AccueilSociologie des coalitions et des alliances partisanes : le gouvernement politique des institutions

*  *  *

Publié le vendredi 28 septembre 2007 par Pierre Mercklé

Résumé

Appel à communications, journée d'études, Lille, vendredi 13 juin 2008

Annonce

L’analyse des coalitions partisanes, entendues ici au sens restreint comme l’association plus ou moins durable de partis politiques nominalement distincts et/ou de leurs représentants, dans le cadre d’une alliance électorale et/ou d’une majorité de gouvernement, fait partie des objets premiers de la science politique (Duverger 1951). Elle a donné lieu à de nombreux travaux dans les pays anglo-saxons, le plus souvent marqués par le recours à des méthodes et à des outils quantitatifs toujours plus complexes, dans une perspective de comparaison macroscopique à visée nomologique (dans la lignée de Riker 1962 ; pour une présentation critique de ces travaux, cf. Lemieux 1998). À l’inverse, ce champ de recherche semble avoir été largement délaissé en France. Si les coalitions électorales ont intéressé certains politistes, très souvent en lien avec l’étude des modes de scrutin (Martin 1997 ; pour une synthèse : Bidégaray 2001), les coalitions de gouvernement n’ont donné lieu qu’à de très rares publications (Bonnet et Schemeil 1972 ; Brouard 1999). Au mieux, la question des coalitions apparaît au détour de travaux consacrés à d’autres objets et centrés sur d’autres problématiques (par exemple : Dion 1986 ; Nay 1997 ; Borraz 1998). On peut s’étonner de cette éclipse prolongée, alors même que les cas de gouvernement sans alliance partisane semblent l’exception dans les démocraties représentatives modernes, à quelque échelon territorial qu’on se situe.

Sans négliger les apports ni la diversité des travaux évoqués, il paraît aujourd’hui nécessaire d’observer les coalitions et les alliances partisanes à travers d’autres prismes et grilles d’analyse que ceux qu’ils mobilisent généralement. La perspective macroscopique et macrologique qu’ils adoptent, leur prédilection pour la multiplication des cas au détriment de leur analyse fouillée, ont largement favorisé l’emprise des postulats utilitaristes et des paradigmes du choix rationnel dans l’appréhension du phénomène coalitionnel. Nombre des aspects de ce dernier sont ainsi laissés dans l’ombre, rendus en quelque sorte invisibles par les propriétés mêmes des outils déployés pour en rendre compte.

Face à certaines apories méthodologiques et épistémologiques de ces approches, le parti pris de cette journée d’études est d’insister sur les vertus heuristiques d’un resserrement de la focale sur l’analyse du fonctionnement des coalitions au concret, en restituant notamment le poids des effets de contexte, des temporalités, des propriétés spécifiques des acteurs qui y prennent part et des trajectoires institutionnelles singulières dans la constitution puis la marche des alliances partisanes. A rebours des nombreux travaux qui font des partis politiques - entendus de façon nominaliste et désincarnée (Offerlé 1997) - et de leurs relations le niveau d’analyse privilégié des coalitions, notre objectif est de rassembler des recherches qui se concentrent plutôt sur les pratiques des différents acteurs impliqués dans celles-ci, mais aussi sur les multiples institutions dans lesquelles ces pratiques s’inscrivent, de façon à questionner leur influence réciproque.

Sont ainsi attendues des communications qui, reposant sur des investigations empiriques poussées et mobilisant les outils de la sociologie politique, sont susceptibles d’enrichir la connaissance du fonctionnement concret des coalitions, de leurs effets sur le gouvernement politique des institutions et sur leurs politiques publiques. Cette perspective méthodologique invite à multiplier les niveaux de gouvernement (local, national, international) et les types d’institutions (communes, départements, EPCI, régions, Etats, Union européenne,...) à partir desquels le phénomène coalitionnel sera étudié.

Sans que ces perspectives soient exclusives, deux axes de questionnement pourront guider la réflexion des auteurs. Il va de soi que s’ils sont distingués ici pour la clarté de l’exposé, la question de leur articulation s’avère essentielle.

Axe 1 : Le gouvernement des coalitions

Le premier axe d’analyse proposé porte sur l’économie concrète et la gestion des coalitions. Partant du principe que les coalitions partisanes constituent des jeux à motifs mixtes, jamais totalement conflictuels ni coopératifs, il s’agit de comprendre comment s’articulent ces deux dynamiques contradictoires, identifiables dans les moments de constitution, d’entretien et d’évolution des « ordres locaux » (Friedberg 1993) coalitionnels. Il convient ici de considérer simultanément le poids contraignant découlant de l’institutionnalisation des alliances - dans une perspective que l’on pourrait qualifier rapidement de néo-institutionnaliste - et les marges de manœuvre persistantes des différents acteurs en leur sein. Dans quelle mesure les engagements coalitionnels contraignent-ils les comportements des acteurs ? Comment et selon quels processus de négociation les coalitions sont-elles entretenues et régulées ? Dit autrement, observe-t-on des dispositifs politiques ou administratifs qui encadrent les comportements des acteurs coalisés et préviennent/contiennent leurs différends ? La question des frontières de la coalition (de l’objectivation de ses composantes mais aussi de leurs positions relatives) apparaît centrale, dans la mesure où elle se situe au cœur des jeux coalitionnels eux-mêmes et n’est jamais complètement réglée. Dans quelle mesure les organisations coalitionnelles se structurent et s’institutionnalisent-elles ? Dans quelle mesure leurs frontières sont-elles poreuses ou au contraire étanche à leur environnement ? Cette question en appelle immédiatement une autre, celle de l’autonomie des coalitions par rapport à leur environnement. On peut en effet poser l’hypothèse que ces organisations tendent à fonctionner de manière plus ou moins endogène, tout en restant inscrites dans un espace social plus large qui est toujours susceptible de se « rappeler à elles » et de perturber l’ordre coalitionnel. L’analyse des coalitions implique donc d’interroger à la fois les dynamiques d’autonomisation et de clôture qui les caractérisent, mais également les tensions provoquées par l’insertion de leurs acteurs dans un milieu et un environnement plus vaste qui, selon toute logique, influe sur ces acteurs (ne serait-ce qu’en intervenant dans l’allocation de leurs ressources respectives). C’est donc notamment la question des rapports entre les coalitions et les différents acteurs individuels ou collectifs (associations, partis politiques, autres institutions locales etc.) avec lesquelles elles sont en interaction qui doit être soulevée. Enfin, l’économie interne des coalitions semble avoir été jusqu’à présent largement négligée. Il convient pourtant d’affiner l’analyse des différents rôles tenus au sein des jeux coalitionnels de façon à décharger de leur homogénéité présumée les partis composant les alliances. Nous souhaiterions que les communications insistent également sur les profils et dispositions des individus qui incarnent ces rôles. Certains parcours prédisposent-ils à jouer tel ou tel rôle (médiateur, arbitre, etc.) au sein d’une coalition ? Certaines propriétés sont-elles valorisées ou valorisantes, ou au contraire discriminantes ? Ce faisant, c’est aussi aux positions et aux relations de pouvoir au sein des coalitions (géométrie interne, leadership coalitionnel, transactions collusives, sous-coalitions...) qu’il faut s’intéresser.

Axe 2 : Les coalitions au gouvernement

Un second axe d’analyse porte sur les coalitions en tant qu’instances de gouvernement. Un premier questionnement renvoie aux effets de la composition pluripartisane des exécutifs sur les politiques publiques - sur les produits de l’action publique eux-mêmes comme sur les marqueurs idéologiques partisans qui leur sont accolés ou encore les discours d’auto-imputation qu’elles suscitent. Comment l’action publique est-elle élaborée et mise en oeuvre par les acteurs partisans dans ces conditions ? Réciproquement, quel est le poids des enjeux de l’action publique dans la constitution, l’entretien mais aussi l’éventuelle mise en crise des coalitions ? Dans une perspective connexe, les effets des jeux coalitionnels sur l’administration des institutions politiques pourraient être étudiés. Comment les élus ou les formations partisanes tentent-ils de constituer les acteurs administratifs en ressource, voire de les enrôler ? Symétriquement, ces derniers peuvent-ils jouer de la composition pluri-partisane des exécutifs et assemblées pour renforcer leurs propres marges de manoeuvre ? Observe-t-on des logiques de positionnement bureaucratique spécifiques et différenciées par rapport aux différentes composantes de la coalition ? Comment se déroulent les recrutements en contexte de coalition, dans la mesure où celui-ci semble compromettre la mainmise d’une seule organisation sur le personnel ? Autant de pistes qui, sans être exhaustives, sont susceptibles de guider les propositions de communications. A un niveau plus général, on pourra également s’interroger sur la contribution des modes de gouvernement coalitionnels à certaines tendances observées dans les démocraties représentatives, telles la déconflictualisation relative du débat partisan, la dépolitisation de l’action publique - entendue ici comme l’euphémisation du recours à des marqueurs idéologiques clivants (Desage et Godard 2005) - ou encore l’autonomisation du champ politique (Gaxie 2000).

Au vu de ces questions et des limites que rencontrent les approches macroscopiques dominantes pour y répondre, nous souhaitons surtout favoriser lors de cette journée la présentation d’analyses reposant sur l’investigation approfondie d’au moins un terrain, ce qui n’exclut pas les communications ayant recours à la comparaison. Les coalitions ne se façonnent pas dans des environnements partisans et institutionnels vierges de tout précédent et héritage. Aussi, les travaux envisageant les interactions entre les logiques coalitionnelles et les processus de structuration institutionnelle et partisane sur le temps long, feront l’objet d’un intérêt particulier. À rebours des nombreuses études dont l’ambition de généralisation a priori se traduit par la limitation des facteurs explicatifs pris en compte (voir la critique en ce sens de P. Lehingue 1997 et 1998), il conviendra donc de restituer la complexité des phénomènes coalitionnels. Cette perspective et cette échelle, loin d’exclure toute possibilité de montée en généralité, situent cette dernière à un niveau intermédiaire : celui de l’objectivation empirique de mécanismes et de processus qui, s’ils sont mis à jour dans des configurations chaque fois singulières, ne doivent pas moins être transposables et discutables en tant qu’hypothèses sur d’autres terrains.

Aussi, les auteurs veilleront-ils à faire apparaître leur démarche et leur questionnement méthodologique. La journée d’études doit en effet permettre d’initier une réflexion sur les apports et limites des différentes méthodes de recherche - et en particulier des techniques ethnographiques - dans la connaissance des processus d’alliance.

Propositions de communication et calendrier

Les propositions de communication, d’une longueur d’une à deux pages maximum, sont à transmettre aux organisateurs pour le 15 décembre 2007. Elles comprendront un titre, présenteront le matériau empirique mobilisé et le terrain d’analyse et préciseront leur apport aux différentes perspectives problématiques esquissées dans l’appel à communication. Le choix des communications et le programme seront notifiés aux auteurs début janvier 2008. Les textes des communications devront parvenir aux organisateurs pour le 30 avril 2008 au plus tard.

Organisateurs :

Nicolas Bué (CERAPS, Lille 2) : nbue@univ-lille2.fr Fabien Desage (CERAPS, Lille 2) : fabien.desage@univ-lille2.fr

Références citées :

BIDEGARAY C., “Coalition électorale”, in PERRINEAU P., REYNIE D., dir., Dictionnaire du vote, PUF, 2001. BONNET G., SCHEMEIL Y., « La théorie des coalitions selon William Riker. Essai d’application aux élections municipales françaises de 1965 et 1971 », Revue française de science politique, 2, 1972, pp. 269-282. BORRAZ O., Gouverner une ville : Besançon 1959-1989, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1998. BROUARD S., Partis politiques et politiques publiques dans les gouvernements locaux : l’exemple des groupes d’élus écologistes dans les régions métropolitaines, thèse pour le doctorat en science politique, IEP de Bordeaux, 1999. DESAGE F., GODARD J., « Désenchantement idéologique et réenchantement mythique des politiques locales. Retour critique sur le rôle des idées dans l’action publique », Revue française de science politique, vol 55, 4, 2005, pp. 633-661. DION S., La politisation des mairies, Economica, 1986. DUVERGER M., Les partis politiques, A. Colin, 1976 (1951). FRIEDBERG E., Le pouvoir et la règle. Dynamiques de l’action organisée, Seuil, 2e éd., 1997 (1993). GAXIE D., La démocratie représentative, 3e Ed., Montchrestien, 2000 LEHINGUE P., « L’analyse économique des choix électoraux ou comment choisir d’économiser l’analyse » : « I. “L’analyse économique de la politique” dans le champ de la science politique américaine », Politix, 40, 1997, pp. 88-112 et « II. Truismes et paradoxes », Politix, 41, 1998, pp. 82-122. LEMIEUX V., Les coalitions. Liens, transactions, et contrôles, PUF, 1998. MARTIN P., Les systèmes électoraux et les modes de scrutin, Montchrestien, 1997. NAY O., La région, une institution. La représentation, le pouvoir et la règle dans l’espace régional, L’Harmattan, 1997. OFFERLE M., Les partis politiques, PUF, 1997 (1987). RIKER W. H., The Theory of Political Coalitions, New Haven, Yale University Press, 1962.

-Vendredi 13 juin 2008
Université Lille 2 / IEP de Lille
Organisée par le CERAPS
-Nicolas Bué: nbue@univ-lille2.fr
-Fabien Desage: fabien.desage@univ-lille2.fr

Lieux

  • IEP, 84 rue Trévise
    Lille, France

Dates

  • samedi 15 décembre 2007

Mots-clés

  • politique

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Sociologie des coalitions et des alliances partisanes : le gouvernement politique des institutions », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 28 septembre 2007, http://calenda.org/198205