AccueilImmigration, Transit et Rétention : Le Maghreb à l'épreuve des circulations transsahariennes

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Publié le mardi 27 juin 2006 par Pierre Mercklé

Résumé

Appel a communications, Colloque International, Marseille, 2-4 novembre 2006 Colloque international organisé par l'IREMAM (Institut de Recherches et d'Études sur le Monde Arabe et Musulman) sous la responsabilité de Ali BENSAÂD.

Annonce

L’immigration est désormais un fait sociétal et spatial majeur au Maghreb. Majeur et inédit. Inédit pour un espace traditionnellement d’émigration, une émigration qui marque fortement ses structures démographiques et socio-économiques. Mais inédit aussi parce qu’il advient alors que cet espace continue à être un important émetteur de flux migratoires. Inédit enfin parce que l’immigration n’obéit pas aux mêmes processus à l’origine de son émergence dans certains pays de la rive Nord Méditerranéenne qui ont connu le passage de l’émigration à l’immigration.

Au-delà de l’importance de la dimension quantitative de sa présence, l’irruption puis l’affirmation de l’immigration modifie substantiellement les perspectives des problématiques sociétales et spatiales dans ces traditionnelles terres d’émigration et qui continuent à l’être. Elle est une nouvelle donne qui interagit fortement avec l’espace et les sociétés du Maghreb et contribue à en précipiter les évolutions.

Mais au delà des spécificités de cet espace, elle participe d’un mouvement global de reconfiguration migratoire qui touche autant les profils des migrants, leur catégorisation que les formes de la circulation, ses contraintes, les destinations et les itinéraires devenus multidimensionnels et qui propulsent le Maghreb sur leur trajectoire.

Si cette immigration a commencé par concerner les régions sahariennes où elle continue à être fortement présente, aujourd’hui, elle se diffuse jusqu’aux métropoles littorales du Nord du Maghreb dont elle alimente les économies et marque les territorialités. Enfin, en se greffant sur une circulation euromaghrébine qu’elle amplifie, elle se projette dorénavant, pour une large part, sur l’Europe même si elle n’y aboutit pas souvent. Cette nouvelle projection, en plus d’être un facteur de décuplement des flux, place dorénavant le Maghreb au centre d’un dispositif relationnel qui, débordant le cadre traditionnel euromaghrébin, prend une dimension intercontinentale et pose la question des migrations vers et par le Maghreb comme un des enjeux des relations internationales.

Aussi, en plus de stimuler des mutations sociétales et spatiales dont il est nécessaire de mesurer les effets, elles constituent un outil d’interrogation et d’analyse des mutations de l’espace maghrébin et des modalités de son insertion dans le processus de mondialisation notamment sa projection comme « cordon sanitaire » de l’Europe

Si, aujourd’hui, une part importante des flux migratoires finit par être captée par l’Europe et se trouve être tendue vers elle, ceux-ci ne sont pas tributaires de la seule attraction européenne.

La réactivation des circulations transsahariennes, aux lendemains des indépendances, est d’abord le produit du développement et du rapprochement, à travers le Sahara, entre rive maghrébine et rive sahélienne. Sous leurs diverses formes, migrations de travail et commerce informel notamment, ces circulations n’ont concerné, initialement, que le Sahara et notamment les régions des pays pétroliers qui ont fonctionné comme un appel à l’échelle de tout cet espace. Mais au-delà de celui-ci, ces flux tissent dorénavant leur trame jusqu’aux métropoles littorales dont les espaces sont affectés autant comme réceptacles d’une immigration dont la diffusion gagne de plus en plus le Nord que par la fonction de relais comme portes Sud de l’Europe. Produits du développement et de l’ouverture du Maghreb, à travers le Sahara, sur la rive sahélienne, ces flux marquent dorénavant le nouvel ancrage méridien des différents espaces nationaux maghrébins et l’affermissement de leur jonction avec l’Afrique Noire. Cet ancrage méridien n’a cessé de s’affirmer depuis les indépendances à mesure de leur développement et révèle la profondeur historique et géostratégique africaines des pays du Maghreb. Celle-ci est bien illustrée par les différentes routes transsahariennes concurrentes, l’importance des flux d’échanges informels qu’elles portent ou l’explosion urbaine aboutissant à l’émergence de places d’échanges et de transit qui, à l’image d’Agadez, Sebha ou Tamanrasset constituent, démographiquement du moins, de véritables « Tour de Babel » africaines. Mais les métropoles littorales, Alger, Oran, Rabat ou Tripoli ont également leurs « quartiers africains ».

Un réseau relationnel dense et transnational déploie ainsi ses trames du Sahel à la Méditerranée.

Quels nouveaux territoires sont ainsi dessinés et comment le mouvement y fait-il lien entre ses relais ? Et comment, par les flux qui l’anime, pèse t-il sur les espaces régionaux, les territorialités des villes, sur leur positionnement dans le réseau urbain et l’échelle de leur système relationnel ? Comment les différentes circulations (commerçantes, de travail, de transit ou religieuses) se croisent et se nourrissent ? Quelles sont les sociabilités mobilisées et celles produites ? Le transit générant une « économie du voyage », quelle place occupent ces flux dans l’économie de ces villes et en quoi en affectent ils les espaces ? Structurées par les migrants eux-mêmes qui y réinvestissent leur expérience de mobilité, comment s’organisent ces filières et quels autres acteurs (commerçants, transporteurs, agents d’Etats etc..) s’y insèrent et comment, les migrants, malgré leurs origines divers, organisent-ils la coopération autour de leur complémentarité ? En greffant leur circulation sur une circulation euro-maghrébine antérieure, comment et quelles « entrées » et quels interstices empruntent-ils pour se connecter aux populations locales et éventuellement croiser leurs compétences dans la mobilité ? Et enfin, dans un contexte international d’assignation du Maghreb à un rôle de barrage de rétention et de répression de ces flux, quels changements et quel devenir pour les supports spatiaux de ces flux ?

Par effets croisés d’une circulation de travail et commerçante vers les régions sahariennes ou les métropoles du Nord, ceux d’un transit par étape qui dure, ceux du durcissement de la politique européenne de répression qui rabat les migrants sur le Maghreb et enfin ceux d’un « effet de nasse » au Maghreb même, celui-ci se transforme, graduellement et de fait, en espace d’immigration.

Malgré le chômage endémique qui y sévit et les effets déstabilisant des plans d’ajustement structurels, les migrants africains investissent le marché de l’emploi. En dehors des régions sahariennes et de certaines « niches » marginales comme la récupération, ils intègrent, y compris au Nord, des secteurs comme le BTP, les services et la confection ou plus spécifiquement la domesticité. Sur quels facteurs se fonde leur intégration à ce marché notamment par rapport aux travailleurs locaux et quelle forme prend- elle notamment en terme de traitement et de conditions de travail ?

Si aucune disposition légale ne prend en compte la réalité de l’installation de ces migrants, dans les faits, l’attitude des autorités, oscillant entre tolérance et répression, est caractérisée par une ambiguïté qui en garantit la précarité et la réversibilité. L’interférence européenne, en vue de faire jouer au pays maghrébins un rôle de rétention, a eu, par contre, pour effet de pousser les Etats maghrébins à durcir un dispositif répressif et des mesures législatives qui ne compliquent pas seulement les tentatives de passage en Europe mais perturbe les circulations, y compris celles, traditionnelles, commerçantes et de travail. Déterminant pour une part essentielle les rapports du Maghreb à l’Europe qui veut y externaliser la gestion de la question migratoire, cette répression complique ses relations avec les autres pays africains et au-delà des atteintes aux droits des migrants, rétrécit, pour les sociétés locales, un espace démocratique déjà fortement limité. Quelle est la réalité de l’impact sur l’Europe de flux migratoires qui y aboutissent peu ? Comment s’expriment les enjeux de la question migratoire dans le système relationnel du Maghreb ? Quelles formes a pu prendre cette répression depuis les refoulements jusqu’aux camps de rétention en passant par les nouvelles législations restreignant la circulation au Maghreb et quels ont pu en être les effets sur les migrants mais également sur ses sociétés locales ? En quoi cette question peut être un catalyseur des sociétés civiles maghrébines ?

En plus de poser un problème sociétal inédit, l’immigration africaine survient dans des pays caractérisés par un important déficit social et des sociétés locales fragilisées. Comment, dans un tel contexte, ces dernières intègrent et traitent la présence des migrants ? Quels points d’ancrage et de contact y trouvent ces derniers et comment s’y adaptent-ils ? Si la xénophobie est une réalité, un processus plus complexe de mise ne contact et de rapprochement se réalise et qui participe d’un rapprochement et d’une intégration par « le bas » entre deux aires géo-civilisationnelles qui ont déjà sédimenté un passé commun fait d’intenses échanges. Comment les sociétés maghrébines intègrent-elle cette altérité, nouvelle par rapport au regard du Nord, miroir unique auquel s’est habituée à être formulée l’interrogation sur soi ? Et comment ces migrations en réintroduisant le cosmopolitisme par la « marge » reformulent la question du rapport à l’autre en introduisant un autre « autre » : l’immigré dans des terres d’émigration ?

Et, en somme, dans ce processus de « contraction » du Monde mettant des « Sud » de plus en plus « profonds » en confrontation inédite directe avec l’Europe et confrontant et rapprochant d’abord ces « Sud » entre eux, quel destin pour le Maghreb ?

Calendrier :

Les résumés doivent parvenir avant le 05 septembre 2006 et être adressés par mail à l’adresse suivante : bensaadali@hotmail.com

Les communications retenues doivent parvenir avant le 05 octobre à la même adresse.

Comité Scientifique du Colloque

Michel AGIER EHESS et IRD Paris

Abdelkrim BELGUENDOUZE Université de Rabat

Ali BENSAÂD IREMAM Université de Provence

Marc CÔTE IREMAM Université de Provence

Philippe FARGUES Institut Universitaire Européen Florence

Patrick GONIN MIGRINTER Université de Poitiers

Emmanuel MA MUNG MIGRINTER Université de Poitiers

Alain TARRIUS CERS Université de Toulouse Le Mirail

Jérôme VALLUY CRPS et TERRA Université Paris Sorbonne

Comité d’Organisation du Colloque

Ali BENSAÂD : bensaadali@hotmail.com

Mehdi ALIOUA mehdialioua@hotmail.com

Delphine PERRIN perrindelphine@free.fr

Le colloque est organisé en partenariat avec le réseau « Terra »

Le colloque se tiendra le 2, 3 et 4 novembre 2006 à Marseille à la salle de conférences de la bibliothèque régionale « Alcazar », cours Belsunce.

Pour de plus amples renseignements veuillez contacter les personnes suivantes:

Ali BENSAÂD : bensaadali@hotmail.com

Mehdi ALIOUA mehdialioua@hotmail.com

Delphine PERRIN perrindelphine@free.fr

Lieux

  • Marseille, France

Dates

  • mardi 05 septembre 2006

Mots-clés

  • migrations

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Immigration, Transit et Rétention : Le Maghreb à l'épreuve des circulations transsahariennes », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 27 juin 2006, http://calenda.org/197972