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Figures de l'Autre

Imaginaires de l'altérité et de l'altération

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Publié le dimanche 14 janvier 2007 par Pierre Mercklé

Résumé

Partant des questions non résolues soulevées par la crise des banlieues, il s'agit dans les voies de la gouvernance, du soin, de l'éducation et de la création, de tenter de poser les balises d'une communication transculturelle. Colloque internation, Angers, 9-11 juillet 2007.

Annonce

Tout l’enjeu actuel des savoirs anthropologiques, dans tous leurs horizons, ne réside t-il pas dans la reconnaissance de l’autre, et l’acceptation de l’altération ?

Et inévitablement en découlera, dans les années qui viennent, tout l’enjeu des praxis et pratiques sociales, culturelles, politiques que les éducateurs, les travailleurs sociaux, les responsables des ressources humaines, les artistes, les soignants tendront à mettre en oeuvre.

Que sortira de cette irrépressible pensée sauvage, (pensée elle-même ensauvagée par les marginalisations méprisantes de l’institué universitaire ou bureaucratique), les dieux les plus violents ou les perspectives d’un nouveau contrat social ?

Problématique proposée

Les banlieues sont depuis un an sous les projecteurs médiatiques tandis que s’allument les feux d’une jeunesse vivant son altérité comme une mise au ban de la société. Elles nous interrogent d’autant plus les productions de l’imaginaire social que les missi dominici patentés des « banlieues 2000 » et autres officines comme les nombreux autres observatoires officiels du social semblent n’avoir rien vu venir... et sont d’ailleurs étrangement muets...

La langue offre, si on veut bien se donner la peine de l’interroger dans la richesse des significations qu’elle produit, nombre de clefs de compréhension des problème sociaux ou culturels. Ainsi en va-t-il de l’appellation commune « jeunes des banlieues » qui définit à la fois un territoire vécu réellement et un territoire imaginaire marqué par la culture collective.

Les territoires réels sont, eux, marqués physiquement par le fait que de nombreux jeunes des couches populaires, éprouvent, sur ces territoires où ils vivent, des difficultés d’accès à l’emploi ou à la culture par manque de mobilité "physique" ou "culturelle". La capacité à « être nomade » y constitue un capital, au même titre que les revenus et les relations professionnelles, amicales, familiales, il ne repose pas seulement sur la possession de moyens de transport individuels ou l’accès à des moyens de transport collectifs, mais sur des compétences et des stratégies particulières qui peuvent s’acquérir, s’apprendre (d’où l’utilité de la formation non seulement au savoir faire mais encore au savoir être). Pour certains, les difficultés de déplacement sont réelles, mais pour la majorité d’entre eux, le principal frein à la mobilité reste la crainte de sortir du cadre de vie familier et la peur de "l’ailleurs », de « l’autre » par manque de capacité à appréhender des univers différents vécus comme hostiles. Le territoire est, là, enfermement car la banlieue peut aussi être territoire de refuge, prés de la mère qui veille du haut de sa fenêtre et dont la fonction surprotectrice ne saurait être minimisée dans un univers où les espaces du Travail et de l’Urbain sont eux entièrement voués à l’héroïsme ascensionnel, à la conquête d’une place « au soleil », à la compétition forcenées vers les cimes de hiérarchies dont la plupart ignoreront toujours les voies d’accès.

La mobilité fait partie de notre quotidien : migration journalière pour se rendre sur son lieu de travail, migration du week-end, destinations de vacances toujours plus lointaines. Elle est la marque du nomadisme entre des territoires décrits aussi par leurs fonctions, et liés à l’éclatement de leurs espaces de vie. Et le véritable enjeu de la mobilité se situe dans leurs têtes, dans leurs représentations du monde et de leur environnement, dans leur imaginaire. Si la notion d’insertion a, elle-même, éclaté, « vivre et travailler au pays » est un slogan qui n’a plus aucun sens sur la majorité de nos territoires. Symboliquement cet enfermement est, de fait, vécu par la majorité de la jeunesse des quartiers populaires comme une mise à l’écart, une « mise au ban » et il n’est pas inutile d’interroger le sens à ce niveau.

Le ban, dans notre histoire, est d’abord une juridiction de frontière, liée au droit qu’avait l’autorité (roi, prince, duc) de convoquer à sa disposition, y compris par violence, ceux qui étaient capables de se ranger sous une bannière et l’autorité d’un banneret en constituant ainsi une bande. Nos sociétés républicaines en ont largement usé auprès des kabyles et autres sénégalais convoqués aux premières lignes des nos guerres modernes... ce sont aussi leurs descendants qui allument les feux du désespoir et jouent avec l’autorité centrale. En contrepartie de cette obéissance à la loi du ban, ceux qui refusaient de s’y soumettre ne pouvaient qu’être bannis, soit sortis de la sociabilité, voire en résidence assignée. On conviendra que cette acception du terme est bien représentative du territoire vécu aujourd’hui par nombre des jeunes de nos banlieues. Car la banlieue désigne bien au niveau de notre imaginaire social et ce territoire du ban et sa juridiction. Ils sont aujourd’hui vécus sur un plan symbolique d’une façon exacerbée par la jeunesse, et, dans la mesure où la convocation au service de l’intérêt collectif ne s’y exerce plus, comme celui de l’abandon le plus banal.

On le voit, la rationalité technocratique et rationnelle qui tend à gouverner nos vies est largement prise en défaut quand ressurgissent du fond de la mémoire collective les passages à l’acte si lontemps inscrits au creux de l’imaginaire social. Quand les loups entrent dans Paris ?

Selon la pensée héritée, le rationnel s’oppose utilement à l’imagination, « maîtresse d’erreurs et de fausseté », « folle du logis » enfantant ses « monstres », correspondant au « sommeil de la raison » selon Goya. Ainsi, des normes rassurantes, voulues originellement transcendantales, étaient censées séparer commodément le Bien du Mal, le Beau du Laid, le Vrai du Faux. De la sorte, avec les arts, la littérature, la création, la fantaisie d’une part, et la raison, ou la science, d’autre part, deux univers se profilaient pour se partager le monde, opposition qui n’est pas non plus sans parenté avec l’opposition classique entre les Dieux et l’Achéron. Avec Lacan, c’est la trilogie : imaginaire - réel - médiation symbolique qui tentera de dialectiser, de façon déjà beaucoup plus complexe, ce qui ne serait, autrement, qu’une aporie au plan purement logique. Mais, n’en sommes-nous pas venus, aujourd’hui, aux temps d’un imaginaire auto-captif, parce que « désaltéré » ? La gestion-digestion assimilatrice actuelle tend à vouloir tout homogénéiser, et comme Marcuse l’avait déjà pressenti, l’invocation même de la liberté peut devenir un principe d’oppression (cf., entre beaucoup d’autres, les avatars et les mécomptes du « Web »).

La rationalité technique et instrumentale liée à l’efficacité et à la rentabilité devient, dès lors, elle même, un imaginaire parmi d’autres. La pensée « fonctionnelle » de la modernité et de la post-modernité s’abîme au fil des globalisations, conformisations, homogénéisations de toutes natures, et autres formes de standardisations, la norme s’y retrouvant stochastique, donc gaussienne. L’aventure contemporaine d’une « qualité », tantôt « totale » (sic), tantôt réduite aux normes ISO (9001 et 9004), en témoignera, entre autres : le « service », qui n’est plus lié à une durée, s’y retrouve confondu avec le « produit », supposé fini. La qualité devient ainsi quantité !

À l’opposé de l’explosion annoncée d’un « imaginaire créateur » (Castoriadis, Enriquez), l’imaginaire moderne se vide peu à peu de sens, à travers une véritable hémorragie ontologique, pour imploser dans un hyper-narcissisme qui ne se reconnaît même plus en tant que fantasme de « maîtrise » absolue et de toute-puissance. C’est désormais Kafka, qui, sous la couverture d’un « on » insaisissable, noie les formes menaçantes plus traditionnellement personnifiées et identifiables. Nous sommes au stade de l’emprise.

C’est ce qui fonde la révolte quand la vraie vie semble désormais ailleurs. Quelles instances ou processus contribuent au phénomène ci-dessus évoqué ? Tout l’enjeu actuel des savoirs anthropologiques, dans tous leurs horizons, ne réside t-il pas dans la reconnaissance de l’autre, et l’acceptation de l’altération ?

Et inévitablement en découlera, dans les années qui viennent, tout l’enjeu des praxis et pratiques sociales, culturelles, politiques que les éducateurs, les travailleurs sociaux, les responsables des ressources humaines, les artistes, les soignants tendront à mettre en oeuvre.

Que sortira de cette irrépressible pensée sauvage, (pensée elle-même ensauvagée par les marginalisations méprisantes de l’institué universitaire ou bureaucratique), les dieux les plus violents ou les perspectives d’un nouveau contrat social ?

Comment réhabiliter cet imaginaire « domestiqué », « apprivoisé », « anesthésié », « dévitalisé », de toute façon « engourdi » ? C’est sur ces questions dont on voit bien l’intérêt vital pour l’époque que nous vivons que tentera de proposer quelques ouvertures le colloque international organisé par le CNAM des Pays de la Loire et l’IFORIS en JUILLET 2007, à Angers, en partenariat avec la revue internationale de sciences sociales « Esprit Critique » et l’ADMES (association pour le développement des méthodes pédagogiques dans l’enseignement supérieur et l’AFIRSE, (association internationale de recherches scientifiques en Education).

(Jacques Ardoino et Georges Bertin)

du 9 au 11 juillet 07, campus social angevin, IFORIS 4 rue G Morel 49045 Angers cedex 01
02 41 22 17 30

Lieux

  • IFORIS - 4 rue G. Morel
    Angers, France

Dates

  • lundi 09 juillet 2007

URLS de référence

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Figures de l'Autre », Colloque, Calenda, Publié le dimanche 14 janvier 2007, http://calenda.org/198078