AccueilCorps et machines à l'âge industriel. XIXe-XXe siècles

*  *  *

Publié le lundi 11 mai 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Ce colloque propose d'aborder l'histoire des rapports qui s'instaurent entre corps et machines en diversifiant le plus possible les domaines d'activité et les types de machines - machines industrielles, machines de santé, machines de loisirs, etc. - dans le but de mieux comprendre la nature de ces rapports, entre soumission, extension et captation des corps.

Annonce

Colloque international d’histoire
17, 18, 19 mai 2010

  • CRULH (Centre Régional Universitaire Lorrain d’Histoire), Université Nancy 2

Comité scientifique :

Anne Carol (Université d’Aix-en-Provence), Yves Cohen (EHESS), Alain Corbin (Professeur émérite, Université de Paris 1), Didier Francfort (Université de Nancy 2), Hervé Guillemain (Université du Maine), Michel Hau (Université de Strasbourg 2), François Jarrige (Université du Maine), Michel Porret (Université de Genève)

Organisateurs :

Laurence Guignard, Pascal Raggi, Étienne Thévenin

Lieu : Nancy

Contact : laurence.guignard@univ-nancy2.fr

Calendrier :

Les propositions sont à envoyer avant le 30 septembre 2009 par mail. Elles devront comporter un titre accompagné d’un résumé de 1 000 signes maximum présentant l’objet et les problématiques développés. Les textes définitifs seront demandés avant le 30 septembre 2010 (35 000 signes maximum), pour publication dès 2011.

Avec l’industrialisation, c’est un monde de machines qui s’impose en de multiples lieux de la société, offrant de multiples points de contact avec les corps. L’historiographie a jusqu’ici privilégié le monde de l’atelier puis de l’usine, insistant sur la dimension aliénante et coercitive des machines, sur les pathologies industrielles, sur l’usure d’un corps au travail dont l’étude doit aussi s’étendre aux rapports de sexe ou d’âge. Le procès de rationalisation du travail suggère l’idée d’un passage « foucaldien » d’un régime de discipline des corps à celui d’un biopouvoir, préservant et optimisant l’utilité des corps, dans lequel s’inscrit la normalisation des conditions de travail, les lois de protection des travailleurs, la prise en compte du facteur humain, ou les efforts de l’ergonomie. C’est aussi une nouvelle sensibilité à l’intégrité corporelle qui se met en place.

Dans la perspective d’une compréhension des rapports que nouent les corps avec les grandes mécaniques de l’âge industriel, l’hypothèse doit être confrontée à la grande diversité des formes et des champs d’activité des machines : de la guillotine au scanner, des machines de guerre au cinématographe en passant par les machines réadaptatrices, la machine à écrire ou le tourne disque. Les machines produisent de nouvelles formes corporelles, des voix, des images désincarnées, introduisent de nouvelles temporalités qui modifient les représentations du corps et sa perception. Elles déplacent les frontières corporelles, donnant les images d’un intérieur du corps, ou au contraire décuplant les capacités du corps, s’y substituent en étendant son aire d’influence, en une chronologie dont les interactions complexes restent à définir. Ces formes d’expérience corporelle des machines, faites d’ajustements et adaptations réciproques, induisent ainsi de nouveaux rapports au corps qui sont l’objet de ce colloque.

I La machine industrielle : du travail sans corps à la naissance du facteur humain
Discutant : Pascal Raggi

Pendant l’âge industriel, l’augmentation considérable du nombre de machines et leurs perfectionnements transforment les conditions de travail. Les machines plus autonomes, plus complexes, plus puissantes rendent réalisables des tâches difficiles ou impossibles à réaliser auparavant. Les performances des machines s’améliorent grâce à la mécanisation, puis avec l’automatisation des procès de production dans les industries les plus anciennes – industries extractives et sidérurgie par exemple – et jusqu’à l’utilisation de robots dans l’aérospatiale, le nucléaire ou les travaux sous-marins.
Au XXe siècle, le développement sans précédent de leur autonomie engendre même l’apparition d’un « idéal presse-bouton » (Georges Friedmann) dans lequel la place imaginaire du corps semble refluer. Ainsi, les relations entre le corps et les machines se modifient profondément, elles ne se contentent plus d’être des systèmes d’outillage et de production, elles deviennent de véritables démultiplicateurs du corps humain. L’apparition du facteur humain, en tant que préoccupation fondamentale pour l’organisation des procès de production, prouve, à la fois, l’ampleur des modifications du système technique (Bertrand Gille) et des transformations psychologiques induites par les évolutions de la relation — ou de la non relation — entre le corps des travailleurs et les machines industrielles.

II Machines et santé
Discutant : Etienne Thévenin

Les relations de la machine et du corps humain sont ambivalentes et complexes. La machine peut blesser ou broyer le corps, elle peut l'user, perturber son fonctionnement. La machine peut aussi réparer le corps, être incorporée à lui pour lui permettre de retrouver des potentialités perdues ou pour le maintenir en vie. Mais alors la machine n'agit pas seule. Comment l'homme peut-il initier et compléter l'action de la machine?

III La soumission des corps à la machine
Discutante : Laurence Guignard

Certaines machines apparaissent spontanément comme les agents d’une soumission, directe ou indirecte, d’un corps contrôlé soit explicitement par une force contraignante soit plus simplement par des procédures de captation. Cette troisième session s’attache à la fonction coercitive des machines, fonction dont les moyens sont sans cesse accrus par le progrès technique.
Contraignante, aliénante, voire destructrice du corps, les machines offrent le spectacle de l’emprise mécanique sur un corps devenu objet, parfois appliquée au nom de principes transcendants comme la justice, la santé, la guerre. Elles suggèrent un ancien régime des machines hérité de conceptions préindustrielles, et contemporain d’un État absolutiste. La guillotine constitue à l’époque contemporaine une figure emblématique et problématique, anachronique au regard des nouvelles doctrines punitives, du développement de la prison, de l’identification policière et dont la machine infernale fournit certainement un contre modèle pertinent.

IV Le corps saisi par les machines : mesure, science, art
Discutante : Laurence Guignard

Aborder le rapport corps/machine en terme de soumission semble néanmoins réducteur lorsqu’on envisage la diversité des interventions mécaniques et le souci croissant de préserver l’intégrité des corps. Le perfectionnement des machines autorise en effet des formes neuves d’intervention et fournit des possibilités peut-être plus subtiles de contrôle ou d’élaboration des corps. L’idée d’une saisie du corps par des machines spécialisées introduit à la fois aux mécanismes de sa capture et de sa connaissance, à sa mesure, mais aussi à la production d’images neuves du corps. La compréhension de ces lectures « machinales » du corps invite à considérer les modalités concrètes du contact qui s’instaure entre corps et machine, telles qu’elles s’organisent au moment de la saisie, devant la radiothérapie, le scanner ou plus trivialement l’appareil photo, la caméra ou le micro d’enregistrement, de même que celles de la restitution des formes corporelles nouvelles.

Catégories

Lieux

  • Nancy, France

Dates

  • mercredi 30 septembre 2009

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire, corps, machines, machinisme, industrialisation, médecine

Contacts

  • Laurence Guignard
    courriel : laurence [dot] guignard [at] univ-lorraine [dot] fr

Source de l'information

  • Laurence Guignard
    courriel : laurence [dot] guignard [at] univ-lorraine [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Corps et machines à l'âge industriel. XIXe-XXe siècles », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 11 mai 2009, http://calenda.org/197156