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Publié le jeudi 18 octobre 2007 par Igor Martinache

Résumé

Le laboratoire « Cultures et sociétés en Europe » (UMR du CNRS 7043), Université Marc Bloch, Strasbourg, organise une journée d'études consacrée aux « Communautés virtuelles ». Journée d'études, Strasbourg, vendredi 9 novembre 2007 à partir de 8h30.

Annonce

Les techniques de communication en réseau, essentiellement Internet, permettent la formation de collectifs existant entre des interlocuteurs qui ne se rencontrent parfois jamais physiquement, et qui en tous cas ne posent pas la rencontre physique comme une condition nécessaire à l’établissement d’une relation. Ces formes de la rencontre n’empêchent pas les interlocuteurs de tisser des relations d’échanges ou de collaboration, voire des relations affectives, qui font lien dans la durée. Le vécu communautaire qui en émerge est fréquemment reconnu, voire revendiqué par ceux qui y participent. Le terme de "communauté virtuelle" a été popularisé par Howard Rheingold (1993) pour désigner le phénomène.

Le terme est devenu d’un usage courant sur les réseaux et sollicite l’intérêt des sciences sociales, à la fois sur le fait social lui-même ainsi désigné, et sur la pertinence de la désignation. Les communications à cette Journée d’études couvriront ces deux aspects, d’une part, en décrivant des communautés de travail, de discussion, de militance ou de jeu, rendues possibles par l’outil de communication et, d’autre part, en s’interrogeant sur ce qui justifie leur identification comme un phénomène social original.

Les communautés virtuelles sont des observatoires de la fabrique du lien social, car l’outil de communication sépare autant qu’il réunit, en autorisant précisément ce qu’il permet de surmonter : la distance, l’absence, la solitude, l’anonymat. On peut donc observer comment des individus font société malgré ce handicap. Les effets de masque permettent de se construire un personnage et de ne rencontrer que les personnages des autres, en les sélectionnant de surcroît et en les écartant à volonté. La déréalisation impliquée par ce zapping de l’autre n’empêche pourtant pas la réalité des sentiments vécus, la spontanéité des émotions, et en fait, paradoxalement, un vécu ambigu d’authenticité, qui permet de s’interroger sur l’essence même, subjective et sociale, du lien.

L’originalité des terrains d’études appelle des méthodes qui le sont également, et que quelques chercheurs commencent à organiser sous l’intitulé de cyberanthropologie. Que deviennent l’enquête par entretien ou questionnaire, ou l’observation ethnographique, quand les informateurs et les faits observés ne sont pas accessibles “directement”, en raison du passage obligé par l’outil de communication ? Mais, a contrario, qu’est-ce qu’une observation “directe” et en quoi serait-elle moins médiate qu’une observation filtrée par l’outil ?

Certains auteurs sont aujourd’hui critiques sur l’utilisation du terme de communauté virtuelle, essentiellement parce que le terme “virtuel” réfère à un dispositif spécifique, celui de la “réalité virtuelle” produite par des techniques d’immersion dans des univers de synthèse, dispositif qui n’appareille qu’une minorité d’espaces de rencontre. Le terme “virtuel” induit par ailleurs que de telles communautés ne seraient pas “réelles”. Certains auteurs lui préfèrent celui de cybercommunauté, qui désigne ces communautés par l’outil qu’elles utilisent, ce qui est à la fois plus proche de la description factuelle, mais aussi moins évocateur des processus en jeu (notamment la construction projective de l’autre). D’autres préfèrent de ce fait des termes qui désignent plus directement les processus en question, comme celui de communauté imaginée de Benedict Anderson (1983), qui permet de faire le lien entre le vécu en ligne et hors ligne : une partie de la vie communautaire se poursuit en effet en dehors d’Internet.

L’existence de discussions terminologiques manifeste à tout le moins que le terme “virtuel” est producteur d’une interrogation stimulante sur celui de “communauté”. Les communautés virtuelles permettent en effet de revisiter là une notion qui a ses origines dans la sociologie allemande et est très utilisée par la sociologie anglo-américaine. Elle est longtemps restée définie dans son lien au local, le village ou le quartier, condition de l’existence de relations de proximité : les communautés délocalisées sur le Réseau constituent de ce point de vue un oxymore, qui oblige à repenser cette définition classique de la communauté par le territoire.

Si le social est chez la plupart de nos classiques (Durkheim, Weber, Simmel...) un processus d’adhésion à des représentations partagées, les communautés virtuelles expriment sans doute ce processus. Mais elles interrogent en même temps inévitablement l’objectivité, la consistance de ces représentations : la société ne serait-elle pas, pour reprendre les termes de l’auteur de science-fiction William Gibson (1984) définissant le cyberespace, une “hallucination partagée” ?

Entrée libre.

Programme et renseignements :
Patrick Schmoll : schmoll@umb.u-strasbg.fr

Lieux

  • Strasbourg, France

Dates

  • vendredi 09 novembre 2007

URLS de référence

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Communautés virtuelles », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 18 octobre 2007, http://calenda.org/198249