AccueilEngagements, rébellions et genre dans les quartiers populaires en Europe (1968-2005)

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Publié le mercredi 01 juillet 2009 par Marie Pellen

Résumé

Relancés par les événements de l’automne 2005 en France, les travaux scientifiques sur les épisodes de rébellions urbaines ont centré leur attention sur le moment émeutier en tant que tel. En inscrivant la réflexion dans une perspective temporelle, ouverte au moins depuis 1968, en adoptant une approche comparée (à la fois dans le temps et dans l’espace), l’objectif de ce colloque est de comprendre les rébellions urbaines en les confrontant à d’autres dynamiques d’engagements et de mobilisations, en restituant la diversité des trajectoires des acteurs et des actrices engagés, et en les replaçant dans leur contexte historique et géographique.

Annonce


Colloque international de clôture du projet ANR « Genrebellion »

UMR IRICE et TRIANGLE

Lieu ENS-LSH Lyon

3-4 juin 2010

Date limite des propositions : 15 septembre 2009

Relancés par les événements de l’automne 2005 en France, les travaux scientifiques sur les épisodes de rébellions urbaines ont centré leur attention sur le moment émeutier en tant que tel. Si certaines études s’attachent à saisir les logiques plurielles qui interagissent durant les séquences de confrontation entre groupes de jeunes et forces de l’ordre[1], d’autres ont plutôt éclairé la construction médiatique et politique des représentations de l’événement[2]. Une troisième série de recherches a contribué à élargir la focale d’analyse, en questionnant à la fois les causes sociales des comportements émeutiers et les effets des formes prises par l’action publique dans les quartiers populaires.

En inscrivant la réflexion dans une perspective temporelle plus longue, ouverte au moins depuis 1968, en adoptant une approche comparée (à la fois dans le temps et dans l’espace), l’objectif de ce colloque est de comprendre les rébellions urbaines en les confrontant à d’autres dynamiques d’engagements et de mobilisations et en restituant la diversité des trajectoires des acteurs et des actrices engagés. Dans des configurations historiques, locales et nationales spécifiques, nous chercherons à voir comment des acteurs individuels et collectifs se construisent dans la durée de façon différenciée, mobilisant certaines modalités d’action, certaines références symboliques, certains vecteurs d’identification tels que le genre, l’origine nationale ou la référence à la classe sociale. Désenclaver les épisodes émeutiers pour mieux saisir la façon dont ils s’inscrivent dans un ensemble de pratiques et de discours permet de revenir sur le sens qu’ils revêtent pour les acteurs à un moment donné de leur trajectoire individuelle et collective.

Trois axes d’étude seront privilégiés :

1. Rébellions et mobilisations

Nous souhaiterions avoir des communications sur l'articulation entre les phénomènes de rébellion et de mobilisation ou, autrement dit, entre violence illégitime et organisation légitime. Il s’agit d'interroger l'opposition entre le domaine de l’« infra-politique » et ce qui relève de l’action faisant sens pour les organisations collectives (associations, syndicats, etc.).

On s'intéressera ainsi particulièrement aux études portant sur :

- les trajectoires d'émeutiers et, à l'inverse, de militant-e-s organisés adoptant des modes d'action considérés comme illégitimes ;

- les associations créées dans le sillage d'événements émeutiers ;

- les processus de construction du discours subalterne, dans sa dimension individuelle et collective, spatiale et événementielle ;

- les relations qui peuvent exister entre le monde de la « délinquance » et l'espace des mobilisations, non pour mystifier une improbable vertu politique attribuée aux actes délictueux, ou pour criminaliser les mobilisations dans les quartiers populaires, mais pour réfléchir aux formes de transfert d'un espace à un autre ;

- de même, nous interrogerons ce qui se joue dans d’autres espaces sociaux, comme celui du travail. Il s’agit, bien sûr, de questionner les formes de transmission, d’occultation et de méconnaissance du vécu ouvrier des « pères »[3] et de leurs éventuels engagements dans des syndicats, mais aussi d’actualiser l’analyse de ce rapport au monde du travail. Une entrée pertinente peut être celle des mobilisations de salariés précaires, et particulièrement des jeunes, dont une grande part – en raison même du cumul des formes de discrimination – sont issus de familles immigrées. Les dynamiques d’engagement et de lutte qui se tissent à partir d’expériences communes à la condition de précaire sont porteuses d’un renouveau dans le rapport à l’action collective sur le lieu de travail et dans le rapport critique aux syndicats.

2. Quelles issues pour le politique ?

- Après les émeutes urbaines de novembre 2005 en France, un mouvement massif d’inscription sur les listes électorales a été enregistré[4] : concentré dans les zones touchées par les émeutes, il s’est ensuite étendu à l’ensemble du territoire et s’est traduit par un sursaut de participation électorale lors de l’élection présidentielle de 2007. Toutefois, la forte mobilisation électorale qu’ont alors connue les quartiers populaires n’a pas perduré lors des élections législatives et municipales qui ont suivi. Comment comprendre le lien entre des pratiques émeutières non-conventionnelles et des formes de participation politique plus classiques ?

Cette question pourra être abordée dans une perspective écologique s’intéressant aux corrélations et aux transferts observables au niveau d’un territoire donné, entre épisodes émeutiers d’une part, et inscription et participation électorale de l’autre. Elle pourra également être abordée en suivant des trajectoires individuelles, afin d’analyser si, et si oui comment, l’expérience émeutière constitue un moment de politisation, et comment celle-ci est réinvestie dans des formes de participation politique conventionnelles.

- Nous souhaitons également faire le point sur les réponses des politiques aux épisodes de rébellions urbaines. Sur ce point de nombreuses publications existent déjà. Nous privilégierons ici les études sur les politiques municipales et régionales dans l’interaction avec les politiques nationales dans un souci d’histoire comparée du devenir de l’événement.

3. Genre et mobilisation

Deux aspects seront mis en avant :

- Le premier vise à mettre en évidence la sexuation des mouvements sociaux et particulièrement la division sexuée du travail militant au sein des organisations. Il s’agira de montrer comment hommes et femmes se répartissent dans les différentes tâches liées au militantisme, dans quelle mesure les femmes sont assignées à des tâches « féminines » et les hommes à des tâches « masculines ». Une attention particulière pourra être portée à la place des stéréotypes de sexe à l’intérieur des mouvements, à leur renforcement ou, au contraire, à leur fléchissement. Les mouvements connaissant une faible mixité sexuelle ou pas de mixité du tout pourront également être interrogés sous l’angle des modes intra-sexe d’organisation des activités « féminines » et « masculines ».

- Le second s’intéresse aux trajectoires féminines militantes. Le fait pour des femmes de s’engager sur la scène politique reste difficile à plus d’un titre : aux résistances très nettes à les admettre dans cette sphère, s’ajoute une éventuelle conflictualité psychique. A quelles conditions des femmes peuvent-elles se construire comme d’authentiques sujets politiques ? Il s’agira de comprendre les processus sociaux et familiaux, ainsi que les modes de subjectivation qui ont conduit certaines femmes à investir la sphère militante.

Le colloque s’inscrit dans une perspective pluridisciplinaire (histoire, sociologie, anthropologie, science politique, psychologie sociale). Les communications reposant sur des sources originales (archives, entretiens, observations, etc.) et explicitant de façon précise leur protocole d’enquête seront particulièrement appréciées, comme celles portant sur différents espaces nationaux en Europe.

Les langues de travail seront le français et l’anglais.

Les propositions de communication, de 2000 signes maximum, sont à envoyer avant le 15 septembre 2009 à l’adresse suivante : colloque.genrebellion@gmail.com. Merci de préciser votre adresse électronique ainsi que l’institution de rattachement. Les réponses seront communiquées fin octobre.

Pour plus d’information, voir les sites web http://triangle.ens-lsh.fr et http://irice.univ-paris1.fr

Call For Papers

Deadline for submission : September 15th 2009

Commitment, rebellion and gender in poor suburban neighborhoods in Europe (1968-2005)

International closing conference of the ANR project “Rebelandgender”

UMR IRICE and TRIANGLE

Place : ENS-LSH Lyon

3-4 June 2010

Revived by the 2005 urban unrests in France researches tackling the issue have mainly focused on the rioting action in itself. A first series of study has tried to catch what is at stake when the police and the youngsters face each other. Others have cast light on the media building process of political image of the unrest. Eventually, papers have provided a wider focal length when questioning both social causes of the outbreak of violence and political intervention in troubled suburbs.

The conference intends to examine the events with a more thorough and comparative perspective – both in time and space in order to comprehend urban rioting. To do so the comparison will be made with other forms of involvement and of mobilization and by scrutinizing the various careers of involved actors (male and female). Using specific patterns, past and present, local and nationwide, we wish to examine how both individuals and groups build their identity. To do so they use various range of actions, symbolic references, self defining signs, such as gender; national descent; social class.

Urban unrests are encompassed in larger amount of discourse and practice. Opening up the whole permits to reach the meaning that these events had for those who made it at a given moment of their individual and group careers. Three axes will be examined.

1 Rebellion and Mobilization

We wish to receive papers about the structuring between rebellion and mobilization i.e. between illegitimate violence and legitimate institutions. It aims at questioning the confrontation between the realm of “infra politics” and what belongs to traditional bodies’ index (association, union).

A special attention will be given to papers studying:

- Careers of both rioters and organized militants, the latest using up to know unaccepted forms of actions;

- Associations created after riots;

- Subaltern discourse building process, both individual and collective, area and events related;

- Relations between juvenile delinquency and forms of mobilization: not to attribute the virtue of political involvement to illegal actions, or to criminalize the urban unrest but to question the possible bridge from one another.

- We will consider what is at stake in other social areas: in the labor social relations for instance. It obviously leads to the study how former working class habits - including possible union militancy - of the “ancients” have they passed or changed? Were they masked, ignored? It is important to be able to analyze the connections with the labor world at a present time. The similarity in unstable worker’s situations ignite new potential of collective actions that they help to redefine, bringing out for instance new image for traditional unionism.

2 Ways out for politics

- After the urban riots of the fall of 2005, there were a record number of citizens rushing to the poll lists. The change was first connected with the unrest areas then enlarged towards the whole country and eventually brought the unusual participation rate at the presidential elections of 2007. However, this unusual mobilization experienced by inner cities (French’s poor suburban neighborhoods) did not last until general and municipal election which followed. Hence it is important to study the possible transmutation between non conventional urban unrest and more traditional forms of participation.

This topic can be dealt with at an ecological level, trying to catch the possible correlation between riots episodes on the first hand and registering and voting on the other one. But the same issue could be looked at with the personal career of individuals’ lenses to analyze if – and possibly how – the unrest experiment constitutes a politization moment which could be put into use in more conventional participation.

- It would be of interest to review the situation about the policies responses to urban unrests. A lot have been done on that field. So it will be preferable to focus on local and regional policies and their interconnections with national ones in order to catch the unwinding of events.

3 Gender and mobilization.

Two faces of the problem will be put in the light:

- The first is to examine to what extend the collective action is gender related. It will be of interest to study in what ways women and men are assigned to traditionally male and female tasks. One should take heed of gender stereotypes during the collective actions: are they emphasized or minored by it? And what about social movements with no mixed recruitment? Researches on the way typical male and female tasks are assigned in that case would be more than welcomed.

- Secondly, one has to take interest in women militancy careers. There are still strong resistances to political careers for women: almost closed gate and more than rarely psycho dimension to be taken into account. Under what circumstances women too achieve real political status? To answer the question one must take into account social and family background as much as ego patterns all of them explaining a break in a militancy career.

The symposium follows a cross curricula approach (history, sociology, anthropology, political science, social psychology). Papers based on original data (archives, interviews, involvement etc) in addition to precise survey patterns will be favorably welcomed. As will be those which will compare different areas in Europe.

Practical languages will be French and English. Papers proposals, max 2000 characters, are to be sent before the 15th of September 2009 to the following address: colloque.genrebellion@gmail.com Please enclose your mail address and your research body. Answers given by the end of October.

Further information on http://triangle.ens-lsh.fr and http://irice.univ-paris1.fr

Comité d’organisation (Organization committee) :

  • Michelle Zancarini-Fournel (Université de Lyon 1 / LARHRA et IRICE)
  • Sophie Béroud (Université de Lyon 2 / TRIANGLE)
  • Sophie Baby (Université de Bourgogne / IRICE)
  • Marie-Carmen Garcia (Université de Lyon 2 / GRS/ Centre Louise Labé)
  • Boris Gobille (ENS-LSH/ Triangle)
  • Abdellali Hajjat (EHESS / CMH-ETT)


[1] Entre autres : Michel Kokoreff, « Sociologie de l’émeute. Les dimensions de l’action en question », Déviance et société, 2006/4, vol. 30, pp. 521-533.

[2] Gérard Mauger, L’émeute de novembre 2005, une révolte protopolitique, Editions du Croquant, 2006.

[3] Nous renvoyons ici aux travaux de Séphane Beaud et de Michel Pialoux.

[4] Cf. C. Braconnier, J.-Y. Dormagen, La démocratie de l’abstention, Paris, Gallimard, 2007 et Ségrégation sociale, ségrégation politique. Sur l’inscription électorale des milieux populaires, rapport pour le Centre d’Analyse Stratégique, 2007.

[5] Among other references : Michel Kokoreff, « Sociologie de l’émeute. Les dimensions de l’action en question », Déviance et société, 2006/4, vol. 30, pp. 521-533.

[6] Gérard Mauger, L’émeute de novembre 2005, une révolte protopolitique, Editions du Croquant, 2006

[7] Stephane Beauds and Michel Pialous’s works are an obvious reference.

[8] Cf. C. Braconnier, J.-Y. Dormagen, La démocratie de l’abstention, Paris, Gallimard, 2007 et Ségrégation sociale, ségrégation politique. Sur l’inscription électorale des milieux populaires, rapport pour le Centre d’Analyse Stratégique, 2007.

Lieux

  • ENS LSH
    Lyon, France

Dates

  • mardi 15 septembre 2009

Mots-clés

  • Rebellions urbaines, Genre, Quartiers populaires, 1968-2005

Contacts

  • Abdellali Hajjat
    courriel : ahajjat [at] u-paris10 [dot] fr
  • Sophie Baby
    courriel : sophie [dot] baby [at] u-bourgogne [dot] fr

Source de l'information

  • Sophie Baby
    courriel : sophie [dot] baby [at] u-bourgogne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Engagements, rébellions et genre dans les quartiers populaires en Europe (1968-2005) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 01 juillet 2009, http://calenda.org/197500