AccueilInstitutions : la voix des acteurs faibles

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Publié le vendredi 29 septembre 2006 par Pierre Mercklé

Résumé

Journées d'études, Genève, jeudi 12 octobre 2006.

Annonce

L’objectif scientifique de ces journées est d’appréhender la relation entre institutions et individus/groupes disqualifiés au regard d’un principe éthique de dignité (Senett), de décence (Margalit) ou de reconnaissance (Taylor, Walzer, Honneth). L’attention se porte sur la production d’une relation asymétrique et les conditions de son dépassement au travers de l’analyse des cadres de communication, des registres d’expression et des modes de traduction à l’œuvre. La parole des individus stigmatisés est en effet tantôt l’enjeu de dispositifs qui répondent à une crise de l’action institutionnelle classique, tantôt le bruit qui parasite les versions officielles de la réalité, tantôt l’objet d’une mobilisation politique où la place des individus stigmatisés mérite cependant d’être examinée.

Si les institutions se présentent aujourd’hui comme compréhensives, quelles sont les conditions éthiques, organisationnelles, cognitives, pratiques d’une compréhension et d’une écoute du point de vue d’usagers disqualifiés et d’une participation de ces acteurs faibles à une co-production de l’action institutionnelle ? Par « acteurs faibles », nous entendons des individus, voire des groupes, dont les rôles et les identités se déploient dans deux types de configuration. Dans une première configuration, ils sont affaiblis par une catégorisation de l’action publique qui particularise et naturalise leur place dans l’espace social ; dans une seconde configuration, c’est une disqualification ordinaire qui les prive d’un statut d’égal dans une réciprocité des perspectives (Schütz). Il s’agit, à l’instar de la notion de stigmate (Goffman), de considérer non pas des personnes mais des points de vue, les mêmes individus pouvant faire l’expérience des deux configurations d’affaiblissement. L’acteur faible est aussi, selon cette association paradoxale des termes, un individu dominé, mais disposant néanmoins de ressources propres, de tactiques (de Certeau), d’une capacité créatrice.

Quelles sont les raisons, structurelles mais aussi contextuelles (les « bonnes raisons » et les justifications des agents institutionnels), des malentendus et des échecs qui émaillent la relation entre institutions et acteurs faibles ? Quelles formes typiques cette communication asymétrique emprunte-t-elle ? Quelles ressources, quelles compétences, quels cadres sont-ils nécessaires pour la construction d’une réciprocité des perspectives, tant du côté des institutions que de celui des acteurs disqualifiés ? Quelles sont les conditions du passage de l’indignité à la reconnaissance de la parole des acteurs faibles ?

L’examen de ces questions s’attachera à rendre compte de la variété des cadres institutionnels dans lesquels la voix des acteurs faibles peut émerger, sous différentes formes. La parole des individus disqualifiés est parfois convoquée et érigée en objet de l’action et constitue la justification de dispositifs innovants (lieux d’écoute, dispositifs d’accompagnement, entretiens d’évaluation et de suivi, dans le champ du travail social). Sur d’autres scènes, la parole des acteurs faibles est banalisée mais déviante par rapport aux attentes normatives (école, hôpital, autres services publics), sans oublier les lieux institutionnels où cette parole est illégitime (prison, hôpital psychiatrique, autres institutions totales). L’attention portera également sur l’analyse de la constitution d’une voice (Hirschman) mettant en jeu des logiques de traduction, médiation, mobilisation, qui réalisent un travail politique transformant le « bruit en parole » (Rancière).

Université de Genève, Unimail, salle 2150
jeudi 12 octobre de 14h à 18h30
vendredi 13 octobre de 9h à 17h30

Lieux

  • Genève, Confédération Suisse

Dates

  • jeudi 12 octobre 2006
  • vendredi 13 octobre 2006

Mots-clés

  • institutions

URLS de référence

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Institutions : la voix des acteurs faibles », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 29 septembre 2006, http://calenda.org/198002