AccueilL'homme et l'animal sauvage dans les Alpes et les espaces montagnards

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Publié le jeudi 04 juin 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Jamais autant qu’aujourd’hui les sociétés humaines n’ont affublé les animaux sauvages de statuts si différents ; hier craints et en même temps indispensables comme source de nourriture, ils sont aujourd’hui souvent considérés comme les victimes de l’action humaine, dans un contexte d’inquiétude grandissante sur les dégradations commises par l’homme à l’encontre de l’environnement et des écosystèmes. Le monde alpin (et plus généralement les espaces montagnards) constitue à cet égard un territoire privilégié d’observation. D’un statut d’espèce acceptée (ou tolérée) aux frontières des espaces anthropisés dans les zones d’accès difficile à l’homme, l’animal sauvage est passé, au gré de l’aménagement du territoire, de la dilatation de l’espace économique et de la transformation des économies montagnardes des activités agro-pastorales au tourisme, à celui d’animal protégé (de « patrimoine naturel ») dans des « espaces-réserves » dévolus à la nature sauvage.

Annonce

Jamais autant qu’aujourd’hui les sociétés humaines n’ont affublé les animaux sauvages de statuts si différents ; hier craints et en même temps indispensables comme source de nourriture, ils sont aujourd’hui souvent considérés comme les victimes de l’action humaine, dans un contexte d’inquiétude grandissante sur les dégradations commises par l’homme à l’encontre de l’environnement et des écosystèmes. Le monde alpin (et plus généralement les espaces montagnards) constitue à cet égard un territoire privilégié d’observation. D’un statut d’espèce acceptée (ou tolérée) aux frontières des espaces anthropisés dans les zones d’accès difficile à l’homme, l’animal sauvage est passé, au gré de l’aménagement du territoire, de la dilatation de l’espace économique et de la transformation des économies montagnardes des activités agro-pastorales au tourisme, à celui d’animal protégé (de « patrimoine naturel ») dans des « espaces-réserves » dévolus à la nature sauvage.

Ce sont ces mutations des relations entre l’homme et l’animal sauvage que nous proposons d’examiner sur la longue durée à partir de cinq entrées :
1. Mythes, légendes, réalités
2. L’animal prédateur et les économies agropastorales
3. Les représentations de l’animal sauvage
4. L’économie de l’animal sauvage
5. Les montagnes : des espaces singuliers ?

1. Mythes, légendes, réalités

Qu’il s’agisse de l’ours, du loup ou du dragon, pour n’en citer que les représentants les plus connus, la faune sauvage tient une place non négligeable dans les anciennes légendes et les mythes du monde alpin qui ont traversé les siècles et perdurent dans les traditions folkloriques. Aujourd’hui encore, les Bêtes du Gévaudan ou des Vosges fascinent, et constituent des arguments littéraires tant dans le roman policier que la bande dessinée ou les contes.

Entre l’humain et l’animal, l’homme sauvage participe de cet imaginaire foisonnant, qu’il conviendra précisément de questionner sous l’angle des rapports entre l’homme et la bête, et en s’interrogeant sur la sauvagerie qui lie étroitement l’homme à l’animal dans les récits mythiques.

2. L’animal prédateur et les économies agropastorales

Les économies agropastorales qui ont constitué jusqu’aux années récentes le fondement des sociétés de montagne ont contribué à distinguer animaux domestiques et animaux sauvages. Les uns ont depuis longtemps été considérés comme des prédateurs (aigles, loups, sangliers, ours) ; d’autres désignés seulement comme sauvages aux marges de l’espace habité (chamois, marmottes, lagopèdes, bouquetins,….). Les uns et les autres avaient en commun de devoir être chassés, voir éradiqués pour des raisons aussi bien économiques (complément alimentaire, préservation des troupeaux ou des cultures) que culturelles (sociétés de chasse ; rôle de la chasse au chamois).

Activité sociale et culturelle par excellence, la chasse en montagne est aussi un symbole de ces démocraties puisque populaire et réservée par excellence aux chefs de famille, fait fi des droits de chasse associés à la seule noblesse et laisse ouverte une grande place au braconnage. Elle identifie même l’homme alpin, l’autorisant à parcourir les espaces aux frontières de zones du danger et des territoires infernaux.

Plus récemment la gestion des espèces menacées ou disparues est devenue un enjeu social, politique et écologique, pour ne pas dire idéologique. La création des parcs et des zones protégées et à préserver (espaces, animaux et faune sauvages) fait rejouer à d’autres niveaux et pour d’autres enjeux les relations entre hommes et animaux sauvages. La disparition même du terme de prédateurs dans le discours d’un certain nombre d’acteurs, voire l’attribution à l’homme de ce qualificatif en est la parfaite illustration.

3. Les représentations de l’animal sauvage

Depuis les peintures pariétales jusqu’au cinéma contemporain, en passant par les bestiaires médiévaux, l’héraldique, ou l’imagerie populaire, l’homme n’a cessé de représenter l’animal sauvage avec lequel il entretient des rapports quotidiens et complexes.

Les représentations peuvent tenir du symbole, montrant alors que l’animal sauvage est domestiqué par l’homme, que ce qui le fait redouter est détourné au profit de celui qui s’empare de son image. Ce processus peut aussi conduire à une anthropomorphisation de l’animal qui désamorce ses pouvoirs de nuisance.

Comme les mythes, les représentations de l’animal sauvage renseignent sur ce que l’homme craint ou attend de la nature sauvage. Elles lient étroitement, dans une relation triangulaire, le milieu ou le paysage, la bête et l’humain.

Fondée sur une iconographie riche et foisonnante, l’histoire de ces images et de leurs mutations permettra d’étudier dans l’espace alpin la nature et les formes de ces relations, mouvantes mais constantes. Il conviendra notamment de s’interroger sur les basculements entre les représentations négatives et positives de la montagne et de l’animal, et vérifier si la montagne et l’animal sauvage sont associés dans ces temporalités.

4. L’économie de l’animal sauvage

Depuis l’Antiquité, l’homme a également utilisé les animaux sauvages pour ses loisirs. Dans les arènes, les ours côtoyaient parfois les lions. Depuis le Moyen Âge, des animaux sauvages ont été exposés. A compter de la fin du 18e siècle, c’est toute une économie de l’animal sauvage qui se met en place avec le développement des cabinets d’histoire naturelle, les ménageries. Tandis que la chasse au loup, à l’ours comme aux chamois devenait un véritable genre sportif qui accompagnait la nouvelle occupation de la montagne par l’homme. Par ailleurs, le maintien ou la réintroduction des animaux sauvages mettent en œuvre pour leur part des politiques qui ont des coûts directs (entretien, gestion des personnel…) et indirects (incidence sur l’économie d’élevage…).

Sur tous ces points, il s’agira d’examiner les expériences parallèles dans les différents pays alpins

5. Les montagnes : des espaces singuliers ?

Au-delà du cas des Alpes, les espaces montagnards, présentent aujourd’hui pour le sujet une originalité certaine. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. En quoi les relations Homme/animal sauvage en pays de montagne sont-elles particulières et se distinguent-elles des mêmes relations en zones de plaine ? Le milieu bio-physique serait-il particulièrement déterminant dans ces relations ?

Par ailleurs l’assimilation entre « sauvage » et « prédateur » ne va pas de soi. Dans les espaces montagnards, toutes les espèces sauvages ne sont pas vécues comme prédatrices. La notion de « prédateur » doit être considérée au sein d’un ensemble de contraintes auxquelles les groupes sociaux doivent faire face (guerre, climat, épidémies, etc.). Pour qui un animal peut-il être considéré comme prédateur ? Et à quelle époque ?

Les attitudes à l’égard de l’animal sauvage sont extrêmement diverses dans le temps, dans l’espace et dans le corps social. Les communicants sont invités à envisager enfin cet aspect pour mieux préciser les variations des comportements sociaux dans le temps comme dans l’espace par rapport à l’animal sauvage

Programme

Grenoble, Amphithéâtre de la Maison des Sciences de l’Homme – Alpes (Domaine universitaire)

Jeudi 1er octobre 2009

Matin

Ouverture

Introduction : Eric Baratay (LARHRA, Université Lyon 3)

Les représentations de l’animal sauvage

  • HITZ Florian, Steinbock und Murmeltier in Graubünden. Ein Vergleich Repräsentationen von der Romanik bis zur Renaissance.
  • POUVREAU Florent (CRHIPA, université Pierre Mendès France), L’homme sauvage dans l’imaginaire alpin à la fin du Moyen Age.
  • ROTH Simon (Médiathèque de Lausanne), La représentation de l’animal sauvage dans les Alpes à travers les affiches.

Après-midi

L’animal prédateur et les économies agropastorales

  • ALLEAU Julien (CRHQ, Caen), Des sociétés humaines face aux grands prédateurs en Provence (XVIe-XVIIIe siècle).
  • BENHAMMOU Farid, (ENGREF – Agro paris Tech), Une géopolitique du loup dans les Alpes-Maritimes : du conflit à la coexistence.
  • FABRE Eric (université de Provence) et CANTELAUBE Pierre, Le loup dans son milieu au XIXe siècle. Essai d’analyse spatiale de la nuisance et de la destruction des loups.
  • LESCUREUX Nicolas (chercheur associé USM 104 MNHN-CNRS Eco-Anthropologie et Ethnobiologie, Departement of terrestrial Ecology, Norwegian Institute for Nature Research), Les montagnes, derniers refuges des grands prédateurs ?
  • ROHR Christian (université de Salzbourg), "Unexpected wild animals" in the Alps: Invasions of locusts and their impact on Eastern Alpine societies in the Middle Ages and in Early Modern Time.
  • SCHEURER Alexandre, Craintes, fantasmes et croyances suscitées par la faune alpine : l’exemple du Valais (Suisse) 16e – 20e siècle.

Conférence publique (durée 2 heures) (Hôtel de Ville de Grenoble)

Le Loup et l’Homme en France du XVème au  XXème siècle. Quelle dangerosité ? L’apport de l’Histoire.

  • Jean-Marc MORICEAU (CRHQ, université de Caen)
  • Antoine DORE (Cemagref / Sciences Po (CSO) / Ulg (SEED)

Vendredi 2 octobre 2009

Matin

De l’économie de l’animal sauvage aux mythes

  • TURK Matija (Slovénie), Neanderthal flute made on cave bear femur from Divje babe I, Slovenia.
  • VISCONTI Agnese (université de Pavie), Pesci e pescatori sul versante meridionale dell’arco alpino : il caso della Lombardia austriaca.

Autour de la marmotte

  • GRIMALDI Piercarlo (Università degli Studi di Scienze Gastronomiche), La marmotta, ossia la rappresentazione del tempo circolare dell’eterno ritorno.

Après-midi

Mythes, légendes, réalités

  • BOURDON Etienne (LARHRA, université de Grenoble), La connaissance de la faune alpine aux 16e et 17e siècles.
  • DIEDLER Jean-Claude, Chats, loups, ours et autres cacodémons. Le zoomorphisme démoniaque dans l’imaginaire du montagnard vosgien des XVIe et XVIIe siècles.
  • FERRIERES Madeleine (université d’Avignon), Le dragon de la Fontaine de Vaucluse (session : mythes, légende et réalité).
  • KERSIC SVETEL Marjeta (Slovénie), Esseri mitologici – tutori dell'ordine naturale nella tradizione popolare slovena in area alpina .
  • LANGREITER Nikola, Die Bären sind los ... Menschen und Tiere – am Beispiel der Bären in den österreichischen (Vor-)Alpen.

Assemblées générales des associations

Samedi 3 octobre 2009

Matin

Parcs et espaces protégés

  • BASSET Karine, Le sauvage dans les espaces protégés français :“l’objet manquant“.
  • KUPPER Patrick (ETH Zürich), Die Tierwelt ganz ihrer freien natürlichen Entwicklung überlassen“: Zur Geschichte des Wildmanagements in und um den Schweizerischen Nationalpark.
  • MAUZ-GRANJOU Isabelle (Cemagref), L’informatisation des animaux sauvages.
  • PEPY Emilie Anne, (LARHRA, université Pierre Mendès France), Les espaces monastiques des réserves naturelles? Réguliers et animaux sauvages du XVIème au XIXème siècle.
  • PICCIONI Luigi (université de Calabre), Risarcire la natura, educare alla protezione. Aspetti simbolici delle cacce di selezione allo stambecco nel parco nazionale del Gran paradiso (1945-1969).

Après-midi

Séminaire de travail pour prolonger un programme de recherche

Catégories

Lieux

  • MSH - Alpes (domaine universitaire) et salons de l'Hôtel de Ville de Grenoble
    Grenoble, France

Dates

  • jeudi 01 octobre 2009
  • vendredi 02 octobre 2009
  • samedi 03 octobre 2009

Mots-clés

  • animal sauvage, Alpes, espaces montagnards, ours, loup, marmotte, économie agropastorale

Contacts

  • René FAVIER
    courriel : rene [dot] favier [at] upmf-grenoble [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Mélissa Pelisson
    courriel : melissa [dot] pelisson [at] upmf-grenoble [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'homme et l'animal sauvage dans les Alpes et les espaces montagnards », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 04 juin 2009, http://calenda.org/197357