AccueilLa formation et la définition des frontières locales au Moyen Âge

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Publié le mercredi 20 mai 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Cette journée s’inscrit dans un « séminaire tournant » intitulé « Frontières et limites », en cinq sessions, sur plusieurs sites, dans lequel l’équipe organisatrice sera systématiquement présente et où interviendront des invités, afin de combiner travail d’équipe (celle-ci étant ancrée au CESCM) et ouverture aux travaux extérieurs. Étant réalisée dans une approche pluridisciplinaire (histoire et géographie), l’accent est mis sur l’analyse spatiale. Des contributions relatives au monde arabo-musulman seront les bienvenues.

Annonce

Poitiers (Centre d’Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale), le 23 octobre 2009 [date susceptible de modifications]

Cette journée s’inscrit dans un cycle. Les précédentes sessions ont eu lieu le 7 mars 2009 (U. Nantes « Aux limites de la limite : territoires éclatés, espaces intersticiels ») et le 4 septembre 2009 (U. Marne-la-Vallée « Les limites urbaines : regards croisés de géographes et médiévistes »).

Cette manifestation s’inscrit dans l’axe « territorialité » de l’équipe « Péninsule ibérique / Méditerranée : normativité et territorialité des faits sociaux » du CESCM de Poitiers et prolonge la journée d’étude « Les dimensions de la territorialité dans l'Occident méditerranéen au Moyen Âge, état des recherches, sources et méthodes » (dir. S. Boissellier, CESCM, Poitiers, 8-9 juin 2006) (actes sous presse).

Les actes de ce séminaire seront publiés, en commun avec ceux d'une journée d'étude sur la frontière ibérique (10 déc. 2008, CESCM, dir. M. Aurell), dans les collections de l'Université de Lleida, chez l'éditeur Pagès (dir. Flocel Sabaté).

Les communications proposées doivent être inédites ; les propositions seront adressées à boissell@club-internet.fr. Le temps de parole variera entre 20mn et 45mn selon le nombre de propositions retenues. L’organisation assurera le financement des transports et du repas.

Comité scientifique :

  • Stéphane Boissellier (Professeur d’histoire médiévale, Université de Poitiers)
  • François Clément (MCF de langue et civilisation arabes, Université de Nantes)
  • Nacima Baron (Professeur de géographie, Université de Marne-la-Vallée)
  • Nathalie Bouloux (MCF d’histoire médiévale, Université de Tours)

Le but de cette journée d’études est d’examiner les processus de délimitation des espaces locaux, correspondant à l’action d’une communauté, qu’il s’agisse de territoires plus ou moins imposés (au moins négociés) par une autorité supérieure, comme la paroisse ou une juridiction seigneuriale (voire des circonscriptions administratives princières, mais, à l’échelle locale, les Etats reprennent la paroisse), ou de territoires créés par des processus plus endogènes, comme le finage. Les limites de propriété individuelle (qui sont juridiques), voire de parcelles (qui sont techniques), sont donc exclues ; en revanche, les vastes zones définies uniquement par le droit de propriété – ce qui est théorique, puisque la terre porte toujours une part de juridiction « publique » – mais occupées par plusieurs foyers sont comprises dans l’étude envisagée. Les circonscriptions qui subdivisent les espaces très denses, principalement à l’intérieur des villes (quartiers, contrade italiennes) sont aussi exclues, pour avoir été abordées dans une précédente journée.

On insistera sur la nature des sources, qui sont de trois types : procès, enquêtes et actes de démarcation (souvent contenus dans une charte de franchises ou un titre de propriété/juridiction), que l’on aura garde de confondre. On prêtera attention aux intervenants dans ces processus ; les élites locales et des aristocrates implantés foncièrement peuvent profiter de l’affaire pour faire valoir leurs intérêts (notamment en période de concurrence pour le contrôle des incultes) ; les « connaisseurs de la terre » appelés à témoigner présentent une perception de l’espace intéressante ; enfin, la composition des commissions réalisant les démarcations sur le terrain est instructive.

La nature des limites doit être examinée : bornes artificielles, utilisation de repères ponctuels naturels, création de véritables lignes continues (le plus souvent en utilisant les cours d’eaux, lignes de crête…) ; leur mise en place obéit-elle à un parcours sur le terrain et emploie-t-elle des repères d’orientation abstraits comme les points cardinaux ? Plus intéressante encore est leur relativité : elles sont souvent « par défaut », c’est-à-dire que la limite d’un territoire est constituée explicitement par un autre territoire (ce qui montre qu’ils sont limitrophes). On atteint là l’essence de la frontière, qui est la rencontre de deux processus de polarisation.

En se plaçant du point de vue purement « endogène » de la formation des territoires, la démarcation d’un territoire local peut être a priori (dans des zones encore peu humanisées ou partagées à la suite d’une conquête), mais elle est le plus souvent l’aboutissement d’un processus de territorialisation progressif ; comme celui-ci nous échappe (sauf en cas de grande densité documentaire, comme des registres notariaux ou des registres administratifs), la délimitation l’éclaire quelque peu. Mais il ne faut pas se laisser tromper par le discours des textes, qui nous présentent toujours la délimitation comme issue d’un volontarisme politique, notamment quand elle est conflictuelle.

Les enjeux de la cristallisation des espaces locaux peuvent être économiques (usage d’un cours d’eau, complémentarité topographique ou pédologique, accès à une route…) mais aussi symboliques ; du point de vue de l’analyse spatiale, ils agissent principalement à l’échelle hectométrique, ce qui implique un difficile travail d’identification des lieux (correspondant principalement à des micro-toponymes). D’ailleurs, contrairement aux frontières nationales modernes, les limites anciennes ne portent souvent que sur une modalité juridictionnelle : limite d’un droit de pacage, du paiement d’un péage sur la circulation des marchandises, du paiement de la dîme… C’est la co-spatialité, qui peut faire se superposer des limites ne passant pas exactement au même endroit.

A cette échelle, le problème tant débattu de la non-linéarité des frontières anciennes est de peu d’importance ; ces frontières sont des ruptures fortes, dualistes (opposant le dedans et le dehors), et elles ne semblent pas souvent « progressives » – ce qui ne les empêche nullement d’être des interfaces – ; c’est seulement dans le domaine de la fidélité politique (l’intégration) que des habitats intercalaires également éloignés de deux centres de commandement peuvent rendre la limite plus floue que les textes ne la présentent.

Les limites paroissiales présentent certaines spécificités ; on peut penser que, contrairement aux limites de seigneuries et de communes, elles s’inscrivent dans un maillage systématique et exhaustif de l’espace conçu par une autorité centrale (l’évêque), au moins à partir du XIIe siècle : elles sont donc relatives, mais elles doivent prendre en compte d’anciennes polarisations.

Ce sont quelques uns des problèmes qui pourront être abordés.

Lieux

  • Centre d’Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale
    Poitiers, France

Dates

  • mardi 30 juin 2009

Mots-clés

  • frontières, Moyen Âge, communautés locales

Contacts

  • Stéphane Boissellier
    courriel : boissell [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Stéphane Boissellier
    courriel : boissell [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La formation et la définition des frontières locales au Moyen Âge », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 20 mai 2009, http://calenda.org/197247