AccueilOrganismes : écriture et représentation du corps interne

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Publié le mercredi 26 octobre 2005 par Pierre Mercklé

Résumé

Séminaire annuel, Paris, première séance mercredi 16 novembre 2005, 17h30

Annonce

Le séminaire interdisciplinaire « Organismes : écriture et représentation du corps interne », rattaché à l’UMR 7171 « Écritures de la modernité » (Paris 3 / CNRS) se tiendra en 2005-2006 pour la troisième et dernière année. Voici le programme détaillé des manifestations prévues. Ce calendier, les archives des travaux déjà menés, plusieurs documents de travail, etc. sont accessibles à l’adresse : http://www.ecritures-modernite.cnrs.fr/organismes.html

Les séances auront lieu le mercredi, entre 17 h 30 et 19 h 30, en salle 410, au centre Censier (voir ci-dessous), à l’exception de la séance du 26 avril (ENS Ulm). Elles sont ouvertes à tous.

16 novembre 2005

  • Hugues MARCHAL et Anne SIMON : Bilan des travaux de l’année précédente et présentation du programme 2005-2006. 
  • Antonio RODRIGUEZ (Université de Lausanne) : Le ventre chez Max Jacob et ses enjeux lyriques

Max Jacob utilise un imaginaire corporel pour décrire certains enjeux du genre poétique. Il définit notamment différents styles, en valorisant celui du ventre face à ceux du cœur ou de la tête. Par ce repérage anatomique, cet auteur concentre les critiques typiques du début du XXe siècle face aux poésies didactiques, narratives, ainsi que face aux effusions problématiques du « lyrisme ». Le style du ventre permet une description positive d’une écriture lyrique renouvelée, qui renvoie à la vie affective et inconsciente travaillée par une distanciation. Bien que centrée sur Max Jacob, l’intervention fera des liens avec les perspectives plus larges d’une « modernité lyrique ».

Antonio Rodriguez enseigne à l’université de Lausanne où il est maître-assistant. Associé à l’UMR 7171, il a soutenu à Paris III une thèse sur la poétique du discours lyrique, reprise et prolongée dans deux ouvrages : Le Pacte lyrique, Mardaga (Philosophie et langage), 2003, et Modernité et paradoxe lyrique : Max Jacob, Francis Ponge (à paraître chez Jean-Michel Place en 2006). Il a co-dirigé avec Michel Collot le collectif Paysage et poésies francophones, PSN, 2005, et reprendra et dirigera en 2006 les Cahiers Max Jacob.

14 décembre 2005

Astrid BOUYGUES (Paris III) : Le corps révélé par le couteau : scènes de boucherie dans la poésie du XXe siècle

Au cours du XXe siècle, les sociétés industrialisées ont manifesté une tendance de plus en plus marquée à opérer une disjonction entre l’animal sur pied et le morceau de viande que nous achetons chez le boucher, a fortiori le morceau cuisiné que nous trouvons dans nos assiettes. Dans l’enquête ethnologique qu’elle a consacrée aux abattoirs des pays de l’Adour, Noélie Vialles a montré comment les « hommes de l’art » eux-mêmes déployaient plus ou moins consciemment des stratégies - factuelles, symboliques ou langagières - pour mettre à distance le corps animal et le transfigurer. Dans cette intervention, nous nous efforcerons de repérer les points de rencontre entre ces stratégies et la métaphorisation du corps, notamment du corps interne, telle qu’elle apparaît au XXe siècle dans des poèmes sur la boucherie. Nous tâcherons dès lors de déterminer les enjeux psychologiques et idéologiques d’une mystérieuse disparition, orchestrée par les tueurs et les bouchers, relayée ou dénoncée par les poètes : celle du corps de l’animal qui entre à l’abattoir. Ce qui est « révélé » par le couteau du boucher, est-ce bien l’intérieur d’un corps en effet ? Ou plutôt, à quel moment le corps sanglant, dépecé et morcelé, cesse-t-il d’en être un pour devenir « autre chose », qu’il s’agira encore d’essayer de définir ? Et enfin, pourquoi nous est-il si nécessaire qu’il en soit ainsi ?

Astrid Bouygues termine à l’université de Paris III-Sorbonne Nouvelle une thèse sur le « meurtre alimentaire » dans la poésie du XXe siècle, dans laquelle elle étudie les thèmes de l’abattage et de la boucherie-charcuterie. Dans le prolongement de ces analyses, elle s’intéresse tout naturellement à l’ensemble des « nourritures poétiques », mais surtout à l’archétype de la gueule dentée, à l’entredévoration animale et au cannibalisme, ce qui la conduit à s’interroger sur les frontières entre l’humain et l’animal. Longtemps Secrétaire générale de l’Association « Les Amis de Valentin Brû », qui se consacre à Raymond Queneau, elle a assumé la responsabilité de différentes rubriques dans la revue du même nom, puis en a été de 2002 à 2004 la secrétaire de rédaction.

4 janvier 2006

Philippe MET (University of Pennsylvania) : Corps à gore : imagerie du corps interne dans le cinéma d’horreur

Philippe Met enseigne la littérature et le cinéma à l’Université de Pennsylvanie (Etats-Unis). Il a publié de très nombreux articles dans les domaines suivants : poésie moderne et contemporaine, littérature fantastique, cinéma (film noir ou policier et film d’horreur, en particulier), bande dessinée. Il est l’auteur de Formules de la poésie. Etudes sur Francis Ponge, Michel Leiris, René Char et André du Bouchet (PUF, 1999), a dirigé un volume collectif consacré à André du Bouchet et ses autres (Ed. Les Lettres Modernes, 2003) et a participé à l’édition des Œuvres complètes de Francis Ponge dans la Pléiade. Il achève actuellement un manuscrit portant sur les fantômes de l’écrit fantastique (La lettre tue). Deux autres projets sont en cours : un livre sur l’esthétique du carnet poétique (Fausses notes), et un dictionnaire du film noir, co-écrit avec Frank Lafond.

8 février 2006

Agnès VANNOUVONG (Université de Paris VIII):  Plongée dans le corps queer : les « sublimes mutations » de l’intersexuation, d’Herculine Barbin à Del LaGrace Volcano et Orlan

Né.e dans le corps d’une femme puis assigné.e vingt ans plus tard au genre masculin, Herculine Barbin est l’un des cas d’intersexuation qui embarrasse la médecine depuis le 17ème siècle et fascine le collectif. Son journal intime, exhumé par Foucault, sème le trouble dans le genre (Butler) et invite à réfléchir à une écriture du corps interne et de l’intériorité relevant de l’autobiographie. Comment analyser une écriture qui fait jaillir l’intuition d’une indétermination sexuelle ? Si crise identitaire il y a, elle ne tient pas à l’affirmation d’une identité mais vient au contraire de l’impossibilité sexuelle d’une identité. Dès lors, plusieurs questions surgissent : dans ces zones d’interchangeabilité des corps et des sexes (on pense aux transsexuels et/ou transgenres), quelle est la frontière entre le corps interne et le corps externe, et où commence la sexuation ? Qu’engage la problématique de l’intériorité opposée à l’apparence ou au reflet ? En élargissant notre perspective, on se demandera si le corps n’est pas un espace sexuellement indifférencié eu égard aux transformations chirurgicales déployées en matière de greffe de langue, de foie, de rate, d’abdomen, de vagin, de pénis et bientôt de visage. Question subsidiaire : quand et pourquoi ouvre-t-on un corps et qu’il y a-t-il sous la peau ? Des organes sexués, genrés, neutres ? L’art du XXe siècle l’a suffisamment montré : le genre lui-même vit une crise identitaire que donne à voir l’œuvre photographique de Del LaGrace Volcano, Matthew Barney, Pierre Molinier ou encore Orlan. L’objectif de l’intervention sera d’appréhender sous un angle littéraire et esthétique la notion médicale d’intersexuation. Nous examinerons la façon de penser et de regarder plastiquement ces corps plurisexués, figures de l’écart et symboles de la discontinuité anatomique, ce qui nous amènera à une analyse critique foucaldienne de la production des corps normaux ou déviants.

Agnès Vannouvong termine à l’université de Paris VIII une thèse sur l’identité, le genre et l’image dans le théâtre de Jean Genet et dans la photographie contemporaine. Elle a mené ses recherches sur les gender studies à la State University of New York à Stony Brook et au Center of lesbian and gay studies comme Visiting Researcher. Elle enseigne à l’université de Marne-la-Vallée.

8 mars 2006

Henri ATLAN (EHESS) : L’utérus artificiel, une expérience de pensée

Après la pilule contraceptive, l’insémination artificielle, la fécondation in vitro, une prochaine étape sera l’utérus artificiel. Sans doute cette technique aura-t-elle d’abord des fonctions thérapeutiques, remplaçant les incubateurs actuels pour maintenir en vie les grands prématurés. Mais les techniques de procréation, initialement développées avec des finalités médicales de traitement de la stérilité ou d’avortements à répétition, débordent inévitablement ces indications strictement thérapeutiques. Les utérus artificiels seront utilisés pour des "désirs d’enfant" que la procréation naturelle, non médicalisée, ne permet pas de satisfaire. Tout en exposant les conditions de réalisation de l’utérus artificiel, Henri Atlan prend la mesure des retombées sociales et culturelles, économiques, politiques, religieuses, voire métaphysiques, de cette nouvelle technique. Outre la dissociation entre sexualité et procréation, c’est une asymétrie immémoriale qui disparaîtra dès lors que les hommes et les femmes seront égaux devant les contraintes qu’impose la reproduction de l’espèce. De quoi seront faits demain les genres masculin et féminin ? Continuant et achevant peut-être une évolution déjà commencée, la procréation sera de plus en plus médicalisée tandis que, paradoxalement, la parenté sera de plus en plus sociale, de moins en moins biologique. Mais si les mythes et la fiction peuvent ici éclairer la technique, le "meilleur des mondes" n’est pas assuré.

Henri Atlan est Docteur en médecine et Docteur es-Sciences d’Etat. Actuellement directeur d’études (Philosophie de la biologie) à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, il a été membre du Comité Consultatif National d’Ethique pour les Sciences de la Vie et de la Santé de 1983 à 2000. Il est l’auteur d’une théorie de la complexité et de l’auto-organisation, de nombreux travaux en biologie cellulaire et immunologie, en intelligence artificielle, en philosophie et en éthique de la biologie. Son œuvre, couronnée par de nombreux prix, est constituée d’ouvrages tels que La Fin du tout génétique ? Nouveaux paradigmes en biologie (INRA éditions, 1999), Les Etincelles de hasard (2 vol., Seuil, 1999 et 2003), Le Clonage humain (coll., Seuil, 1999), Des Chemins qui mènent ailleurs. Dialogues philosophiques (avec Roger-Pol Droit, Stock, 2005) ou L’Utérus artificiel (Seuil, 2005).

26 avril 2006

Monique SICARD (EHESS), Anne SIMON (UMR 7171), Hugues MARCHAL (UMR 7171) : La littérature face aux nouvelles images du corps

Séance conjointe du séminaire "Organismes" et du séminaire "Photographie : dispositif, installation" de l’École Normale Supérieure. Attention : le séminaire aura exceptionnellement lieu à l’ENS (rue d’Ulm), salle Dussane.

L’émergence et le déploiement de la photographie et de l’imagerie médicale et scientifique, au cours des XIXe et XXe siècles, ont mis en oeuvre des dispositifs d’observation du vivant radicalement nouveaux. Des connaissances, des pratiques inédites d’intervention sur les corps sont apparues à cette occasion. Mais ces technologies indiciaires de la trace et de la transparence ont aussi transformé les conceptions imaginaires du corps, rompant avec les inscriptions symboliques traditionnelles. Ces mutations ont fasciné certains écrivains et nourri leurs représentations. Ainsi, en 1917, Apollinaire place l’invention de Röntgen en tête de la liste des innovations qui l’incitent à vouloir une poésie nouvelle : "Quoi ! on a radiographié ma tête. J’ai vu, moi vivant, mon crâne, et cela ne serait en rien de la nouveauté ? A d’autres ! ". Pour cette séance commune exceptionnelle, dans un dialogue avec Monique Sicard et les membres de son séminaire, on s’interrogera sur les stratégies selon lesquelles une littérature « sous influence » a répondu à cette « nouveauté », pour la populariser, pour puiser dans les images du corps de nouveaux thèmes, ou pour y trouver de possibles modèles.

Monique Sicard (CNRS) est chercheur au Centre de Recherche sur les Arts et le Langage (CNRS/EHESS). Auteur de nombreux articles sur les relations entre science et photographie ou imagerie aux XIX et XXe siècles, elle a notamment publié L’année 1895, l’image écartelée entre voir et savoir (Les empêcheurs de penser en rond, 1995), et La Fabrique du regard, images de science et appareils de vision XV-XXe siècles (Odile Jacob, 1998).

10 mai 2006

Françoise DASTUR (Université de Nice Sophia Antipolis) Merleau-Ponty : du corps à la chair

Merleau-Ponty a, plus que tout autre philosophe contemporain, mis l’expérience corporelle au centre de sa réflexion. Parti des analyses que Husserl, le fondateur de la phénoménologie, a consacré à l’expérience du corps propre et en particulier à celle des sensations doubles qui sont le propre du sens du toucher, Merleau-Ponty est amené, dans sa dernière philosophie, à concevoir l’ensemble des rapports que le sujet entretient avec le monde et les autres comme des rapports de chair. On se propose de montrer la fécondité d’une telle pensée, aussi bien dans le domaine philosophique que dans le domaine esthétique, en mettant l’accent en un premier temps sur les analyses du membre fantôme, du schéma corporel, et de l’intentionnalité motrice que l’on trouve dans la Phénoménologie de la perception, puis en un deuxième temps sur les notions de chiasme et de réversibilité entre le sentant et le sensible qui forment l’armature de l’ontologie de la chair esquissée dans ce livre inachevé qu’est Le visible et l’invisible.

Françoise Datsur est professeur émérite de philosophie à l’Université de Nice-Sophia Antipolis où elle a enseigné de 1999 à 2003, après avoir enseigné à Paris I (Sorbonne) de 1969 à 1995 et à Paris XII (Créteil) de 1995 à 1999. Son travail porte plus particulièrement sur la phénoménologie et sur l’idéalisme allemand. Elle a fondé en 1993 l’École Française de Daseinsanalyse dont elle est la présidente et anime depuis cette date un séminaire où collaborent philosophes, psychiatres et psychothérapeutes. Elle a publié de très nombreux articles et une dizaine de livres. Dernières publications : Chair et langage, Essais sur Merleau-Ponty, Encre Marine, La Versanne, 2001 ; Heidegger et la question anthropologique, Peeters, Louvain-Paris, 2003 ; La phénoménologie en questions : Langage, altérité, temporalité, finitude, Paris, Vrin, 2004 ; Philosophie et différence, Chatou, La Transparence, 2004.

9 juin 2006

Journée d’études Projections : des organes hors du corps

Un appel à contribution sera diffusé lors de la première séance.

Informations pratiques

Lieu : salle 410 (quatrième étage). Université de Paris 3 - Sorbonne nouvelle Centre Censier 13, rue Santeuil 75231 Paris Cedex 05 Métro : Censier-Daubenton

ORGANISATION Hugues MARCHAL Maître de conférences en littérature française UMR 7171 "Écritures de la modernité" Université de Paris 3 Sorbonne nouvelle / UFR LLFL 13, rue de Santeuil - 75005 Paris http://www.ecritures-modernite.cnrs.fr marchal.hugues@wanadoo.fr

Anne SIMON Chargée de recherche CNRS UMR 7171 "Ecritures de la modernité" - Université Paris III 10 rue Robert Giraudineau - 94 300 Vincennes - France http://www.ecritures-modernite.cnrs.fr/cnrs_simon.html annesimon@club-internet.fr

Lieux

  • Sorbonne nouvelle - Centre Censier - 13, rue Santeuil
    Paris, France

Dates

  • mercredi 16 novembre 2005
  • mercredi 14 décembre 2005
  • mercredi 04 janvier 2006
  • mercredi 08 février 2006
  • mercredi 08 mars 2006
  • mercredi 26 avril 2006
  • mercredi 10 mai 2006
  • vendredi 09 juin 2006

Mots-clés

  • corps

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Organismes : écriture et représentation du corps interne », Séminaire, Calenda, Publié le mercredi 26 octobre 2005, http://calenda.org/197830