AccueilLes usages de la cartographie au début de l'époque moderne (XVe-XVIIe siècle)

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Publié le mercredi 06 mai 2009 par Marie Pellen

Résumé

La Mission historique française en Allemagne (MHFA) organise le 19 juin 2009 à Göttingen une journée d'étude internationale consacrée aux « Usages de la cartographie au début de l'époque moderne (XVe-XVIIe siècle) ». La journée, dont la coordination scientifique est assurée par Axelle Chassagnette (MHFA), réunira des intervenants spécialistes de différentes disciplines (histoire, histoire de l'art, philosophie, littérature).

Annonce

Des cartes produites au début de l’époque moderne, ou à des époques antérieures, l’historien ne connaît souvent que deux choses : parfois, un contexte de production, identifié à un milieu savant, marchand, urbain, princier, universitaire, marin, à une situation militaire ou juridique ; et la carte elle-même. Les hommes des XVIe et XVIIe siècles, dans les ouvrages de géographie et de cosmographie, dans les manuels d’enseignement, dans les traités de philosophie et de classification du savoir, ne cessent d’affirmer l’utilité de la géographie et des représentations cartographiques qu’elle met en œuvre : elle est donnée pour indispensable à la compréhension de l’histoire, aux voyages, recherchée par les princes. De ce fait, c’est un savoir mathématique appliqué que l’Université intégra progressivement à son enseignement au cours du XVIe siècle. Ces discours n’éclairent pourtant pas l’usage ponctuel et précis d’un document cartographique. Au grand regret des historiens de la cartographie, les contemporains de l’époque moderne ne s’expriment que très rarement sur l’usage qu’ils firent de ces cartes : comment les lisaient-ils, comment utilisaient-ils les données qu’elles transmettaient ? Dans quels contextes étaient-elles nécessaires ? Quelle pouvait être leur spécificité ou leur polyvalence ? Servaient-elles à informer, à convaincre, à démontrer ? Confronté au silence des sources, l’historien se contente souvent d’une assez vague spécification du contexte d’usage, qualifié d’ « administratif », de« militaire » ou de « scolaire ». Attentive au contenu des documents, à ses liens avec le savoir d’un temps, aux processus techniques et scientifiques de leur constitution, à leur matérialité, l’histoire de la cartographie ancienne ne se pose pas prioritairement la question de leur emploi, alors qu’elle est dans la continuité des précédentes. À juste titre présentées comme des représentations graphiques construites, des artefacts dont la composition traduit une certaine conception du monde ou du paysage plus qu’une transposition littérale de la réalité d’un espace, les cartes sont analysées, dans l’historiographie récente, comme les témoins et les monuments des représentations mentales d’un milieu et d’une époque : on parle alors de la « fonction » des cartes. Le terme traduit une propriété virtuelle. L’analyse historique s’appuie sur l’étude d’un document pour en inférer les conceptions qui sont à son origine  Mais on peut aussi, dans une démarche inverse, voir dans ces documents les outils que se donnèrent les hommes pour s’aider à aménager, gérer, comprendre et aborder leurs conditions concrètes d’existence : c’est ce que l’on entend ici par « usage » des cartes, expression qui souligne l’emploi en action et dans un environnement précis. Le choix de la période d’étude s’explique par la spécificité des sources disponibles pour les XVe, XVIe et XVIIe siècles. L’usage de l’imprimerie et des différentes techniques de gravure à partir des dernières décennies du XVe siècle a permis une importante diffusion et une certaine normalisation des documents cartographiques, que l’historien peut étudier en assez grand nombre. Le XVIIIe siècle voit se développer une application plus systématique des procédés cartographiques au service de l’administration d’État, l’offre éditoriale des documents augmenter et se diversifier, créant des conditions nouvelles de consommation et d’utilisation des cartes. Il nous semble devoir mettre en jeu des méthodes d’analyse différentes des pratiques et des usages, et a de ce fait été exclu de l’étude.

L’ambition de cette journée d’étude est de s’interroger sur la possibilité de s’avancer au-delà du silence des sources, et de déterminer les usages des cartes en contexte. Cela implique notamment, lorsqu’on ne peut recourir à l’explication des témoins historiques, de s’attacher à une étude approfondie du document cartographique, dont la composition, la sélection d’information, les formes de la représentation sont les indicateurs d’une lecture et d’une compréhension possibles, et permettent de faire l’hypothèse d’une application concrète de cette lecture. Cela suppose aussi d’analyser avec rigueur les rapports que la carte entretient avec un contexte historique précis, du point de vue de sa production matérielle (ponctuelle, sériée, manuscrite, imprimée…) et de sa composition intellectuelle. Ce sont là deux exemples parmi d’autres des biais méthodologiques auxquels on peut avoir recours.

D’autres questions se posent, et pourront être abordées lors de la journée du 19 juin :

- quels sont les discours sur l’usage de la cartographie produits du XVe au XVIIe siècle ? Relèvent-ils d’une rhétorique philosophique stéréotypée, ou aident-ils à comprendre la mise en œuvre des ressources cartographiques dans des contextes historiques déterminés ?

- les usages repérés de la cartographie sont-ils à l’origine de la constitution de certains caractères propres aux documents cartographiques ? L’usage dans un contexte défini implique-t-il une forme de normalisation de la carte ? Ces usages entraînent-ils une spécialisation de la carte, ou celle-ci est-elle polyvalente, adaptable à différentes situations ? Quelle est dans cette perspective l’importance des échelles de représentation ?

- faut-il évoquer l’usage des cartes en rapport avec d’autres formes de savoir, telles que la littérature, les récits de voyages, les mathématiques appliquées, etc. ?

- qui sont, pour une période donnée, les usagers des cartes – et de quel type de document cartographique ? Les princes et les rois constituent des exemples fréquemment analysés, en raison de la relative richesse des sources à leur sujet, et de l’application précoce de la cartographie comme outil de gouvernement. Mais où trouve-t-on d’autres usagers ? Chez ceux-ci, la fréquentation des cartes est elle ponctuelle, habituelle ? De nombreuses questions annexes peuvent s’attacher à l’étude des usagers, touchant aux connaissances et capacités requises pour lire et comprendre les documents cartographiques, à l’éventuelle constitution d’un public de consommateurs, à l’incidence des goûts d’une époque sur la forme et le contenu des cartes, etc.

- est-il possible, pour l’époque étudiée et au regard des sources disponibles, d’aller au-delà de l’étude de cas, et de repérer des séries, des répétitions, des ressemblances dans les usages de la cartographie ?

            Les interventions de la journée d’étude pourront donc se concentrer sur les quelques points principaux de l’usage des cartes que sont les acteurs (praticiens, producteurs, lecteurs), les pratiques elles-mêmes, et enfin les méthodes à mettre en œuvre pour approcher ces pratiques.

 

Programme

 

Matin 9h-12h45

9h : Accueil des participants

9h15 : Thomas Lienhard

Mot de bienvenue du Directeur de la MHFA

9h30 : Axelle Chassagnette

Introduction

Modération : Axelle Chassagnette

9h45-10h15 : Tanja Michalsky

 « Karten und Texte. Die Vorstellung der italienischen Topographie bei Flavio Biondo (1453/74) und Leandro Alberti (1550) »

10h15-10h45 : Erika Giuliani 

 « Un voyage vers le sud entre description et représentation »

10h45-11h15 : Discussion

11h15-11h30 : Pause café

11h30-12h : Jörg Dünne

« Kartengebrauch und Fiktion bei Miguel de Cervantes »

12h-12h30 : Jean-Marc Besse

 « Contrôler la lecture de la carte : exemples de censure à la fin du 16e siècle »

12h30-13h : Discussion

Après-midi 14h30-18h

Modération : Guillaume Garner

14h30-15h : Pascal Dubourg-Glatigny

« La cartographie de la colonie du Cap au XVIIe siècle »

15h-15h30 : Susanne Friedrich

« Men segt dat dese 3 Eylanden Niet seijn. Zum Kartengebrauch der Verenigde Oostindische Compagnie im 17. Jahrhundert »

15h30-16h : Discussion

16h-16h15 : Pause café

16h15-16h45 : Guillaume Monsaingeon

« La collection française des "plans en relief des places du roy" après la conquête : affirmer, dissuader, conserver, former... et poursuivre par inertie administrative ? »

16h45-17h15 : Nils Büttner

« trewlich abreißen und ent­werfen: Zu einem vernachlässigten Aspekt frühneuzeitlicher Kartographie »

17h15-17h45 : Discussion

17h45 : Conclusion générale

 

Lieux

  • Mission historique française en Allemagne
    Göttingen, Allemagne

Dates

  • vendredi 19 juin 2009

Mots-clés

  • Cartographie, sciences, époque moderne

Contacts

  • Axelle Chassagnette
    courriel : chassagnette [at] mhfa [dot] mpg [dot] de

URLS de référence

Source de l'information

  • Axelle Chassagnette
    courriel : chassagnette [at] mhfa [dot] mpg [dot] de

Pour citer cette annonce

« Les usages de la cartographie au début de l'époque moderne (XVe-XVIIe siècle) », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 06 mai 2009, http://calenda.org/197145