AccueilLa filiation recomposée : origines biologiques, parenté et parentalité

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Publié le vendredi 25 novembre 2005 par Pierre Mercklé

Résumé

Appel à contributions, revue Recherches Familiale. La revue Recherches Familiales, revue interdisciplinaire avec comité de lecture, appelle à contribution.

Annonce

Définissons en préalable les trois termes, permettant de penser la filiation contemporaine, qui composent le sous-titre de cet appel à contribution.

Selon nous, la première composante de la filiation est ce que nous pouvons appeler les « origines biologiques » : il s’agit du lien, établi par la génétique, qui relie ego à ses géniteurs. La seconde composante, la « parenté », est le lien généalogique, établi par l’institution, qui inscrit juridiquement ego dans une ou plusieurs lignée(s). C’est l’institution, par la coutume ou par la loi, qui arroge à ego sa parenté. La troisième composante, la « parentalité », s’inscrit plutôt dans le caractère domestique du rapport familial intergénérationnel : il s’agit du lien qui se construit dans « un foyer » entre ego, souvent un enfant, et ceux (ou celle/celui) qui en assurent la charge, l’éducation et qui, dans la vie quotidienne, font autorité. Ego peut ainsi appeler « parents » ceux qui l’ont engendré (origine biologique), qui en sont juridiquement le parent (parenté) ou qui tiennent un rôle parental dans le foyer (parentalité). Bien entendu, un seul parent peut également répondre à ces trois composantes. Ces trois termes permettent toutefois d’analyser plus en détail la diversité des relations et des liens de filiation formalisés établis au sein de la famille, la définition et les contours de cette dernière évoluant justement si on la fonde plus spécifiquement sur l’une ou l’autre de ces composantes.

D’un point de vue biologique, juridique ou social, des règles plus ou moins bien établies suggèrent, définissent, instaurent voire imposent des liens parentaux qu’ego peut ou doit établir avec ses divers types de parents ou ses divers types d’enfants, en termes dedroits et de devoirs : dation du nom, succession ou héritage -de titre, de statut ou de biens-, obligations diverses dont l’obligation alimentaire, interdits tel que l’inceste... A chacun des types de lien, ces obligations et droits diffèrent, se superposent ou se recoupent, sachant que cette architecture générale est sans cesse en renégociation. Etre « parent de... » ou « enfant de... » n’est pas seulement une relation interpersonnelle mais également une relation très fortement institutionnalisée.

Dans une société définie, l’individu se construit alors comme personne ou comme sujet dans son rapport à l’institution familiale, puisqu’elle lui reconnaît et pose des références et des limites qui lui permettent aussi d’effectuer des choix de vie. Selon ces aspects, aucun individu n’est sans famille : certes, parfois il n’a pas de liens de parenté avec des ascendants ou des descendants, mais il a toujours des origines biologiques (même si elles peuvent lui être méconnues), et il se construit assez souvent une parentalité.

L’institution familiale ne se définit alors elle-même que dans le cadre d’une société instituée. La famille se construit par la société, mais la société elle-même se construit aussi par la famille. Lorsque nous définissons la famille en privilégiant les origines biologiques et la parenté, nous mettons en avant le caractère instituant de la famille : la famille fait société puisqu’elle assure la transmission et la reproduction, tout en articulant la différence entre les sexes et les générations. Lorsqu’au contraire nous mettons en exergue la parentalité, l’aspect relationnel devient l’axe principal d’observation et d’analyse : la famille fait société puisqu’elle en constitue l’un des noyaux dans lequel se tissent et perdurent l’éducation, les liens de solidarité, etc. C’est pourquoi d’ailleurs, quand l’une de ces composantes n’est pas reconnue institutionnellement, les citoyens qui se sentent négligés n’ont de cesse de réclamer cette institutionnalisation, et assez régulièrement, une formalisation par le juridique (exemples : reconnaissance du rôle des grands-parents ou des beaux-parents ; reconnaissance de l’homoparentalité ou homoparenté ; droit à connaître ses origines ; etc.). La réponse institutionnelle qui leur est alors souvent apportée, en cas de refus, est que l’élargissement des liens existants à d’autres rôles familiaux risque de diluer le sens et le statut de chacune des composantes de la filiation, voire de remettre en cause l’architecture générale de l’institution familiale, et, partant, de la société.

1-Étude générale de l’un des aspects de la distinction ternaire origines biologiques/parenté/ parentalité, d’un droit ou un devoir se rattachant à l’un ou à l’ensemble de ces aspects

Les articles pourront porter sur ces définitions et les limites de cette catégorisation des divers types de liens établis entre ego et ses « parents ». Comment la société et le droit reconnaissent-ils cette distinction, et comment établissent-ils des droits et devoirs distincts dans diverses configurations familiales ?

Par exemple, reconnaît-on dans les textes législatifs -et si la réponse est positive dans quelles limites- la parentalité ? Nous avons fait le choix en préalable de la définir par l’unité de vie, en privilégiant l’aspect domestique. Mais il est également possible de se fonder sur des liens interpersonnels (exemple : assurer la charge matérielle d’un enfant, ou son éducation), un lieu (habiter dans le même domicile, le « foyer ») ou alors sur des statuts (ex : être époux/épouse ou concubin/concubin de l’un des parents, grand-parent, frère ou sœur, demi-frère ou demi-sœur, etc.), sachant qu’il est également possible de coupler ces critères. Quels seraient les apports et les limites de cette reconnaissance, selon ces divers critères, et comment cette parentalité se conjuguerait avec la parenté, notamment en termes dedroits et de devoirs (principe de subsidiarité : la parenté prime la parentalité, distinction entre chaque droit et devoir...) ?

Les articles pourront aussi s’attacher à étudier l’un des aspects plus précis de droit ou de devoir, en se fondant toujours sur cette distinction ternaire. Par exemple, si la connaissance de ses origines biologiques est un droit intangible, comment cela se traduit-il dans les situations d’accouchement sous X, de la procréation médicalement assistée, de l’adoption plénière, de la monoparentalité sans connaissance du père, de l’homoparenté, etc. ? Comment ce droit individuel compose-t-il alors avec d’autres droits, par exemple celui de l’anonymat de la mère -accouchement sous X- ou de l’anonymat des origines biologiques en cas d’adoption plénière ?

Prenons comme autre exemple le débat sur la nécessité ou non d’assurer pour un enfant la bipolarité des sexes dans la « fonction parentale » afin de favoriser une construction psychique harmonieuse du sujet (ce serait l’un des fondements de l’identité et de l’altérité). Ce « devoir » envers l’enfant -si cette « nécessité » est reconnue comme telle- est une problématique qui concerne a priori diverses configurations parentales, que nous considérions cette bipolarité sur le plan de la parenté ou sur celui de la parentalité : monoparenté, monoparentalité, homoparenté, homoparentalité. Dans quel contexte cette bipolarité semblerait-elle une absolue nécessité pour le développement psychique harmonieux de l’enfant ? Comment est-elle reconnue ou interdite dans la loi ? Est-ce que une hétéroparenté peut par exemple « combler » une mono ou une homoparentalité ? La question inverse se pose également. Est-ce que par ailleurs cette bipolarité doit être incarnée par un couple qui assure la parenté ou même la parentalité ? 2- L’étude d’une configuration familiale sous l’angle de la distinction origines biologiques/parenté/parentalité

Au lieu d’étudier des thèmes transversaux (le droit à connaître ses origines biologiques, la nécessaire bipolarité des sexes pour le développement psychique de l’enfant... évoqués en exemples ci-dessus), les articles peuvent au contraire étudier une configuration familiale contemporaine et éclairer comment se conjuguent entre eux, sur un plan juridique, relationnel, ou même administratif, ces divers aspects de la filiation. Par exemple, comment se définissent ou se reconstruisent les origines biologiques, la parenté ou la parentalité dans le cadre d’une famille ou l’un des enfants est adopté et/ou s’il est issu d’une procréation médicalement assistée (en distinguant en outre les diverses techniques) ? Idem dans le cadre de ce que nous appelons communément aujourd’hui la famille recomposée ? La famille homoparentale se distingue-t-elle, que ce soit dans le cas d’union de deux adultes dont l’un a déjà eu un enfant dans le cadre d’une union hétérosexuelle, ou dans le cas de l’arrivée d’un enfant dans un couple homosexuel ? Dans ce dernier cas, existe-il des différences, et le cas échant lesquelles, sur le plan juridique, administratif, social, etc. selon le mode de « procréation » de cet enfant (ex : PMA, adoption, etc.) ?

Dans cette étude de configuration familiale, l’article proposé peut également s’attacher à une analyse circonstanciée (en s’appuyant sur cette distinction ternaire origines biologiques/parenté/ parentalité) des configurations familiales dans d’autres contextes culturels, voire analyser les liens établis entre cette distinction ternaire et un autre aspect de l’ « institution familiale », tel que par exemple le mariage. En France, le mariage a des conséquences directes sur la parenté (ex : présomption de paternité, reconnaissance automatique en paternité des enfants de l’épouse déjà nés sans « père » reconnu...). Comment cette interaction entre mariage - origines biologiques/parenté /parentalité se conjuguent-ils dans d’autres aires culturelles ou dans d’autres systèmes juridiques ?

3-L’institution : entre débat public et application de règles et du droit

Comment se construit l’institution, comment évolue-t-elle ? Sur ces diverses questions, différents acteurs interviennent pour éclairer ou complexifier le débat, voire faire évoluer le droit ou les politiques publiques : les questions « techniques » de type médical, le législateur ou les associations diverses, les valeurs morales et/ou religieuses, d’autres valeurs mises en avant (exemple : droits de l’homme, égalité des sexes, défense des droits de la femme, etc.) sont autant d’éléments qui entrent en compte dans ce vaste forum public « hybride ». Parfois des revendications parcellaires de groupes constitués posent des nouveaux enjeux et obligent les divers acteurs à préciser leurs positions ou même à les redéfinir. Sur ces questions qui deviennent de véritables « questions de société », il s’agit alors d’étudier la construction du débat, des opinions, ainsi que celle du droit et des politiques publiques qui en émergent.

En aval, les différents exemples mentionnés auparavant nous montrent qu’un droit ne peut être appliqué uniquement par un système juridique isolé. Il a besoin d’un système médical et/ou social pour qu’il devienne effectif. L’établissement des origines biologiques est l’exemple le plus éclairant : des progrès techniques ont fait évoluer le droit, et celui-ci fait appel à des « preuves » scientifiques (via la génétique) pour être appliqué. Des questions analogues se posent entre l’application du droit qui nécessite -ou se heurte- à des systèmes divers (notamment une organisation administrative), voire des politiques publiques adaptées (notamment en termes deprestations et de services) pour que ces divers droits et obligations soient effectifs. Aujourd’hui par exemple, un droit nouvellement acquis, la possibilité -très encadrée et sous certaines conditions- d’accès aux origines maternelles pour les personnes issues d’un accouchement sous X, repose -et de ce fait le rend absolument nécessaire- sur un système administratif bien organisé et pérenne, ne serait-ce que pour la conservation confidentielle des documents, y compris de l’éventuelle lettre personnelle à remettre à l’enfant à sa majorité.

L’objectif de ce dossier thématique est alors, sur la base de cette distinction ternaire origines biologiques/parenté/parentalité, de penser la filiation, et, partant, de penser la famille contemporaine au sein de la société. La question sous-jacente est finalement : selon le contexte, qu’est-ce qui fait famille ? Tout en privilégiant les articles qui se fondent sur des études de terrain, toutes vos propositions d’article, puis les articles retenus, quelles que soient les disciplines privilégiées, contribueront à apporter quelques éléments de réponse.

Indications techniques

1- Article : 30 000 caractères, notes de bas de page et espaces compris. L’article doit être accompagné d’un résumé de 700 à 900 caractères, espaces compris.

2- Références : Ne pas utiliser le système américain (nom de l’auteur et page entre parenthèses) mais le système « français » de référence intégrale en note de bas de page. 3- Notes de bas de page : Utiliser ce système de renvoi de note de bas de page (Tout article ne respectant pas ces indications devra être modifié par l’auteur) :

Jean-Michel CHAMONT, Hervé POURTOIS, « Introduction », Recherches sociologiques, Louvain la Neuve, XXX (2), pp. 3-11, 1999, p. 4. Michel PERONI, « Le social et la politique », Informations sociales. Travail social : l’individu, le groupe, le collectif, Paris, CNAF, n° 83, 2000, pp. 134-135. Jean-Noël CHOPART (dir.), Les mutations du travail social. Dynamiques d’un champ professionnel, Paris, Dunod, 304 p., 2000.

Les articles sont soumis au comité de lecture. Nous vous rappelons égalementque vous pouvez nous proposer des articles « hors thème » (30 000 signes) pour la partie « Travaux », ainsi que des notes de lecture critique (8 000 signes). Envoyer votre article (fichier en format word ou rtf) par courrier électronique conjointement à : gseraphin@unaf.fr et recherches.familiales@unaf.fr .Un accusé de réception vous sera envoyé.

Dates

  • samedi 31 décembre 2005

Mots-clés

  • famille

URLS de référence

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La filiation recomposée : origines biologiques, parenté et parentalité », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 25 novembre 2005, http://calenda.org/197840