrations, des économies et des sociétés, le CNAHES (Conservatoire national des archives et de l’histoire de l’éducation spécialisée) a souhaité consacrer sa journée d’étude annuelle à l’éducation spécialisée au Maghreb au XXe siècle. Menée en partenariat avec l’université Paris 8, elle sera l’occasion de questionner un domaine jusque-là peu exploré.

Annonce

A l’heure où les études coloniales se développent de manière féconde, cherchant à dépasser les enjeux de mémoire au profit d’une histoire des territoires, des administrations, des économies et des sociétés, sans oblitérer les conflictuels processus d’indépendance et de décolonisation, le CNAHES (Conservatoire national des archives et de l’histoire de l’éducation spécialisée) a souhaité consacrer sa journée d’étude annuelle à l’éducation spécialisée au Maghreb au XXe siècle. Menée en partenariat avec l’université Paris 8, elle sera l’occasion de questionner un domaine jusque-là peu exploré, même s’il s’agit de poursuivre en partie le travail réalisé à l’occasion d’une manifestation organisée à Vaucresson en 1994, sous l’égide du CNFE (Centre national de formation et d’étude) de la PJJ et l’AHES-PJM (Association pour l’histoire de l’éducation surveillé - protection judiciaire des mineurs).

La journée d’étude se propose d’aborder l’histoire de l’éducation spécialisée dans les pays du Maghreb. Si elles ont pu être des terres de relégation ou de répression pénale, surtout au XIXe siècle, les départements algériens et les protectorats marocain et tunisien ont en effet connu une structuration importante dans le domaine de la protection de l’enfance. Dès les années 1940, des établissements spécifiques ont été ouverts pour accueillir les jeunes placés par les tribunaux ou les administrations, qu’ils soient délinquants, enfants des rues des grandes villes et plus généralement des jeunes considérés comme « difficiles ». Une place particulière devra être faite à ces mineurs, dont le sort préoccupe les acteurs du secteur, et ce des deux côtés de la Méditerranée. Les circulations de ces jeunes sont du reste assez importantes avec la métropole, comme le montre la migration massive d’adolescents et de jeunes hommes Français musulmans d’Algérie dans les années 1950, que l’on dira déjà « isolés » et dont la trace se retrouve jusque dans les centres d’observation en France, avant qu’ils ne soient « rapatriés » vers l’Algérie française.

Malgré un décalage dans l’application des textes − l’ordonnance de 1945 sur l’enfance délinquante est rendue effective en 1951 en Algérie − les pouvoirs publics et les œuvres privées ont ainsi porté une certaine attention à ces territoires et un réseau institutionnel s’est déployé par la suite. Pour autant, s’agit-il d’un pur calque de l’organisation administrative française ? En quoi les administrations et le droit ressemblent-ils ou diffèrent-ils de ce qui se fait en métropole ? Existe-t-il aussi un maillage, une répartition public-privé spécifiques ? Quels furent les rôles des administrations, l’Education surveillée et la Santé en tête ? Mais ont-elles toujours été seules sur ce terrain, tant on connaît l’intrusion de plus en plus pressante de l’Armée dans l’action sociale en Algérie ou, sur un autre plan, l’intégration aux services de la Jeunesse au Maroc ? Une attention particulière devra être portée au secteur privé ; outre les congrégations, tel le Bon Pasteur, certaines grandes associations, comme l’Equipe sociale mais aussi Moissons nouvelles, ont ainsi joué un grand rôle et ont constitué un important patrimoine avant leur départ.

Dans ce cadre, la professionnalisation des éducateurs constitue un axe complémentaire, dont on pourrait retracer l’évolution jusqu’à une période très récente. De nombreux éducateurs venus de métropole ont ainsi effectué une partie de leur carrière en Algérie tandis que d’autres ont pu aller au Maroc ou en Tunisie pour une coopération avant l’heure. A l’inverse, des maghrébins, Algériens surtout, sont venus se former dans les centres de formation en France à la même période, avant d’être formés sur place et de prendre le relais après les indépendances. La circulation des hommes, des idées et des pratiques éducatives constitue certainement un axe pertinent pour comprendre l’institutionnalisation de l’éducation spécialisée au Maghreb. Des portraits pourraient ainsi éclairer toutes ces trajectoires originales.

La question de la formation des éducateurs spécialisés tient à elle seule une grande place dans la professionnalisation ; la question d’une école en Algérie, finalement ouverte en 1957, agitera ainsi fortement les milieux professionnels. D’une manière générale, la vie professionnelle paraît forte et animée, en témoigne la vitalité de la délégation régionale algérienne de l’ANEJI (Association nationale des éducateurs de jeunes inadaptés) dans les années 1950 ou les échanges réguliers avec le Maroc, que ce soit autour de Jacques Selosse ou d’André Heinrich. Mais elle est aussi marquée par de fréquents conflits et des lignes de fracture importantes, qui tiennent aussi aux représentations de l’enfance en vigueur, certains éducateurs ne manquant pas de dénoncer le paternalisme insidieux, voire le racisme ambiant dans la rééducation des mineurs. Il faudra démêler les réseaux à l’œuvre dans ces milieux éducatifs marqués par diverses influences, dans lesquels la part des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire est à évaluer − Moissons nouvelles, par exemple, est issue de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), l’école d’assistantes et monitrices catholiques de l’enfance d’Alger est née pour sa part du Mouvement chrétien de l’enfance, sans oublier le rôle des CEMEA ou des Eclaireurs de France − , de même que celle des courants laïques ou confessionnels.

Au final, la journée sera l’occasion de faire se croiser des travaux de chercheurs et universitaires, étudiants ou confirmés, travaillant par ailleurs sur des champs différents, mais aussi des témoins ayant participé à cette histoire. Ce thème devrait permettre des débats féconds, aussi bien dans les échanges formels et informels qu'autour d’une exposition, réalisée à la bibliothèque universitaire de Paris 8, à partir de documents d’archives issus de fonds déposés au CNAHES, qui sera inaugurée à cette occasion.

Les propositions de communication (1 page environ) sont à adresser avant le 19 juin 2009 sur info@cnahes.org.

Lieux

  • Université Paris 8 Saint-Denis
    Paris, France

Dates

  • vendredi 19 juin 2009

Mots-clés

  • éducation spécialisée, histoire, Maghreb, éducateurs, justice des mineurs, protection de l'enfance, coopération

Contacts

  • Samuel Boussion
    courriel : boussion [at] bule [dot] univ-angers [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Samuel Boussion
    courriel : boussion [at] bule [dot] univ-angers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'éducation spécialisée au Maghreb avant et après les indépendances », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 07 mai 2009, http://calenda.org/197144