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Anthropologie, villes et architectures

Les monuments historiques : dans l'air du temps ?

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Publié le lundi 23 avril 2007 par Pierre Mercklé

Résumé

Séminaire « Anthropologie, villes et architectures », Paris, jeudi 26 avril 2007.

Annonce

Nos deux dernières séances consacrées à la muséographie comme miroir des villes amorçaient notre séance du 26 avril que nous consacrons aux monuments historiques. Dans l’une d’elle, nous confrontions la notion de patrimoine à la figure d’exception de la Ville Nouvelle. Julie Guyot Corteville, directrice du musée de la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines, nous montrait alors que dans une assez large mesure, lorsque les habitants étaient interrogés sur leur patrimoine local, les réponses se portaient sur les éléments les plus visibles de l’espace urbain, c’est-à-dire la (vieille) pierre. Cette position, somme toute assez « classique », au regard du rôle joué par l’Etat dans l’institutionnalisation de certaines notions juste après la Révolution Française, appelait une nuance lorsqu’il s’agissait de rendre compte des références associées aux figures du patrimoine par les habitants. Si les monuments « historiques » tenaient une large place dans les choix évoqués (notamment la Commanderie des Templiers de la Villedieu), les anciennes fermes rurales n’en restaient pas pour autant écartées de la liste des nominés. L’association faite par les habitants entre le patrimoine et la « vieille » pierre semble faire écho à au moins deux des trois notions du père de la réflexion moderne sur le monument historique, Aloïs Riegl, à savoir : la valeur d’ancienneté et la valeur historique. Il nous semblait donc intéressant de revenir au plus près sur cette catégorie de « monument historique » au travers une approche que nous voulions résolument pragmatique. C’est donc de la profession d’Architecte en Chef des Monuments Historiques qu’il sera question pour cette séance. En invitant l’architecte Bruno Decaris, la séance s’émancipe d’emblée des funestes figures dualistes (moderne versus ancien) puisqu’il aime lui-même se définir comme un électron libre au sein d’un petit groupe d’architectes (ils sont 53 en France à exercer cette fonction) que l’on juge habituellement plutôt « conservateur ».

N’ayant que très partiellement abordé la question du politique lors de cette séance, nous nous proposerons de la discuter avec l’architecte autour du couple mémoire locale et idéologie politique. La manière dont les architectes en chef des monuments historiques achoppent sur des questions conceptuelles (la question de l’authenticité et de son autorité) pour les régler en intervenant directement sur la transformation du bâti nous éclaire sur l’aspect mesuré et le caractère circonstanciel de la démarche d’une part mais d’autre part, sur la façon dont l’héritage et la représentation de la mémoire d’une collectivité doit constamment se négocier au regard de stratégies économiques et politiques locales.

Quelques repères historiques ...

De nombreux historiens s’accordent à faire apparaître la notion de « monument historique » juste après la Révolution française. André Chastel dans le pointillisme méthodologique qu’on lui connaît y trouve même le nom d’un auteur à l’origine de la notion : Aubin-Louis Millin dans son recueil d’antiquité nationale, 1790. L’époque qui caractérise le début du dix-neuvième siècle est alors plutôt à l’insurrection et au mépris des édifices-symboles qui rappellent la monarchie. Le rapport Guizot de 1830 montre bien l’urgence de sauvegarder et de conserver certains édifices qui marqueraient, de part leur valeur artistique et historique, le prestige de la nation. Mais l’intérêt pour les monuments historiques ne repose pas sur un simple constat d’urgence même s’il est incontestable que la Révolution Française constitue un accélérateur notoire sur la question. Cet intérêt pour le patrimoine national et son incarnation dans la monumentalité est également le long héritage du siècle des Lumières, d’une vision positiviste de l’histoire et d’une foi inébranlable dans l’idée de progrès. L’historien André Chastel insiste bien sur le fait que ce paradigme ambiant « (...) forme une attention concrète à la vue historique, dont les repères sont précisément les édifices, les œuvres d’art, qu’on ne peut plus dépendre des caprices des possédants ». C’est en 1880 qu’est mise en place le corps des architectes en chef des monuments historiques et il faudra attendre le début du XXème siècle, 1913 exactement, pour avoir la première grande loi de protection des monuments historiques qui fixera les grandes lignes du régime actuel. Pour bien comprendre sur quoi achoppe une bonne partie des débats contemporains, il faut revenir aux critères que va se fixer le législateur. Dans son petit essai sur La notion de patrimoine, Dominique Audrerie en retient six, pour certains très teintés de l’idéologie du moment. Il s’agit des caractères : artistique, pittoresque, historique, légendaire, naturel et enfin plus récemment celui qui consiste à prendre en compte : « l’intérêt architectural d’un monument soit du fait de son constructeur, soit du fait de l’activité qui a généré un certain type d’architecture ». D’une certaine manière, ce dernier critère est le seul à intégrer la dimension sociale du bâtiment comme élément constitutif de ce qui fait sa valeur. C’est sans équivalent l’approche la plus innovante qui dépasse la résolution très académique et résolument autiste du monument-objet. La plus grande qualité du monument historique finalement c’est paradoxalement son impermanence, cette fonction essentielle de se surajouter au temps qui passe par petites touches tout en résistant aux apologues du temps court comme à ceux du temps long pour trouver l’équilibre d’un entre-deux. Entre ethnographie des pratiques et histoire du monument historique nous tenterons à l’aide de notre invité de nous initier à l’accommodation de cet « entre-deux ».

Pour le séminaire « anthropologie, villes et architectures », Alban Bensa, Antonella Di Trani et Miguel Mazeri

Miguel Mazeri, Doctorant EHESS, IRIS, Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux Sciences sociales, politique, santé UMR 8156 CNRS-Inserm-EHESS-Université Paris 13

105 boulevard Raspail, SALLE 9, 17H / 19H
miguel.mazeri@ehess.fr

Lieux

  • 105 boulevard Raspail, salle 9
    Paris, France

Dates

  • jeudi 26 avril 2007

Mots-clés

  • ville

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Anthropologie, villes et architectures », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 23 avril 2007, http://calenda.org/198141