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Les politiques de l'âme

Colloque annuel de l'Association française de sciences sociales des religions (AFSR)

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Publié le jeudi 02 juillet 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

La notion d’âme s’est trouvée confrontée depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle à une série de déplacements et de remises en cause, à l’épreuve des sciences humaines, des sciences de la nature et de la vie, etc. Sous le titre « Les politique de l’âme », le colloque 2010 de l’AFSR se propose d’examiner collectivement ces trajectoires contemporaines de l’âme, dans un cadre transdisciplinaire, en faisant l’hypothèse qu’on tient là un observatoire privilégié pour penser l'anthropologie des démocraties contemporaines.

Annonce

Colloque 2010 de l’Association française de Sciences sociales des religions (ASFR). Lundi 1e et mardi 2 février 2010, Paris, Site Pouchet CNRS

Responsables scientifiques :

  • Denis Pelletier (EPHE), Paul Zawadzki (Université Paris 1)

La notion d’âme, telle qu’elle s’était développée dans les traditions juive, chrétienne et musulmane en mettant l’accent sur son triple caractère d’âme spirituelle, personnelle et immortelle, s’est trouvée confrontée entre la seconde moitié du XVIIIe et le XIXe siècle à une série de déplacements et de remises en cause que l’on peut organiser sous quatre rubriques principales. 

1. Dans  l’ordre philosophique, et dans le double sillage de Descartes et de Hobbes, le discours sur l’âme laisse progressivement la place à une conception laïcisée de la conscience individuelle, ordonnée à la notion de « for intérieur ». Au cœur de la philosophie politique des Lumières et de son héritage, le for intérieur apparaît comme le corollaire de la constitution d’un espace public citoyen, en même temps qu’il est le support d’une intériorité de l’individu dont est affirmée la nécessaire autonomie au regard des pouvoirs, religieux et politique.   

2. Dans l’ordre médical, les progrès de la biologie puis la révolution pastorienne modifient en profondeur les conceptions de la maladie, désormais envisagée comme le résultat de processus strictement physiologiques, et non plus comme un dérèglement de l’équilibre entre l’âme et le corps, dérèglement longtemps pensé dans les termes religieux d’une économie du salut. Quelques décennies plus tard, il en va de même dans le champ naissant de la psychologie moderne et de la psychiatrie, sous l’influence de la  psycho-physiologie.

3. Simultanément, c’est en soulignant la diversité des manières de construire la dualité corps-esprit à travers les sociétés humaines, et en modélisant cette diversité sous le registre d’une théorie de l’animisme (Tylor) marquée par la pensée évolutionniste que l’anthropologie moderne s’est distanciée de son héritage missionnaire et chrétien.

4. Enfin, il faut faire la part de l’exploration des « labyrinthes de l’âme » et du « voyage intérieur » telle qu’elle se développe au sein de l’expérience littéraire et artistique du XIXe siècle, du romantisme au symbolisme dans une oscillation permanente entre syncrétisme religieux, naturalisation de l’âme..

Ce mouvement paraît se poursuivre au XXe siècle, mais non de manière univoque. Sous une forme sécularisée ou non, le rapport entre l’âme et le corps ne cesse de travailler l’histoire des sciences de la vie, que ce soit à travers le naturisme, la réaffirmation régulière de l’héritage hippocratique, les interrogations sur la continuité du vivant et ses implications philosophiques et juridiques dans le cadre du développement des biotechnologies. La psychanalyse ne se construit pas sans échanges ni confrontation avec la tradition religieuse du soin de l’âme, dans le prolongement d’une réception de l’œuvre de Freud à laquelle auteurs chrétiens et juifs ont largement contribué. Le même constat vaut pour les champs de l’art et de la littérature, en sorte que l’observateur contemporain est confronté à un paradoxe. Il constate l’extrême prudence avec laquelle les traditions religieuses parlent désormais de l’âme, jusqu’à mettre en sourdine toute théologie ou philosophie de l’âme au nom de la critique du dualisme âme-corps et de ses impasses. Mais cette prudence contraste avec la dissémination d’un usage souvent métaphorique de la notion dans des champs aussi divers que ceux de la psychologie et de la psychanalyse (les « maladies de l’âme »), de la bioéthique, voire des techniques de développement personnel et de gestion des individus dans le contexte d’un capitalisme managerial

Le colloque sur « les politiques de l’âme » se propose d’examiner collectivement ces trajectoires contemporaines de l’âme, dans un cadre transdisciplinaire, à partir d’études de cas et d’exemples concrets appuyés sur la construction de corpus documentaires précis. Trois hypothèses sont proposées aux intervenants :

1. Loin de se réduire à un processus univoque de transfert, cette histoire met en évidence toute une économie d’emprunts, d’échanges et de contacts entre le champ religieux et les champs modernes du politique, du scientifique et de la création.

2. La question politique est au cœur de cette oscillation de l’âme entre le religieux et le séculier, parce qu’elle est indissociable du processus de fabrique du citoyen autonome qui est le projet même des démocraties contemporaines.

3. En ce sens, une histoire de la sécularisation de l'âme ne peut s'écrire sous le seul angle de son effacement à la faveur du recul de l'emprise du religieux. Le devenir de l'âme au cours des deux derniers siècles, mis en forme métaphoriquement dans les savoirs modernes ou les sensibilités (discours de l'intériorité, de l'indisponibilité, de l'intemporalité ou de l'éternité…)  est un observatoire privilégié pour penser  l'anthropologie des démocraties contemporaines.

Les propositions de contribution peuvent être adressées, accompagnées d’une présentation de quelques lignes, jusqu’au 15 septembre 2009, à :

Lieux

  • Site Pouchet CNRS, 59-61 rue Pouchet
    Paris, France

Dates

  • mardi 15 septembre 2009

Mots-clés

  • religion, sécularisation, sciences sociales, âme, corps

Contacts

  • Denis Pelletier
    courriel : denis [dot] pelletier [at] gsrl [dot] cnrs [dot] fr
  • Paul Zawadzki
    courriel : paul [dot] zawadzki [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Denis Pelletier
    courriel : denis [dot] pelletier [at] gsrl [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les politiques de l'âme », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 02 juillet 2009, http://calenda.org/197505