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La pensée des préfaces et des comptes rendus

Les sciences sociales et humaines au fil des seuils

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Publié le jeudi 14 mai 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Préfaces et comptes rendus sont des manifestations spécifiques du trait caractérisant la culture qui consiste à se découper par plages sémantiques de continuité et de discontinuité précisément grâce aux frontières qui les séparent. Dans notre colloque, nous entendons interroger les préfaces et les comptes rendus en tant que textes à part entière dont le contenu est lié à des notions et des fonctions culturelles telles que le commentaire, l’introduction, le résumé, l’explication, la reformulation, etc. Nous entendons écarter, d’une part, les textes littéraires pour nous concentrer sur les préfaces et les comptes rendus dans les sciences sociales et, de l’autre, élargir la recherche aux analyses de ces textes dans une visée interdisciplinaire et interculturelle (l’anthropologie, la sociologie, l’histoire, etc.).

Annonce

Deuxième colloque international
Université de Tallinn (Estonie), les 30 et 31 octobre 2009

Date limite d’envoi des propositions : le 10 juillet 2009

On considère souvent les préfaces et les comptes rendus comme des textes liminaires, presque inutiles ou redondants, que seule la nécessité nous contraint d’écrire ou de lire. Dans ce colloque, nous entendons au contraire interroger les préfaces et les comptes rendus en tant que textes à part entière dont le contenu est lié à des notions et des fonctions clés telles que le commentaire, l’introduction, le résumé, l’explication, la reformulation, etc. Le choix de rassembler les préfaces et comptes rendus en un seul colloque est pour nous stratégique. Bien que les préfaces fassent partie intégrante des livres qu’elles introduisent (expliquent, reformulent, etc.) et bien que les comptes rendus soient généralement séparés des livres qu’ils résument (critiquent, commentent, etc.), ils sont tous les deux des textes dont la commune raison d’être est de se référer à d’autres textes. Ce seul trait en soi justifierait une étude spéculaire et approfondie de ce type de textes. Mais leur complexité et leur intérêt émanent aussi du fait que la référence à d’autres textes doit respecter les lois internes du genre qui les caractérise. Quelles sont les règles de construction générique des préfaces et des comptes rendus et de quelle manière se configure la référence aux textes auxquels ils renvoient ? A quoi bon assigner à un hors-texte (préface ou compte rendu) des fonctions qu’on pourrait inclure dans le texte lui-même ? Comment se combinent ou s’excluent les formes du commentaire, du résumé, de l’explication ou de l’introduction ? Quelles opérations discursives et narratives demandent l’écriture d’une préface ou d’un compte rendu ? En définitive, les préfaces et les comptes rendus sont des textes riches à explorer d’un point de vue linguistique (sémiotique, anthropologique, philosophique, etc.) parce qu’ils coagulent dans un ‘seul ensemble’ des emplacements sémantiques qui ont une portée intratextuelle (les préfaces et les comptes rendus sont des textes en soi) et extratextuelle (les textes auxquels les préfaces et les comptes rendus renvoient). On peut dire, pour rappeler Genette, que ces textes sont de véritables seuils entre ce qui est extérieur et intérieur : le niveau de continuité ou discontinuité entre les textes est assuré par des frontières qui délimitent l’‘extérieur’ (par exemple, les préfaces et les comptes rendus) et configurent l’identité de ce qui est à l’‘intérieur’ (ce que nous considérons à proprement parler comme ‘le texte’). Pour la sémiotique de la culture, plus particulièrement, préfaces et comptes rendus sont des manifestations spécifiques du trait caractérisant la culture qui consiste à se découper par plages sémantiques de continuité et de discontinuité précisément grâce aux frontières qui les séparent. Dans cette perspective, la réflexion sur les préfaces et les comptes rendus pourrait alors constituer un raccord essentiel pour mieux comprendre les mécanismes que les auteurs et les cultures mettent en œuvres afin de discrétiser un type de texte d’un autre (circonscrivant alors leurs genres), lui donner une autonomie et une fonction prépondérantes (l’inscrivant dans sa discipline). Ainsi, en dessous de la rédaction d’une préface ou d’un compte rendu, se posent d’autres questions aussi fondamentales : la continuité/discontinuité du flot d’écriture d’un auteur, d’une pensée et d’une culture ; la discrétisation en textes et hors-textes ; le sens à attribuer à la périphérie et au centre ; le caractère contextuel ou local de la signification ; l’importance de la présence ou de l’absence de l’auteur à l’intérieur du texte pour la crédibilité du savoir énoncé ; la sélection spécifique de stratégies d’énonciation qui assurent la transmission d’un texte et d’une culture ; l’essai de récupération du processus volatil par la pertinentisation de certains traits du système de la langue et de la culture ; etc. Lors d’un premier colloque qui a eu lieu à Tallinn en décembre 2008, les participants ont focalisé l’attention sur des auteurs comme Foucault, Lotman, Auster, Pira, Bakhtine, Greimas, Nietzsche, Agamben, Lejeune, etc., ainsi que sur des questions aussi variées que la distinction entre subjectivité et objectivité, la narrativité et la discursivité des préfaces et comptes rendus, le système temporel, la textualisation de l’expérience ethnographique et le hors-texte, la valeur rhétorique, la responsabilité énonciative, la sémiosphère, etc. Dans ce deuxième colloque, nous voudrions continuer de nous interroger sur ces auteurs (et ces sujets) et d’autres encore pour explorer cet univers fascinant de la « liminarité ». Nous entendons écarter, d’une part, les textes littéraires pour nous concentrer sur les préfaces et les comptes rendus dans les sciences sociales et, de l’autre, élargir la recherche aux analyses de ces textes dans une visée interdisciplinaire et interculturelle (l’anthropologie, la sociologie, l’histoire, les sciences du langage, etc.). Nous entendons aussi comparer les pratiques de disciplines et cultures diverses afin de mettre en relief des points communs et des différences. Pour ne donner ici que quelques exemples, il suffit de penser, en philosophie, aux préfaces de Deleuze où se configure la charge potentielle de notions comme le dedans/dehors ou, en anthropologie, aux préfaces de Malinowski où s’affirme et se construit rhétoriquement la légitimité du champ de force de l’anthropologie en tant que discipline dotée d’un savoir spécifique et autonome. Ce colloque est ouvert à des spécialistes de disciplines aussi diverses que la linguistique, la sémiotique, la sociologie, l’anthropologie, l’histoire, etc. Nous acceptons aussi bien les communications qui se proposent d’analyser (i) une seule préface (ou un seul compte rendu) que les communications qui traitent de la relation qui existe entre (ii) les préfaces (ou les comptes rendus) et les cultures ou entre (iii) les préfaces (ou les comptes rendus) qui appartiennent à des disciplines différentes.

Informations pratiques :

Date limite de soumission des propositions : 10 juillet 2009.
Résumé de la proposition : 250-300 mots.
Langues de travail : français et anglais.
Durée des communications : 30 minutes.
Les actes du colloque seront publiés

Envoi des propositions et autres renseignements :

Licia Taverna (licia.taverna@tiscalinet.it) ou Marge Käsper (marge.kasper@ut.ee)

Lieux

  • Narva mnt. 29
    Tallinn, Estonie

Dates

  • vendredi 10 juillet 2009

Mots-clés

  • préface, compte-rendu, culture, archéologie du savoir

Contacts

  • Licia taverna
    courriel : licia [dot] taverna [at] tiscalinet [dot] it

URLS de référence

Source de l'information

  • Licia taverna
    courriel : licia [dot] taverna [at] tiscalinet [dot] it

Pour citer cette annonce

« La pensée des préfaces et des comptes rendus », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 14 mai 2009, http://calenda.org/197206