Accueil« Qu'est-ce qu'on fabrique ? L'activité de travail et ses produits. regards croisés »

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Publié le lundi 23 janvier 2006 par Pierre Mercklé

Résumé

Appel à communications, réseau « Travail, activité, techniques », Congrès de l'AFS, Bordeaux, septembre 2006 Dans le cadre du second congrès de l'Association française de sociologie, qui se tiendra à Bordeaux du 5 au 8 septembre 2006, le réseau thématique n°23 « Travail, activité et techniques » (précédemment « Sociologie du travail et activité »), attend des propositions de communication autour du thème : Qu'est-ce qu'on fabrique ? L'activité de travail et ses produits. Regards croisés

Annonce

Le débat des années 1990 sur la « fin du travail », « valeur en voie de disparition », a principalement envisagé le travail, dans la tradition d’H. Arendt, sous l’angle de la peine, de la contrainte ou de la dépense. Mais celles-ci n’ont de sens que relativement au produit. C’est probablement l’un des résultats du tournant descriptif et pragmatique que d’avoir réinscrit le travail dans son contexte social effectif au lieu de l’envisager comme une valeur idéelle. La prise en compte du travail concret suppose alors, pour en comprendre le sens, de le lier à ce qu’il produit. Le cadrage du travail ne peut en effet être réduit à ses modalités sociales spécifiques (salariat, indépendance, association, bénévolat, intermittence, etc.). Il est aussi donné par la finalité et la matérialité même de l’activité.

Cet appel à contribution invite à partir du constat que l’activité de travail et ses produits, ou « valeurs ajoutées », restent encore largement à explorer : que fait-on aujourd’hui quand on travaille ? Il s’agit de se demander à la fois « qu’est-ce qu’on fabrique » et « qu’est-ce qui se fabrique ? ». Certes, à l’évidence, le travail produit des objets et des services, mais ne produit-il pas aussi indissociablement des institutions, des mondes, des relations, des usages de soi ? Des habitudes de pensée et d’action ? Des capacités, de la conviction, des intentions ? De la familiarité, des affects ? Des repères pour l’action, des espaces et des objets appropriés ?

Dans quelle mesure le sens du travail - accompli ou en actes - réside-t-il alors dans ce couplage entre une activité (toujours incarnée, collective et équipée) et ses produits ? Suivant quelles méthodologies peut-on envisager son étude ? Quelle unité d’analyse se donner ?

Ces questions s’appliquent à ceux dont nous étudions le travail, autant qu’à « nous », chercheurs. La posture classique du scientifique en surplomb ou, autre version, de l’analyste en mission, rencontre en effet aujourd’hui ses limites. Sa fécondité heuristique s’est épuisée avec la mise en cause de la capacité du « savant » à être extérieur au monde. L’analyse de l’activité des producteurs de biens ou de services, des concepteurs, des organisateurs est bien inséparable de la notre, producteurs de données, d’outils, de concepts et de connaissances censés en rendre compte.

A partir de cas empiriques précis, les contributions pourront articuler les trois dimensions suivantes :

1. Le travail et ses productions

Qu’est ce qu’on fait et qu’est ce qui se fait aujourd’hui quand on travaille ? Qu’est ce que l’analyse des activités de travail nous apprend sur nos manières d’être ensemble ? Comment contribuons-nous, au travail, à fabriquer la société dans laquelle nous sommes, et à nous fabriquer nous-mêmes ? Les contributions interrogeront simultanément le produit du travail des chercheurs : à quoi cela sert-il d’étudier le travail ? Elles avanceront toujours des matériaux empiriques tangibles.

Parmi les thématiques autour desquelles des contributions sont attendues, citons :

• La subjectivité au travail. Bien des approches théoriques (cognition distribuée, ethnométhodologie, anthropologie des sciences et des techniques, etc.) auxquelles nous empruntons outils et hypothèses, dans leur refus du « mentalisme » et des « représentations », ont écarté la question de la subjectivité au travail. A l’opposé, la clinique et la théorie de l’activité (Y. Schwartz, Y. Clot, Y. Engeström etc.) ou la psychodynamique du travail nous offrent de la réintroduire dans nos analyses. Par quelles voies et sur quels aspects peut-on tirer parti d’une articulation de ces différentes approches ? Comment s’en saisir sans revenir au « sujet » comme entité substantielle ? Quelles sont les limites de nos bricolages ? Peut-on dissocier l’individuation d’une subjectivité, de celle d’objets, d’événements, de situations ? Le travail en acte n’est-il pas à la fois production d’intentions, d’affects, d’émotions et configuration ou appropriation de milieux de travail ? Quel rôle tiennent dans ce processus créatif les formes et les significations instituées, les « us et coutumes » de collectifs de travail ?

L’identification du produit comme valeur. Qu’est-ce qu’on produit et comment on produit ? Une telle interrogation n’est pas sans lien avec la question économique, soit celle de la reconnaissance du produit comme valeur. Les économistes contemporains ne saisissent en général la valeur qu’à travers le prix d’un produit déjà là dans l’instantanéité temporelle du marché. On attend ici des contributions qui avancent au contraire dans la voie d’une sociologie de la production, en dégageant la dynamique sociale de la production de valeurs, au sens général du terme. Elles pourront aussi lancer un pont vers la sociologie économique, en s’interrogeant in fine sur la reconnaissance de ces valeurs par le marché.

• La socio-genèse des catégories. Les produits du travail, ce sont aussi ses effets sur le travailleur. A travers quelles catégories l’engagement du corps dans l’activité de travail se dit-il aujourd’hui dans les milieux de travail ? Quelles évolutions ont-elles connues au cours du 20e siècle, aussi bien dans les sciences du travail que dans la pratique gestionnaire ? La capacité à « gérer du signe », le « stress », les « troubles musculo-squelettiques » ont-ils par exemple évincé les modèles de la charge, de la dépense physique ou de la force nerveuse, davantage issus quant à eux de la physique que de la cybernétique, de la psychologie ou des théories de l’information ? A travers quel lexique le travail peut-il se dire aujourd’hui ?

2. Le travail et ses circonstances

Si des choses sont produites au cours de l’activité de travail, c’est toujours dans certaines circonstances : à l’occasion de moments particuliers d’épreuve, ou face aux problèmes qui trament le fil de l’activité. Etudier ce qui se fabrique, c’est donc aussi se pencher sur les problèmes qui font l’épaisseur et la singularité de tout espace productif. A travers l’étude de cas concrets, partant de l’activité de travail elle-même, il s’agira de documenter les formes que prend aujourd’hui la contrainte productive dans les milieux de travail.

• Des objets de travail symboliques. La part croissante des activités symboliques et informationnelles (papier, écran, etc.), au détriment des manipulations matérielles directes, est caractéristique des milieux de travail contemporains. L’automation, qui marque les logiques productives, aussi bien dans le secteur industriel que dans le tertiaire, engage en particulier des environnements techniques complexes. Quels sont alors les problèmes productifs associés à un travail de plus en plus médiatisé par des artefacts, prenant en charge une grande partie de l’activité ? Comment caractériser les exigences propres à des situations de travail riches en « raison graphique », en médiations électroniques, etc. ? Quelles formes prennent les engagements émotionnels, la mobilisation du corps et des sens dans l’activité ? • Le règne de l’aléa. L’avènement d’une économie tournée vers la production de services contribue, avec l’informatisation de la production industrielle et des services, à faire évoluer profondément la nature et le contenu des activités de travail. La gestion d’aléas, la réaction en temps réel à des pannes, des incidents, des évènements, des demandes singulières, la confrontation à des innovations incessantes de produit ou de technologies gagnent bien souvent le cœur de l’activité de travail. Quels sont les effets de ces nouvelles épreuves sur ce qui se fabrique dans le travail ? Sur la genèse de routines, d’habitudes ? Les contributions pourront aussi se pencher sur les formes d’engagement dans l’activité, entre ennui et créativité, focalisation et circulation, assurance et vulnérabilité, etc. ; mais aussi sur la nature des collectifs de travail, les relations à l’apprentissage et au désapprentissage, ou encore l’éventuelle genèse, dans de tels contextes, de nouveaux savoir-faire ou pouvoir-faire, etc.

3. Le travail des sociologues du travail

L’étude des activités de travail telle qu’envisagée dans ce réseau passe par l’articulation d’une pluralité d’approches théoriques, disciplinaires mais aussi méthodologiques (ethnographie, archives, entretien, vidéo, analyse conversationnelle, auto-confrontation, etc.). Pourtant, les modalités concrètes de ces arrangements ne vont pas de soi. Tant l’heuristique des croisements possibles que les risques que représentent certaines divergences méritent d’être questionnés de front. Certaines contributions sont ainsi attendues pour aborder directement ces questions :

• Autour des méthodes elles-mêmes. Comment saisit-on les activités de travail ? Comment produit-on les données ? Comment s’opère concrètement l’articulation des méthodes ? À quel titre ?

• Autour de la description. Par quels moyens rendre compte des situations observées ? Comment donne-t-on à voir l’activité ? Selon quelles modalités d’exposition ?

• Autour de l’administration de la preuve. Quelles manières de faire preuve se stabilisent dans une perspective qui fait le pari du métissage disciplinaire ? Comment méthodes d’enquêtes et descriptions s’agencent-elles en pratique dans l’écriture scientifique ? En quoi offrent-elles des appuis utiles ou, au contraire, des limites à l’argumentation sociologique ? Quels sont les formats et les formules à travers lesquelles les sociologues du travail peuvent échanger et rendre palpables leurs démonstrations ?

D’une façon générale, pour que les six sessions de deux heures que nous tiendrons soient des moments de discussion, où chacun participe à l’enquête en train de se faire, on veillera à ce que les faits présentés soient « discutables ». Pour donner à voir une sociologie au travail, on pourra donc renoncer aux signes du travail fini et présenter les matériaux bruts, les supports concrets de l’analyse, au-delà des classiques citations d’entretiens ou des « vignettes illustratives ». Dans la catégorie des matériaux, nous rangeons à égalité les sources statistiques, documentaires, orales, d’observation, archivistiques, vidéo, etc.

Les propositions de communication devront fournir des indications sur ce dernier point.

Elles devront être envoyées aux co-responsables du réseau avant le : 28 février 2006 Adresses d’envoi : alexandra.bidet@noos.fr et thierry.pillon@wanadoo.fr

Site web : http://www.afs-socio.fr/rt23

Les propositions seront évaluées et sélectionnées par le bureau du réseau thématique : compte tenu du temps limité dont nous disposons (six sessions de 2 heures), et de la nécessité d’entrendre et de discuter les exposés présentés, toutes les propositions ne pourront malheureusement pas être retenues. Les résultats seront communiqués aux auteurs le plus rapidement possible, avant le 15 avril 2006. Les textes complets des communications devront être envoyés avant le 15 juillet 2006.

Lieux

  • Bordeaux, France

Dates

  • mardi 28 février 2006

Mots-clés

  • travail

URLS de référence

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« « Qu'est-ce qu'on fabrique ? L'activité de travail et ses produits. regards croisés » », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 23 janvier 2006, http://calenda.org/197874