AccueilLa spatialisation / mise en espace de l'enquête aux époques médiévale et moderne

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Publié le jeudi 25 juin 2009 par Marie Pellen

Résumé

Depuis une quinzaine d’années, l’histoire politique du bas Moyen Âge a vu ses problématiques s’orienter vers la question du gouvernement et, de manière plus spécifique, se repositionner autour du thème des modalités de l’art de gouverner mis en place par les princes en Occident à partir du XIIIe siècle.

Annonce

Programme ANR « GOUVAREN » (Gouverner par l’enquête au Moyen Age)

5 et 6 novembre 2009

Maison méditerranéenne des sciences de l’homme

Aix-en-Provence

Le programme ANR Gouvaren – thématique « Gouverner et administrer »-, dirigé par Laure Verdon (Université de Provence/UMR Telemme) et Anne Mailloux (Université de Provence/UMR LAMM), organise les 5 et 6 novembre 2009 un séminaire de recherche et de méthodologie consacré à :

La "spatialisation/mise en espace" de l'enquête aux époques médiévale et moderne.

Depuis une quinzaine d’années, l’histoire politique du bas Moyen Age a vu ses problématiques s’orienter vers la question du gouvernement et, de manière plus spécifique, se repositionner autour du thème des modalités de l’art de gouverner mis en place par les princes en Occident à partir du XIIIe siècle.

En termes strictement politiques, « gouverner » suppose une volonté d’agir, de mobiliser savoirs et pratiques en vue de doter l’action politique d’outils performants. Le « gouvernement » se définit, ainsi, comme « l’ensemble des techniques, des pratiques, des représentations qui mettent en acte la souveraineté d’un prince [1]» ou de tout type de pouvoir exerçant et revendiquant une autorité de nature publique. Cette mise en acte et en scène s’appuie, en même temps qu’elle le révèle, sur un ressort essentiel : la cohérence d’une pensée systémique qui imagine les champs d’action du gouvernement, ainsi que le rôle et les limites posées à l’autorité de ses acteurs, comme les reflets fidèles de l’idéal politique incarné par le souverain.

Dans le cadre de la thématique de la genèse de l’État moderne en Europe[2], les historiens s’efforcent désormais de saisir les articulations construites par les théoriciens médiévaux eux-mêmes entre pensée politique et pratiques administratives, de mettre au jour les modalités de la mise en œuvre concrète, sur le terrain, des théories politiques relatives au Bon Gouvernement, un idéal défini par les juristes au service des autorités publiques dès le XIIIe siècle. La science politique, élaborée par les cercles savants des cours et fondée tant sur la théologie que sur le savoir juridique, que l’on s’accorde à faire naître au XIVe siècle, serait précisément le signe de la modernisation des pratiques gouvernementales, dans le sens où elle permettrait de définir un « gouvernement » idéal, ou, pour reprendre le terme utilisé par les sources médiévales, un « statut souverain » fondé sur les vertus de justice et de sagesse[3].

Les États occidentaux ont utilisé l’outil politique et administratif qu’offre la procédure publique d’enquête, entendue au sens large de recueillir une information par le biais de l’interrogatoire de témoins, dès le milieu du XIIIe siècle[4]. L’enquête médiévale est cependant un objet complexe, dont l’ambivalence et la plasticité apparaissent bien dans la définition même du terme inquisitio, qui sert à la désigner dans les textes[5]. Cette complexité est due, d’une part, à la procédure sur laquelle elle est établie : l’enquête peut, en effet, résulter d’une procédure judiciaire au sens strict dont la finalité est de produire un jugement, mais aussi de la volonté de publier une information, voire d’un « appel d’offre » émanant d’une institution pour établir la vérité d’un fait ou d’une pensée[6]. En ce sens, si l’enquête judiciaire relève par définition d’une procédure secrète, l’enquête commanditée par l’autorité souveraine, dans l’objectif d’établir l’état de ses droits, de ses finances, ou de corriger les agissements de ses fonctionnaires, ne peut, quant à elle, n’ être que publique et se définit même par ce caractère, ce qui n’est pas le moindre de ses atouts.

Dans le cadre de la mise en place d’un gouvernement, l’enquête publique due à la volonté souveraine apparaît d’abord comme un précieux outil technique de gestion administrative et fiscale, un usage désormais bien connu des historiens que l’on tend à rapprocher de la documentation comptable produite par les chancelleries princières et souveraines, aussi bien dans sa forme que sur les objectifs qui lui sont assignés, et, d’une manière plus générale, de l’écrit « pratique »[7].

Réduire l’enquête publique à son seul aspect technique ne suffit cependant pas à rendre compte du véritable engouement que connut ce type d’instrument. Pour saisir les rapports complexes qu’elle entretient avec l’art de gouverner, objet et ambition de ce programme, il faut encore en scruter les origines, découvrir notamment les références juridiques sur lesquelles son usage repose, décortiquer la procédure qu’elle met en œuvre dans sa quête de « vérité », s’interroger, enfin, sur les modalités du « dialogue » et de la négociation qu’elle semble mettre en place entre l’autorité publique et les sujets.

Il s’agira, au cours de ce premier séminaire interdisciplinaire à l’automne 2009, de s’interroger plus particulièrement sur les acteurs et les pratiques de la déambulation dans le cadre de la mise en place d’un gouvernement aux époques médiévale et moderne. Seront ainsi plus particulièrement mis en lumière les techniques de la déambulation, ses différents usages par les clercs notamment, ses finalités et ses modalités, qui sont généralement données comme matrices des enquêtes administratives souveraines au XIIIe siècle. On envisagera également, au cours de cette rencontre, la persistance de ces pratiques déambulatoires sur le temps long (époque moderne), leurs éventuelles évolutions juridiques, ainsi que leur usage dans des espaces non occidentaux, tant au Moyen Age qu’à l’époque moderne.

Les séances s’organiseront autour de quatre axes de réflexion :

1- le vocabulaire du déplacement (visite, deambulatio, etc.) et ses fondements juridiques (rapport avec la notion de mandement, formes de la délégation d'autorité, réflexion savante sur le déplacement...)

2- le personnel de l’enquête : problèmes de langue rencontré par un personnel venu faire une enquête en pays étranger; comment l'enquête est-elle menée dans ce cas (déplacement de toute l'équipe d'enquêteurs ? récolte des témoignages...) ; rôle des notaires, des clercs…

3- les itinéraires : comment sont définis les cadres territoriaux d'une enquête et ses itinéraires ? rapports avec la construction administrative de la principauté concernée (problème des frontières, limites, dedans/dehors...) 

4- les problèmes pratiques du déplacement : modes de déplacement, temps, approvisionnement en papier, préparation des registres, déplacements des témoins...

Les propositions de communication sont à adresser, sous forme électronique exclusivement (format .doc ou .rtf), à Laure Verdon (verdon@mmsh.univ-aix.fr) ou à Anne Mailloux (mailloux@mmsh.univ-aix.fr)) au plus tard le 15 septembre 2009. Elles se présenteront sous la forme d’un résumé de 3000 espaces-signes maximum, et comporteront les renseignements habituels de civilité, statut et lieu d’exercice. Les organisateurs de la manifestation sélectionneront 16 textes au maximum.


[1] É. ANHEIM, « Le savoir et le gouvernement. À propos du livre de Samantha Kelly, The New Solomon. Robert of Naples (1309-1343) and Fourteenth-Century Kingship, Brill, Leiden-Boston, 2003 », dans Médiévales, 53, 2007, p. 166.

[2] Genèse de l’Etat moderne. Bilans et perspectives, Paris, 1990.

[3] C’est précisément l’objet de l’ouvrage de S. Kelly, cité en note 1, qui voit dans la figure du roi Robert Ier de Naples, d’origine angevine, l’incarnation de ce nouveau type de souveraineté. En France, dès le début du XIIIe siècle, les prémices d’une telle évolution apparaissent, sous le règne de Philippe II Auguste (J. BALDWIN, Philippe Auguste, Paris, 1994).

[4] Il s’agit là d’une thématique désormais bien connue des historiens du pouvoir souverain. Voir, en dernier lieu, J. KERHERVÉ, « Les enquêtes sur les droits « royaux et ducaux » de Bretagne aux XIVe et XVe siècles », dans C. BOUDREAU, C. GAUVARD, K. FIANU, M. HÉBERT (dir), Information et société en Occident à la fin du Moyen Age, Paris, 2004, p. 405-425 et  L’Enquête au Moyen Age, sous la direction de C. GAUVARD, Rome, coll. de l’EFR 399, 2009.

[5] J. F. NIERMEYER, Mediae Latinitatis Lexicon Minus, Leiden-New York, Köln, 1976 (réédition 1997), l’article “Inquisitio” ne recense pas moins de neuf définitions du terme : enquête, enquête par interrogatoire de témoins, enquête judiciaire par interrogatoire de témoins, redevance de nature publique, instance, poursuite, acquisition, intention, requête.

[6] Pour une riche et stimulante réflexion sur les formes, objets et usages de l’enquête médiévale, voir l’introduction d’Alain Boureau dans : C. GAUVARD (dir), L’Enquête au Moyen Age , Rome, collection de l’EFR n° 399, 2009.

[7] F.MENANT, « Les transformations de l’écriture pratique entre XIIe et XIIIe siècles », dans Écrire, mesurer, compter, actes du colloque tenu à l’ENS Ulm, mars 2001. La production et la normalisation des actes de la pratique peut, en effet, répondre à des objectifs politiques, comme l’ont montré de nombreuses études récentes relatives à la prise de pouvoir du Popolo dans les communes italiennes du XIIIe siècle, une révolution politique qui correspond également à une révolution documentaire. Voir, entre autres exemples : J.-C. MAIRE VIGUEUR, « Révolution documentaire et révolution scripturaire : le cas de l’Italie médiévale », dans Bibliothèque des Chartes, 1995, p. 177-185.

Lieux

  • Maison méditerranéenne des sciences de l'homme, 5 rue du château de l'horloge, salle G. Duby
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • mardi 15 septembre 2009

Mots-clés

  • Histoire du pouvoir, enquête, administration, lien de sujétion

Contacts

  • Laure Verdon
    courriel : verdon [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr
  • Anne Mailloux
    courriel : mailloux [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Source de l'information

  • Laure Verdon
    courriel : verdon [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La spatialisation / mise en espace de l'enquête aux époques médiévale et moderne », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 25 juin 2009, http://calenda.org/197480