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L'État et les étrangers au XXe siècle

L'observation historique du travail administratif

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Publié le lundi 29 janvier 2007 par Pierre Mercklé

Résumé

Journée d'études pour une ethnographie historique de l'encadrement bureaucratique des migrants. Journée d'études, Toulouse, mercredi 7 février 2007, 9h-17h30.

Annonce

Ces dernières années, les hauts fonctionnaires, comme les fonctionnaires de base (les "street-level bureaucrats" de Michael Lispky), ou encore les experts de et dans l’État, ont fait l’objet de nombreux travaux en science politique. Plusieurs recherches ont également porté sur l’administration au 19e siècle dans une perspective historique ou socio-historique. Tout récemment, un ouvrage de synthèse et de prospective a proposé de développer une sociologie politique comparée de l’administration, notamment en défrichant certaines zones de l’Etat encore à explorer (certains corps d’inspection, l’administration territoriale, les autorités administratives indépendantes ou les agences) (Dreyfus et Eymeri, 2006) ; mais peu de contributions ont porté sur le travail concret des agents de l’État, et une seule d’entre elles a employé le terme " travail " dans son titre. L’objectif de cette journée est précisément de revenir sur les enjeux méthodologiques d’une observation intensive du travail des fonctionnaires ou, plus largement, d’acteurs sociaux en position de représenter l’Etat ou l’administration, et d’agir en leur nom.

La notion de " travail " met l’accent sur l’activité concrète des acteurs sociaux, sur leurs pratiques, en partie discursives (tout particulièrement dans les mondes de l’administration) mais pas seulement. La socio-histoire du politique s’est largement définie par une attention portée aux propriétés sociales, aux liens d’appartenance (aux institutions, au sens durkheimien du terme) et aux pratiques des acteurs, afin de mieux rendre compte des logiques par lesquels les institutions agissent. Le " travail administratif ", ici, désigne donc le travail d’acteurs administratifs, qui, dans leurs activités concrètes, depuis la production de circulaires à l’inspection d’un établissement, en passant par la compulsion de dossiers ou la réception d’usagers au guichet, font advenir telle ou telle " politique " de l’État. Pour éviter le risque d’une trop grande dispersion, nous avons choisi d’inviter des chercheurs dont l’objet d’étude appartient au même " domaine d’action " de l’État, et qui partagent, nous semble-t-il du moins, une adhésion aux principes d’une sociologie de type constructiviste et historique. F. de Barros, C. Hmed, S. Laurens et A. Spire ont tous travaillé sur les politiques de l’État à l’égard des étrangers et/ou des immigrés, mais dans perspectives et des périodes différentes, qui leur donnent accès à différents types de fractions de l’Etat ou des institutions publiques, et à différentes figures de fonctionnaires.

" Observation intensive " : l’expression suggère sans doute le recours à la méthode ethnographique, à l’immersion de longue durée d’un observateur dans un milieu qu’il constitue en " terrain ". Y participe aussi, mais de manière plus problématique, la pratique de l’entretien semi-directif avec les acteurs eux-mêmes, très courante dans l’analyse des politiques publiques. Mais l’observation intensive peut aussi être rapportée à la recherche historique : l’accès à des documents d’archives permet de reconstituer des pratiques, y compris des pratiques que l’analyste de processus actuels ne peut observer parce qu’il n’y a pas accès. Une ethnographie historique de l’administration au 20e siècle est-elle possible, et si oui, à quelles conditions et avec quelles limites ? L’intérêt du GRHISPO, ici, est d’ordre méthodologique : on souhaite interroger le rapport de la recherche (sur l’administration) à ses sources (archivistiques, mais pas seulement), dans la tradition des travaux en sciences sociales et en histoire pour lesquels il importe de réfléchir aux logiques de production des sources et aux modalités de leur mobilisation, depuis leur transformation en corpus et leur mise en série jusqu’à la mise en question des catégories dont elles sont porteuses.

Une double consigne, donc, est proposée aux intervenants : caractériser le travail administratif des représentants de l’État face aux étrangers, ou dans les politiques de l’immigration, donc aussi leurs manières d’agir au nom de l’État et, ce faisant, de faire agir l’État ; revenir de manière réflexive sur les sources mobilisées dans l’activité scientifique de d’objectivation du travail de l’État.

Les intervenants :

-  Françoise de Barros, « Observer le travail administratif au local : les acteurs municipaux aux prises avec la catégorie d’étranger 1919-1984 ».

Maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Paris 8, Françoise de Barros est l’auteur d’une thèse en science politique (2004) intitulée " L’Etat au prisme des municipalités. Une comparaison historique des catégorisations des étrangers en France 1919-1984 ".

-  Alexis Spire, « Histoire et ethnographie d’un sens pratique. Regards croisés sur les agents chargés de contrôler l’immigration. »

Chargé de recherches en sociologie au CNRS-CERAPS, Alexis Spire est l’auteur de Etrangers à la carte. L’administration de l’immigration en France (1945-1975), Grasset, 2005 (d’après sa thèse " Sociologie historique des pratiques administratives à l’égard des étrangers en France 1945-1975 ", 2003).

-  Choukri Hmed, « Pour la socio-histoire des pratiques d’encadrement des étrangers “isolés“ dans les foyers Sonacotra (1960-1990) : enjeux méthodologiques et construction d’objet »

Agrégé préparateur en sociologie à l’ENS (Ulm), Choukri Hmed est docteur en science politique de l’université Paris 1, membre du CMH et du CRPS. Il est l’auteur d’une thèse intitulée « Loger les étrangers “isolés” en France. Socio-histoire d’une institution d’Etat : la Sonacotra (1956-2006) » (2006).

-  Sylvain Laurens, « Quelle place pour le doute dans le travail administratif ? Eléments de méthodologie pour une utilisation socio-historique des post-it et autres mots griffonnés dans l’entresoi bureaucratique »

Docteur de l’EHESS, Sylvain Laurens est l’auteur d’une thèse intitulée : « Hauts fonctionnaires et immigration en France (1962-1982). Socio-histoire d’une domination à distance » (2006).

Les discutants :
-  François Buton, chargé de recherches en science politique au CNRS-CURAPP, co-responsable du GRHISPO
-  Alain Chatriot, chargé de recherches en histoire au CNRS-CRH-AHMOC
-  Jean-Michel Eymeri, professeur en science politique à l’IEP de Toulouse.
-  Guillaume Mouralis, Historien, co-responsable du GRHISPO
-  Michel Offerlé, professeur en science politique (Paris I), co-responsable du GRHISPO

-Lieu : IEP de Toulouse - Salle du Conseil - De 9h00 à 17h30
-Contact : sylvainlaurens@free.fr

Lieux

  • IEP de Toulouse - Salle du Conseil
    Toulouse, France

Dates

  • mercredi 07 février 2007

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'État et les étrangers au XXe siècle », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 29 janvier 2007, http://calenda.org/198089