AccueilL'enseignement supérieur africain à l'aune du Processus de Bologne

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Publié le mardi 31 juillet 2007 par Pierre Mercklé

Résumé

Appel à cotnributions du Journal of Higher Education in Africa

Annonce

L’Enseignement Supérieur (désormais ES) est l’objet d’intenses tractations sous-tendues par les exigences contradictoires de son intégration à un monde globalisé et de son enracinement local. Bien que les notions de mondialisation et de localisation fassent partie de l’identité même de l’ES, une lourde tendance pèse en faveur de la première, revêtant davantage la forme d’une soumission à un ordre unique et global que celle d’une ouverture à l’autre et menaçant de rompre l’équilibre qui favorise l’articulation de ces deux dimensions. Cette rupture peut certes être liée à la forte dépendance des pays africains en matière de savoirs, mais aussi et, peut-être surtout, à la capacité de ces pays à négocier les tournants induits par la nécessaire réforme et l’ajustement de l’ES aux transformations qui affectent, tout aussi bien, les réalités locales et le contexte international. La capacité de négociation va de pair avec celle des mécanismes d’appropriation des savoirs tant scientifiques que managériaux.

La dernière décennie vit s’accroître et se confirmer de nouveaux enjeux pour l’ES. Jusque là centrés, pour l’essentiel, sur des questions étroitement liées au développement local, ces enjeux se sont déplacés vers des préoccupations liées à l’internationalisation et à la globalisation. En somme, l’on est passé d’une situation où le marché international des savoirs est sollicité pour sa contribution à l’intégration locale à une autre situation où celui-ci devient un recours en vue d’une intégration à la globalisation ; d’une situation que d’aucuns qualifieraient d’« autocentrée », voire de « fermée », à une situation qui suscite les craintes d’une extraversion préjudiciable.

Ces mutations concernent l’ensemble des pays du désormais « village planétaire », et pas seulement ceux dits en « voie de développement », habituellement les principaux demandeurs de savoir sur le marché international de l’éducation et des savoirs de manière générale. C’est en ce sens que les pays de l’Union Européenne ont conçu le processus dit de Bologne, dont la finalité est d’adapter leur système d’ES à ces enjeux nouveaux. Inspiré des pays anglo-saxons et nordiques, cette « méga réforme », signée par 45 pays, rencontre de grandes difficultés dans la plupart des pays qui ont des traditions différentes, tels les pays européens de la rive méditerranéenne, l’Allemagne et -encore plus- les pays de l’Europe centrale qui ont des difficultés à adapter leur cursus aux trois dimensions du « processus », le LMD, la mobilité et l’assurance qualité. Or, à l’heure où ces derniers n’en sont qu’aux débuts de son application, au stade des tests localisés, à l’heure où l’Angleterre, qui est à l’origine du modèle, vient d’introduire un nouveau diplôme en deux ans qui contredit les principes mêmes du processus de Bologne, ce dernier est devenu une référence pour un grand nombre de pays maghrébins et africains.

Bien qu’ils aient réagi de manière diversifiée, nombre de ces pays, s’y accrochant à la manière d’un naufragé à une bouée de sauvetage, en font désormais la porte de sortie de crise de leur propre système d’ES. Devenu une référence en même temps qu’un point de fixation, le processus de Bologne mobilise tous les débats sur les réformes du secteur. Si bien que l’on se trouve dans la situation paradoxale où nombre de ces pays ont précédé et pris de l’avance sur ceux-là mêmes parmi les pays occidentaux qui ont initié ce système. Ainsi, certains pays maghrébins ont entrepris de calquer le modèle dès le début des années 2000 et sont déjà au stade de l’évaluation (séminaire d’Alger, juin 2007). Espace plus intégré, ayant jusque là ses propres structures régionales (comme le CAMES), l’Afrique de l’Ouest s’est montrée plus prudente et continue à se concerter sur la pertinence du modèle (séminaire de Dakar, juillet 2005 ; de Lubumbashi, juillet 2007). À cela viennent s’ajouter les incitations émanant de diverses sources aux pays africains d’adopter le processus de Bologne : rencontre-débat en Europe (Marseille, 2004), conférences soutenues par des organisations internationales comme l’UNESCO...

Le présent numéro de Journal of Higher Education in Africa propose de faire le point, à partir d’enquêtes de terrain et d’observations rigoureusement vérifiées des effets que cette réforme a produit sur l’ES dans ces pays, effets qui peuvent être variés d’un pays à un autre, d’une espace régional ou linguistique à un autre.

Les contributions peuvent porter sur les questions que soulève directement le processus de Bologne ; notamment autour de l’homogénéisation des cursus d’enseignement à travers le cycle unique dit du LMD, de la gouvernance ou de l’assurance qualité avec ses corollaires l’accréditation et la reconnaissance des diplômes, de la mobilité interuniversitaire et intersectorielle (entre les universités et les entreprises) et de la question récurrente de l’adéquation de la formation avec le marché du travail.

Elles peuvent aussi porter plus généralement sur les conséquences de l’adhésion au processus de Bologne sur les politiques nationales d’ES, comme la question de l’assujettissement subséquent de ces pays en matière de politiques d’éducation et de science, et l’affaiblissement concomitant de l’effort d’intégration de l’enseignement supérieur au contexte socio-économique et culturel local. Il s’agira d’évaluer l’impact des réformes liées au processus de Bologne sur le cadre des politiques nationales d’éducation tel qu’il prévalait jusque là, avec plus ou moins d’autonomie, d’un pays à un autre. Car, si le recours au savoir international a toujours existé, si la tentation de « copier » des structures allogènes ne date pas d’aujourd’hui, c’est la première fois qu’un système global, incluant sa philosophie et sa stratégie, est transféré aux réalités d’un pays pour lequel il n’a pas été explicitement conçu. D’autres aspects liés à ce processus et à ses liens avec l’internationalisation et à la globalisation peuvent être proposés par les contributeurs.

Plus concrètement, les auteurs pourront interroger :
-  Les changements organisationnels dans les universités, leurs apports et leurs limites ;
-  Les effets sur le plan pédagogique et formatif sur le travail des étudiants et des enseignants ;
-  Les enjeux plus globalement sociétaux de la réforme et leurs répercutions sur les différentes catégories sociales concernées (les étudiants et leurs familles, les enseignants, les administrateurs d’universités...) et comment réagissent-elles face à cette réforme ? ;
-  L’apport, selon la situation de chacun des pays, des réformes engagées en matière d’harmonisation au niveau régional et mondial, de reconnaissance des diplômes, et de mobilité des étudiants et des professeurs ;
-  En matière de politique nationale d’éducation, on pourra s’interroger sur ce qui a changé : y a-t-il des acteurs nouveaux ou qui prennent une place plus considérable, qui sont-ils et quels sont leurs motivations et leurs objectifs ?
-  En matière d’enjeux liés à la globalisation, qu’en est-il de la mobilité des étudiants et des professeurs et quel en est le résultat pour les pays maghrébins et africains ?
-  Les contributeurs déclineront de ces axes ou d’autres y attenant, qui permettront d’enrichir les débats en approfondissant le thème.

L’appel est ouvert à tout chercheur qui s’intéresse aux réformes dans l’enseignement supérieur, et privilégie les contributions qui s’appuient sur un contenu empirique.

Dates importantes à noter :
-  Fin octobre 2007 : date butoir pour la soumission des résumés.
-  Fin novembre 2007 : notification de l’avis du Comité de sélection.
-  Fin février : date limite d’envoi des contributions.
-  Fin mars : renvois des textes aux auteurs avec les observations des référés.
-  Fin mai 2008 : envois des textes finaux.

Coordonné par :
Hocine Khelfaoui, directeur de recherche au Centre de Recherche en Économie Appliquée pour le Développement (CREAD), Alger ; professeur associé au Centre Interuniversitaire de Recherche sur la Science et la Technologie (UQAM, Montréal).
Email : khelfaoui.hocine@uqam.ca

Abdelhak Bellakhdar, professeur à l'École Normale Supérieure de Meknès, Maroc, Responsable du Groupe de Recherche et d'Action pour la Formation et l'Enseignement (Grafe). Email : bellakhdar.a@menara.ma

Catégories

Dates

  • mercredi 31 octobre 2007
  • jeudi 28 février 2008

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'enseignement supérieur africain à l'aune du Processus de Bologne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 31 juillet 2007, http://calenda.org/198183