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Publié le lundi 06 décembre 2004

Résumé

Cette rencontre se veut pluridisciplinaire. Des philosophes, des sociologues, des historiens, des littéraires et des chercheurs en sciences politiques échangeront leurs points de vue autour de Michel Foucault. Ce colloque propose, d’une part, des dissections de la pensée de Michel Foucault et d’autre part, des analyses ouvertes sur l’actualité par l’intermédiaire des outils laissés par ce philosophe intempestif. Colloque, Paris, Université Paris 8, 16-17 décembre 2004

Annonce

Cette rencontre se veut pluridisciplinaire. Des philosophes, des sociologues, des historiens, des littéraires et des chercheurs en sciences politiques échangeront leurs points de vue autour de Michel Foucault Ce colloque propose, d’une part, des dissections de la pensée de Michel Foucault et d’autre part, des analyses ouvertes sur l’actualité par l’intermédiaire des outils laissés par ce philosophe intempestif.

Ces deux journées se divisent en quatre thèmes mais le colloque sera, à l’image de notre monde, constitué d’enchevêtrements et d’entremêlements. De multiples relations transversales pourront s’établir et favoriser l’échange entre les différents intervenants et avec le public. Chaque intervention durera en effet trente minutes et sera suivie d’un quart d’heure de discussion.

Les orientations du colloque

« En quoi as-tu foi ? - En ceci : qu’il faut déterminer à nouveau le poids de toute chose ». Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir, Livre troisième, aphorisme 269.

Si le 20ème anniversaire de la disparition de Foucault est l’occasion de revenir sur la pensée du philosophe, ce colloque ne se veut pas commémoratif. Aucune intervention ne fera l’objet d’un hommage. Ce n’est pas le but de cette rencontre.

Pourquoi intituler ce colloque « Autour de Michel Foucault » ?

Cette rencontre se veut pluridisciplinaire. Des philosophes, des sociologues, des historiens, des littéraires et des chercheurs en sciences politiques échangeront leurs points de vue « autour de Michel Foucault ».

Ce colloque propose, d’une part des dissections de la pensée de Michel Foucault et d’autre part, des analyses ouvertes sur l’actualité par l’intermédiaire des outils laissés par ce philosophe intempestif.

Ces deux journées se divisent en quatre thèmes mais le colloque sera, à l’image de notre monde, constitué d’enchevêtrements et d’entremêlements. De multiples relations transversales pourront s’établir et favoriser l’échange entre les différents intervenants et avec le public. Chaque intervention durera en effet trente minutes et sera suivie d’un quart d’heure de discussion.

Quel contenu à cette manifestation ?

Les différentes interventions sont rassemblées selon quatre thématiques : « Michel Foucault et... », « Résistances et pouvoirs », « Sujet et subjectivation » et « Foucault et l’actualité ». Arrêtons-nous un instant sur ces différents moments :

La matinée du jeudi 16 décembre : « Michel Foucault et... »

Guillaume Paugam évoquera l’ambivalence de la relation de Foucault au philosophe de l’Aufklärung, Emmanuel Kant. Gilles Deleuze parlait d’un « néo-kantisme propre à Foucault » mais cette formulation ne demeure-t-elle pas une approximation insatisfaisante, une étiquette trop caricaturale ? Guillaume Paugam abordera cette relation comme une « stratégie contre-imitative ».

Jean-François Bert précisera l’influence des historiens des Annales (Bloch et Febvre) sur la pensée de Michel Foucault grâce à la notion de « corps ». Celui-ci sert en effet de fil conducteur à l’analyse foucaldienne du pouvoir. A partir de « cette surface d’inscription des événements », de ce « lieu de dissociation du Moi », de ce « volume en perpétuel effritement » , Jean-François Bert saisira de quelle manière Foucault désire faire de l’histoire. Michel Foucault n’a jamais rencontré Georges Perec. Philippe Artières établira pourtant des relations entre ces deux auteurs - à mots croisés.

Sylvain Meyet, quant à lui, s’attardera sur le processus français de formation d’un « Foucault Américain ». « Au travers de ce double prisme transatlantique, l’interrogation des discours de Français écrivant sur des Américains se réclamant d’un Français », Sylvain Meyet reviendra sur l’analyse foucaldienne de la fonction-auteur.

L’après-midi du 16 décembre : « Résistances et pouvoirs »

Tout d’abord, précisons qu’il convenait d’user du pluriel pour parler de ces relations de pouvoir et de résistance. Michel Foucault réfléchit en effet le pouvoir d’une manière spécifique, novatrice, en rupture avec les analyses traditionnelles, marxiste ou classique.

Pour Foucault, il faut rompre avec « le schéma de la propriété » qui suppose qu’une classe l’ait conquis. Le pouvoir n’appartient ni à quelqu’un ni à un groupe ; il n’y a de pouvoir que parce qu’il y a dispersion, relais, réseaux, etc. Cela ne veut pas dire pour autant que Michel Foucault rejette la réalité des luttes de classes. Il pense aussi, bien évidemment, que l’État joue un rôle considérable dans les rapports de pouvoir. Il ne nie pas l’existence des gens « bien placés », des places prépondérantes. Mais si la question qui consiste à se demander « qui a le pouvoir ? » a politiquement un sens, elle ne peut servir à une analyse historique. Il faut étudier le pouvoir comme une stratégie, la discipline comme une tactique. Foucault ne récuse aucunement le pouvoir des instances de décision mais oriente son analyse vers les mécanismes technologiques du pouvoir qu’il cherche à isoler. Son intérêt se dirige vers les relations de pouvoir qui, elles, excèdent toute personne, tout gouvernement ou appareil d’État mais aussi tout mode de production spécifique.

Précisons également que pour Foucault les résistances naissent partout où le pouvoir s’exerce. La résistance « n’est pas antérieure au pouvoir qu’elle contre. Elle lui est coextensive et absolument contemporaine. [...] Dès lors qu’il y a un rapport de pouvoir, il y a une possibilité de résistance ».

Fulvia Carnevale s’interrogera sur la plèbe, sur sa parenté avec « l’étranger » ou le « barbare » et sur son usage de la violence comme « moyen dur ». Pour illustrer son propos, elle s’arrêtera sur l’insurrection italienne de 1977 et sur le contre-sommet international de 2001 à Gênes. Jean-Vincent Holeindre désire, quant à lui, revenir sur l’utilisation par Foucault d’un lexique militaire (« guerre », « stratégie », tactique ») afin de saisir la fécondité de ces outils conceptuels dans les recherches contemporaines en philosophie politique. Audrey Kiéfer reviendra sur « l’indocilité réfléchie » de Foucault et sur son expérience au sein du Groupe d’Information sur les Prisons. Le GIP est moins une organisation qu’un certain type de mobilisation. Quelles sont donc ses modalités d’action si spécifiques ? Quel est donc ce nouvel agir politique ? Mathieu Potte-Bonneville suivra la trajectoire d’une notion, celle de « disciplines ». Il nous expliquera en quoi elle participe, selon lui, à un « scepticisme engagé ».

François Boullant, pour conclure cette première journée, reviendra sur une métaphore très employée par Foucault, celle de la « machine ». Il s’interrogera sur la prégnance de cette métaphore puis sur son caractère problématique.

La matinée du vendredi 17 décembre : « Sujet et subjectivation »

Les modes de subjectivation chez Foucault se réfèrent à deux processus. D’une part, les modes d’objectivation : le sujet est un objet historiquement constitué sur la base de déterminations qui lui sont extérieures. D’autre part, le travail sur soi : un certain nombre de techniques permettent de se constituer comme sujet de sa propre existence et de faire de sa vie « une œuvre d’art ». Il y a donc chez Foucault une tension au sein même de cette notion de subjectivation, tension entre l’assujettissement et l’invention du soi. Le lieu où l’invention du soi est possible n’est pas extérieur aux relations de pouvoir-savoir qui nous constituent. Il est, ici encore, question de résistance.

Carine Mercier défendra l’hypothèse selon laquelle il est possible de retrouver le projet d’une généalogie du sujet moderne (compris comme sujet psychologique) du début à la fin du parcours de Foucault. Cette analyse nous conduira donc de l’Histoire de la folie à L’herméneutique du sujet. Didier Ottaviani, lui, restituera l’évolution des modes de subjectivation au cours des différentes étapes de l’œuvre. Pourrons-nous trouver une signification commune à tous ces modes ou serons-nous contraints de reconnaître une transformation radicale de la doctrine ? Pascale Fautrier, s’intéressant aux pratiques de l’écriture, abordera un modèle de subjectivation spécifique. L’écriture est en effet pour Foucault un moyen de se réapproprier son propre rapport à soi. Cette réflexion croisera nécessairement d’autres thèmes de réflexion : la question du sujet donc, mais aussi celle du pouvoir.

Guillaume le Blanc, pour sa part, proposera une nouvelle lecture des Mots et les choses. Il faudra alors comprendre comment le sujet a pu, à un certain moment, devenir objet de connaissance et comment, inversement, la constitution des sciences humaines a modifié notre relation au sujet. Guillaume le Blanc mettra en avant les présupposés philosophiques qui, dans cet ouvrage, permettent de mieux comprendre la place qui est conférée par Foucault aux sciences humaines. « Il s’agira de se demander si une autre histoire des sciences humaines, inscrite également dans le pli anthropologique, est possible ».

L’après-midi du vendredi 17 : « Michel Foucault aujourd’hui »

Le dernier moment de cette rencontre se présente comme une ouverture sur notre propre actualité. Michel Foucault disait vouloir écrire non pour des lecteurs mais pour des utilisateurs. Il se définissait comme un « marchand d’instruments », voulait que ses livres soient des boîtes à outils. Il convient donc à notre tour de l’utiliser. Alain Brossat se propose de réfléchir sur un « supposé devenir-journaliste de Foucault ». A l’occasion du 20ème anniversaire de sa disparition, beaucoup de choses se disent. Il importera à Alain Brossat de rectifier ces propos pseudo-philosophiques ou totalement fallacieux. Pascal Michon se demandera si la pensée de Foucault, « construite en fonction des besoins d’une toute autre époque », est encore d’actualité. C’est en reliant trois thèmes de la pensée du philosophe (l’historicité radicale, le sujet et le pouvoir) que l’auteur de cette intervention formulera la pertinente actualité de Foucault. Comment, au travers de cette relation à trois termes, les outils conceptuels laissés par Foucault sont-ils capables de nous aider à penser notre « monde fluidifié par la mondialisation, l’Empire qui vient d’émerger et les modes d’action que nous pouvons éventuellement y envisager » ? Olivier Razac consacrera son intervention aux anciennes et nouvelles technologies du « biopouvoir ». Il utilisera ainsi le concept foucaldien pour comprendre les dispositifs post-disciplinaires propres à notre actualité. Il questionnera dans cette optique les nouveaux mécanismes de pouvoir (le bracelet électronique, la vidéosurveillance ou la prévention des facteurs de risque). Ces nouvelles technologies « suscitent des inquiétudes et des critiques et semblent être empêtrées dans des contradictions internes ». Les instruments de pensée laissés par Foucault permettront-ils de clarifier ces nouvelles techniques de contrôle sur la vie ?

Jean-François Puff, quant à lui, utilisera le concept de subjectivation (auquel nous aurons réfléchi durant la matinée) dans un tout autre domaine : la poésie. Quel peut en être l’usage dans la poésie aujourd’hui ? Mais « la poésie aujourd’hui » n’est pas synonyme de poésie contemporaine, il sera donc question ici « de montrer comment le concept de subjectivation permet de réviser certains pans de la tradition poétique, à commencer par le Moyen-Age » (poésie des troubadours, pratique de la fin’amors et « lyrisme personnel » issu de la chanson du jongleur).

Enfin, Jean Terrel usera de la notion foucaldienne de « souveraineté » (en particulier en référence au cours au Collège de France du 21 novembre 1973). Jean Terrel s’investira dans une relecture des textes que Bodin lui-même consacre à cette notion au Livre I des Six livres de la République. Foucault n’a jamais évoqué cet auteur du XVIème siècle mais la pensée qu’il nous a laissée permet à Jean Terrel de lire d’une manière nouvelle ces textes anciens.

Cette rencontre rassemblera des chercheurs et des doctorants de différentes disciplines alors nous essayerons, ensemble, de nous tenir à ce que Foucault disait à propos des tensions et incompréhensions qui peuvent exister entre les philosophes et les historiens :

Nous voulons que cette rencontre soit « non pas une “ rencontre interdisciplinaire” entre “ historiens” et “ philosophes”, mais un travail en commun de gens qui cherchent à se “dé-disciplinariser” » .

Voilà ce à quoi ce colloque s’engage...

Programme

Jeudi 16 décembre 2004

Michel Foucault et... (modérateurs : François Boullant et Jean-Vincent Holeindre)

  • 9h30 - 10h15 Guillaume Paugam (doctorant EHESS) « Kant / Foucault : une fascination réticente ».
  • 10h15 - 11h00 Jean-François Bert (doctorant Université de Metz/ERASE) « Michel Foucault historien du corps, historien tout court ? ».
  • 11h00 - 11h30 : pause
  • 11h30 - 12h15 Philippe Artières (LAHIC, CNRS) « Michel Foucault / George Perec - à mots croisés ».
  • 12h15 - 13h00 Sylvain Meyet (doctorant Institut d’études Politiques de Paris) « Jeux de miroirs foucaldiens. L’auteur Foucault au prisme transatlantique ».
  • 13h00 - 14h30 : déjeuner

Résistances et pouvoirs (modérateurs : Philippe Artières et Audrey Kiéfer)

  • 14h30 - 15h15 Fulvia Carnevale (École des Beaux-Arts de Valenciennes) « La plèbe ou l’étranger intérieur ».
  • 15h15 - 16h00 Jean-Vincent Holeindre (doctorant EHESS) « « Je suis un artificier » : Michel Foucault et la guerre ».
  • 16h00 - 16h45 Audrey Kiéfer (doctorante Université d’Amiens) « Le Groupe d’Information sur les Prisons : un nouvel agir politique ».
  • 16h45 - 17h15 : pause
  • 17h15 - 18h00 Mathieu Potte-Bonneville (classes préparatoires littéraires à Montreuil-sous-Bois) « Des corps disciplinés à l’âme disciplinaire : trajectoire d’une notion ».
  • 18h00 - 18h45 François Boullant (Lycée Jean-Baptiste Corot de Savigny-sur-Orge) « Le renard et la machine ».

vendredi 17 décembre 2004

Sujet et subjectivation (modérateurs : Jean Terrel et Jean-François Puff)

  • 9h00 - 9h45 Carine Mercier (doctorante Université de Paris 10-Nanterre) « Une généalogie du sujet psychologique moderne : l’histoire de la folie et l’herméneutique du sujet ».
  • 9h45 - 10h30 Didier Ottaviani (CERPHI) « Les modes de subjectivation chez Foucault ».
  • 10h30-11h00 : pause
  • 11h00 - 11h45 Pascale Fautrier (Université du Havre) « L’écriture comme pratique : technique de soi / gouvernement des autres ».
  • 11h45 - 12h30 Guillaume le Blanc (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3) « La configuration moderne des sciences humaines - relire « Les mots et les choses » ».
  • 12h30 - 14h00 : déjeuner

Michel Foucault aujourd’hui (modérateurs : Mathieu Potte-Bonneville et Pascal Michon)

  • 14h00 - 14h45 Alain Brossat (Université de Paris 8-Saint Denis) « Ontologie du présent et journalisme. A propos d’un supposé « devenir-journaliste » de Foucault ».
  • 14h45 - 15h30 Pascal Michon (professeur d’histoire, ancien directeur de programme au CIPH) « Historicité, sujet, pouvoir dans le nouveau monde fluide ».
  • 15h30 - 16h15 Olivier Razac (Université de Paris 8-Saint Denis) « Anciennes et nouvelles technologies du biopouvoir : une articulation efficace ».
  • 16h15 - 16h45 : pause
  • 16h45 - 17h30 Jean-François Puff (Paris 3 / Fondation Hélène Poidatz) « Fuir l’asphyxie : ressources du concept de subjectivation en poésie ».
  • 17h30 - 18h15 Jean Terrel (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3) « Le pouvoir de souveraineté : Bodin relu à la lumière de Foucault ».

Catégories

Lieux

  • Saint-Denis, France (93)

Dates

  • jeudi 16 décembre 2004
  • vendredi 17 décembre 2004

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Autour de Foucault », Colloque, Calenda, Publié le lundi 06 décembre 2004, http://calenda.org/197678