Accueil« Extrême » ? Identités partisanes et stigmatisations des gauches en Europe (XVIIIe-XXe siècle)

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Publié le lundi 29 juin 2009 par Marie Pellen

Résumé

Appel à communications, colloque international organisé par le GHRis (Université de Rouen) et l’IHRF (Université de Paris I) qui aura lieu au printemps 2011 à Rouen : « Extrême » ? Identités partisanes et stigmatisation des gauches en Europe (XVIIIe-XXe siècle).

Annonce

Responsables :

  • Michel Biard,
  • Pascal Dupuy,
  • Bernard Gainot,
  • Paul Pasteur,
  • Pierre Serna.

Date : printemps 2011

Lieu : Rouen

Colloque international organisé par le GHRis (Université de Rouen) et l’IHRF (Université de Paris I)

Dans les grands dictionnaires qui entendent fixer les subtilités de la langue française à la fin du XVIIe siècle, « extrême » possède plusieurs sens, dont deux retiendront notre attention. Tout d’abord, le Dictionnaire de Furetière (1690) note : « Ce qui est le dernier en quelque chose, ce qui la finit, qui la termine. On ne saurait aller d’un extrême à l’autre sans passer par le milieu ». Dans quelque espace que ce soit, ou à terme sur un échiquier politique, la notion d’« extrême » apparaît donc indissolublement liée à celle de « milieu », ce centre étant perçu comme fondamental de par sa position même entre les « extrêmes ». Mais, ajoute Furetière, « extrême signifie aussi violent au dernier point ». L’idée de « violence » est ainsi également liée au mot dès l’origine. De son côté, dès sa première édition (1694), le Dictionnaire de l’Académie propose : « Il signifie aussi excessif, et se dit d’un homme qui ne garde aucune mesure, qui donne toujours dans l’excès ». La sixième édition (1832-1835) ajoute : « Parti extrême, parti violent et hasardeux. Prendre un parti extrême. Il n’aime pas les partis extrêmes ». Le mot « parti » désigne ici bien sûr un choix, une voie suivie, et non un groupe politique, toutefois il suffit alors de lui donner un autre sens ou/et d’ajouter un suffixe pour que la définition devienne ouvertement politique : « Extrémiste. Celui, celle qui est partisan des idées et des résolutions extrêmes. Il s’emploie surtout dans la langue politique. Le parti des extrémistes. Le groupe extrémiste » (Dictionnaire de l’Académie, huitième édition, 1932-1935). Quant à lui, le Larousse universel introduit, en 1922, la notion d’« extrémiste » que le Robert à la fin du XXe siècle résume de la façon suivante : « Partisan d’une doctrine poussée jusqu’à ses limites, ses conséquences extrêmes ».

L’ensemble de ces définitions d’évidence interroge par leur flou et plus encore par la stigmatisation qu’elles impliquent.

Le présent projet de colloque entend proposer des pistes de réflexion sur ces définitions et les réalités qu’elles sous-tendent, du XVIIIe siècle à la fin du XXe siècle en Europe. Il va de soi qu’il ne s’agira en rien de proposer une histoire de tous les mouvements qui ont pu être considérés ou se considérer comme situés à l’« extrême » des mouvances et partis de gauche, à un moment ou à un autre, dans un pays ou un autre, ni de risquer une sorte de « liste » de ces mouvements.

Cinq thèmes prioritaires pourront faire l’objet d’une proposition de communication.

Ces dernières sont à envoyer avant le 15 janvier 2010 à Paul Pasteur (franclh@aol.com), et seront soumises à l’examen du comité scientifique du colloque :

* Mots, concepts, usages

Quel est le vocabulaire précis employé ? Comment varie-t-il d’un pays à l’autre, d’une langue à une autre (par exemple le mot « radical ») ? Comment évolue-t-il au fil du temps (ainsi le mot « enragé ») ? Les mots sont-ils là pour stigmatiser ? Se définit-on soi-même ainsi et existe-t-il même une fierté à se présenter comme tel ? La rhétorique suit-elle des modèles ? Par opposition à quel autre vocabulaire ces mots se définissent-ils (« modérés », « honnêtes gens », « centristes », « sages », « réformistes » etc.) ?

* Les « groupes » ou « mouvances » perçus à un moment ou un autre, de façon épisodique ou pérenne, comme partie prenante des « extrêmes » à gauche de l’échiquier politique

Sont-ils considérés comme tels dès leur naissance ou est-ce le fruit d’un processus de radicalisation ? Se définissent-ils eux-mêmes comme tels ? Est-ce là le simple produit d’une stigmatisation ? Existe-t-il des phénomènes de réappropriation de l’« injure » politique ? Quels « déclassements » éventuels rendent possible un passage de la gauche à ses marges « extrêmes » ?

* Les pratiques

Sont-ce celles-ci qui justement aboutissent au qualificatif d’« extrême » qui leur est attribué ? Quel est le rapport aux élections, au jeu parlementaire ? à la violence, le cas échéant à la clandestinité, voire à « l’acte terroriste » ? Comment est envisagée une participation au pouvoir, ou la prise de celui-ci ? Ces pratiques sont-elles induites par le programme ou le résultat de la marginalisation de ces « groupes » ou « mouvances » ? Sont-elles simplement une mise en œuvre d’idées et de prises de position politiques en elles-mêmes déjà « extrêmes » ?

* Les « représentations » de l’« extrême »

Quelles sont les représentations et caricatures de l’« enragé » et de l’« exagéré » pendant la Révolution française ? de l’« anarchiste » ? du bolchevique sanguinaire au couteau entre les dents ? On privilégiera ici l’iconographie, mais une place peut être faite à des descriptions d’autres natures, littéraires par exemple.

* Le(s) discours de rejet et d’amalgame des « extrêmes » à gauche et à droite

Quels sont les moments privilégiés où peuvent être saisis ce(s) discours de rejet et d’amalgame, bien avant que des historiens et politologues ne glosent sur ce rapprochement, considéré désormais comme une sorte de vulgate ? Ainsi la France du Directoire connaît déjà un abrupt amalgame entre « bonnets rouges » et « bonnets blancs », « anarchistes » et « royalistes » ; de même sous la République de Weimar, l’amalgame est permanent entre communistes et groupes d’« extrême-droite ».

Dates

  • vendredi 15 janvier 2010

Mots-clés

  • extrême, gauches, stigmatisation

Contacts

  • Paul Pasteur
    courriel : Franclh [at] aol [dot] com

Source de l'information

  • Paul Pasteur
    courriel : Franclh [at] aol [dot] com

Pour citer cette annonce

« « Extrême » ? Identités partisanes et stigmatisations des gauches en Europe (XVIIIe-XXe siècle) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 29 juin 2009, http://calenda.org/197483

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