AccueilEnquête qualitative sur les lectorats de la bande dessinée

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Publié le dimanche 01 juin 2008 par Pierre Mercklé

Résumé

Appel d'offres de la Direction du Livre et de la lecture du ministère de la Culture et de la communication le service Études et recherche de la Bpi, à la demande de la Direction du Livre et de la lecture, du ministère de la Culture et de la communication, et avec l'appui du Centre national du livre, lance une recherche qualitative consacrée à l'expérience culturelle de la bande dessinée considérée du côté de ses lecteurs. Date limite de réponse : 9/09/2008

Annonce

Le service Etudes et recherche de la Bibliothèque publique d’information du Centre Georges Pompidou, à la demande de la Direction du Livre et de la Lecture du Ministère de la Culture et de la communication et avec l’appui du Centre national pour le livre, lance un appel d’offre pour une recherche qualitative consacrée aux lectorats de la bande dessinée (date limite d’envoi des réponses : 9 septembre 2008)

On connaît l’importance de la bande dessinée en France, qu’il s’agisse de la variété de sa production, de son dynamisme commercial ou de la diversité de ses lecteurs. Si le « 9e art » occupe une situation particulière dans le paysage éditorial et culturel français, son ouverture et son rayonnement débordent toutefois le cadre national : les Français, par exemple, sont les troisièmes consommateurs de mangas au monde et certains mangas produits dans l’hexagone sont également traduits et diffusés avec succès au Japon. La bande dessinée fait désormais l’objet d’une meilleure reconnaissance sociale, comme en témoignent la place importante qui lui est réservée dans les librairies et les bibliothèques, la création d’institutions publiques qui lui sont dédiées , ou, plus récemment, l’accueil critique et public réservé au film Persepolis ainsi que la couverture médiatique de la 35e édition du festival international d’Angoulême. Pourtant, à l’exception de quelques données générales, essentiellement quantitatives, ayant permis de dresser un portrait sommaire des lecteurs de BD en France, on sait peu de choses sur les lectorats actuels de ce domaine qui relève à la fois de l’univers graphique et de l’univers textuel. On sait notamment peu de choses sur les processus de socialisation aux bandes dessinées (« carrières » de lecteurs réguliers ou occasionnels, expérience et compétences acquises au fil du temps) ; sur l’ensemble des pratiques qui sont associées à la lecture des bandes dessinées (modes d’approvisionnement et de conservation des albums ; insertion de la BD dans un ensemble de pratiques de loisir et de culture et au sein de réseaux sociaux) ; sur les représentations et systèmes de valeurs portés et actualisés par les « bédéphiles » ; enfin, on sait fort peu de choses sur les pratiques mêmes de lecture des BD, en particulier sur les processus de réception et de production de sens dans lesquels sont engagés les lecteurs, ou encore en ce qui concerne la question des fonctions sociales et culturelles de la lecture des bandes dessinées.

C’est pour combler ce déficit de connaissance que le service Études et recherche de la Bpi, à la demande de la Direction du Livre et de la lecture du ministère de la Culture et de la communication, et avec l’appui du Centre national du livre, lance une recherche qualitative consacrée à l’expérience culturelle de la bande dessinée considérée du côté de ses lecteurs. Compléter les données quantitatives sur les lecteurs de bandes dessinées

Plusieurs enquêtes nationales quantitatives ont permis d’esquisser un portrait sommaire des lecteurs de bandes dessinées. L’enquête réalisée en 2003 par l’Insee nous apprend ainsi que 26% des personnes interrogées âgées de 15 ans et plus déclarent avoir lu au moins une bande dessinée au cours des 12 derniers mois, 7% seulement parmi celles-ci déclarant en avoir lu 20 ou plus au cours de la même période . En se limitant aux douze derniers mois, on peut donc dire qu’un gros quart de la population française adulte est concernée par la lecture des bandes dessinées, les lecteurs intensifs étant manifestement minoritaires. Selon la même source, on observe sans surprise que les jeunes lisent plus de BD que les moins jeunes (47% des 15-19 ans pour 16% des personnes âgées de 55 à 64 ans, et seulement 4% des personnes âgées de 65 ans et plus) ; les hommes plus que les femmes (31% d’hommes pour 21% de femmes) ; les personnes diplômées plus que celles qui n’ont pas ou peu de diplômes (52% de ceux qui déclarent un niveau d’étude supérieur au bac pour 8% de ceux qui n’ont aucun diplôme ou un niveau CEP) ; enfin, les cadres et professions intellectuelles supérieures plus que les ouvriers ou les agriculteurs (46% des cadres et professions intellectuelles supérieures pour 25% des ouvriers et 14% seulement des agriculteurs). On retrouve ici des tendances significatives que les précédentes enquêtes sur les pratiques culturelles des Français montraient déjà . Chez les plus jeunes, d’autres sources statistiques convergent par ailleurs pour montrer que l’investissement dans la lecture des bandes dessinées diminue à mesure que l’âge augmente : si 72% des 10-14 ans déclarent lire des bandes dessinées, soit la grande majorité d’entre eux, l’entrée dans l’adolescence se traduit malgré tout par un léger décrochage et surtout une baisse d’intensité de la lecture des BD mesurée au nombre d’albums lus .

Toutes ces données quantitatives sont précieuses mais insuffisantes. Il serait plus qu’utile de les compléter dans un avenir proche par d’autres enquêtes quantitatives exclusivement consacrées aux lecteurs de bandes dessinées. Dans l’immédiat, toutefois, ce sont surtout les recherches qualitatives qui font défaut. Celles ci permettraient en effet, au-delà des constats statistiques et des tendances sociodémographiques et socioculturelles habituelles, de passer des profils statistiques généralistes aux lecteurs « incarnés » et à leurs pratiques de lecture effectives.

La socialisation aux bandes dessinées

Avant de se demander comment on lit, comment on reçoit, comment on interprète « les » bandes dessinées (ou peut-être telle ou telle bande dessinée), l’étude qualitative des lectorats de la bande dessinée doit s’intéresser aux trajectoires sociales des lecteurs. Comment devient-on lecteur de bandes dessinées, par quelles étapes passe-t-on, quelles sont les modalités d’initiation à la BD et, par la suite, de cheminement dans les différents genres et types de bandes dessinées ? Certains lecteurs paraissent hermétiques aux associations textes-images, d’autres non, pour quelles raisons ? Les contextes de socialisation et peut-être d’acculturation à ce genre graphique et textuel - voire exclusivement graphique dans certains cas - méritent ainsi d’être mis en lumière ; à titre d’exemple, les populations a priori contre-intuitives de jeunes lecteurs rétifs aux bandes dessinées ou de lecteurs plus âgés amateurs de bandes dessinées peuvent sans doute se révéler intéressantes à étudier.

Pratiques associées à la lecture des bandes dessinées

En amont encore de la lecture des BD, il convient évidemment de s’intéresser à l’ensemble des pratiques qui permettent aux lecteurs de se tenir informés de l’actualité du secteur, ainsi qu’aux différents moyens d’approvisionnement auxquels ils ont recours pour se procurer des BD : achats, emprunts, échanges... (quels arbitrages sont faits à ce niveau ?) La question des modes de stockage, de conservation et de « visibilisation » des albums de BD intervient également ici, de même que celle concernant, au-delà des pratiques de prêts et emprunts interpersonnels, l’ensemble des phénomènes de sociabilité entre lecteurs de BD : fréquentation des festivals, rituel des signatures d’auteurs avec dédicaces d’album, fréquentation des cafés-manga et autres lieux dédiés, etc.

Pour éviter un cloisonnement réducteur que les pratiques effectives démentent en général, l’analyse des lectorats des bandes dessinées gagnerait sans doute ici à s’ouvrir sur les possibilités d’articulation, voire de combinaison ou dans certains cas d’exclusion, avec les autres pratiques de culture et de loisir (jeux vidéo, cinéma, télévision, Internet, écoute musicale, lecture de livres, magazines, fanzines...) Quels arbitrages sont faits par les individus en ce qui concerne notamment les moments et les lieux réservés à la lecture des BD ? On doit préciser ici que si l’analyse porte principalement sur l’étude des lectorats des bandes dessinées imprimées sous la forme d’albums, l’évolution de l’offre culturelle et des pratiques contemporaines nous incitent aujourd’hui à considérer la façon dont sont articulés BD et cinéma (adaptations de l’un vers l’autre), ainsi que BD et Internet (webcomics).

Représentations et systèmes de valeur des lecteurs de BD

L’étude des lectorats de la BD doit également nous permettre d’apporter des éléments de connaissance sur la question de l’identité des lecteurs de bandes dessinées : comment celle-ci est-elle produite, affirmée, reniée, voire plus ou moins cachée dans certains cas ? L’analyse des bédéthèques personnelles, dont il a déjà été question plus haut, pourrait sur ce point se montrer riche en enseignements, comme l’analyse des bibliothèques personnelles l’a été pour les gros lecteurs adultes étudiés par Gérard Mauger, Claude Fossé-Poliak et Bernard Pudal par le passé . Cette analyse pourrait être faite autour de la question des types ou genres de BD préférés : quelle typologies spontanées et quels classements font les lecteurs à ce propos ? A quels principes de hiérarchisation ou de positionnements esthétiques se réfèrent-ils ? Quelle appellation choisissent-ils pour nommer les supports et caractériser les genres : albums, BD, bouquins, comics ? La question de la légitimité culturelle associée à ces thématiques - ou plus exactement des différents ordres de légitimité culturelle - vient se poser dans des termes sans doute renouvelés pour les lecteurs actuels des bandes dessinées et pour les chercheurs qui s’intéressent à leurs pratiques et à leurs discours. La notion de « culture BD » à ce propos fait-elle sens, qu’on la considère comme un fonds de culture commun ou comme une forme de culture spécialisée typique des lecteurs experts ?

Enquête de réception : comment sont lues les BD et à quoi servent ces lectures ?

L’étude des lectorats de la BD ne saurait se passer d’une analyse des pratiques mêmes de lecture et notamment des processus de réception mis en œuvre par les lecteurs. Comment lit-on une BD ? Selon quelle temporalité ? Quelles compétences et quelles ressources sont mobilisées par les individus pour produire du sens ? Peut-on parler de contrats de lecture des bandes dessinées : contrats proposés par les auteurs (dessinateurs et scénaristes) et actualisés par les lecteurs ? Des analyses approfondies de ces thématiques permettraient sans doute - contre le sens commun et notamment contre une certaine forme de discours légitimiste -, de montrer à quel point le processus de lecture des BD est actif et créatif. Dans cet esprit, on peut se dire que les enquêtes sur la réception des bandes dessinées sont susceptibles de renouveler les travaux de réception classiques centrés sur le texte, l’imprimé, et surtout le livre : à l’image des études récentes sur les processus de navigation, saisies et appropriations de textes sur supports numériques, le travail sur les lectorats des bandes dessinées pourrait peut-être permettre ainsi de réinterroger la notion même de « lecture », surtout quand il est question de « lire des images ». Enfin, il convient aussi de contribuer à montrer à quoi servent les lectures de bandes dessinées, c’est-à-dire à quelles fonctions sociales et culturelles elles sont assignées par les lecteurs. Entre le futile et le moins futile, se pose ici notamment la question des traces et des empreintes durables que sont susceptibles de laisser les lectures de BD sur les lecteurs.

Objets, terrains et Méthodes

Le cadre de travail proposé ici est très ouvert. On peut évidemment envisager plusieurs degrés de généralité ou de finesse dans les réponses qui seront proposées. Un travail centré sur des sous-populations ou des questionnements spécifiques n’est ainsi pas exclu : filles, garçons ; jeunes, adultes ; bédéphiles, acheteurs de BD en supermarché ; occasionnels, lecteurs intensifs ; amateurs de mangas, amateurs de romans graphiques, de comics ou de BD littéraires ; centrage de l’étude plutôt orienté sur la notion de carrière de lecteur ; centrage de l’étude plutôt orienté sur les processus de réception de telle ou telle BD, etc. En tout état de cause, les propositions d’étude, quels que soient leurs périmètres, devraient pouvoir permettre d’établir des constats ou des typologies lesquels, s’ils ne peuvent être généralisés à l’ensemble de la population, doivent pour le moins dépasser les cas purement singuliers.

Hormis le positionnement concernant les méthodes qualitatives en général, le commanditaire ne tient pas à faire de préconisations méthodologiques précises : les protocoles méthodologiques sont à construire en fonction des objets, des problématiques et des terrains choisis. Comme cela a été fait il y a peu pour le roman policier , ce type d’enquête sur les lectorats de la bande dessinée gagnerait peut-être toutefois à partir d’une cartographie plus ou moins détaillée de l’offre éditoriale et des différents circuits de distribution et d’approvisionnement, commerciaux, publics et privés.

Durée de l’étude

18 mois, à compter de la signature du contrat.

Livrables

Trois rapports intermédiaires ainsi qu’un rapport final d’étude sont attendus.
-   Le premier rapport intermédiaire est une mise au point concernant le début de la phase terrain : il devra faire état des terrains retenus, de la mise au point du protocole méthodologique (par exemple listes d’entretiens prévus, grilles d’entretiens ou d’observations...). Date de remise : 2 mois après la signature du contrat.
-   Le second rapport intermédiaire, contiendra une présentation des premiers résultats, les premiers relevés d’observation, les premiers éventuels entretiens transcrits (en intégralité ou sous la forme d’extraits significatifs). Date de remise : 6 mois après la signature du contrat.
-   Le troisième rapport intermédiaire (au minimum 100 000 signes) constitue une synthèse provisoire des résultats de l’étude. Il permet d’anticiper sur le plan et le contenu du rapport final. Date de remise : 12 mois après la signature du contrat.
-   Le rapport final est une synthèse complète de l’étude d’au moins 300 000 signes, sans les annexes. Il doit souscrire à des impératifs de synthèse, de pertinence et de lisibilité, sachant qu’il est destiné à être publié, après avis positif du comité d’édition de la Bpi, dans la collection Etudes et recherche aux Editions de la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou. Date de remise : 18 mois après la signature du contrat.

Contacts

Pour tout renseignement complémentaire, les personnes à contacter sont les suivantes :
-   Christophe Evans, chargé d’études sociologiques : 01 44 78 49 06 evans@bpi.fr
-   Françoise Gaudet, chef du service Etudes et recherche : 01 44 78 44 65 gaudet@bpi.fr

Critères de choix

Les réponses seront appréciées en fonction des critères suivants :
-   pertinence de la problématique : construction d’un objet et définition d’une problématique à partir du questionnement proposé par le commanditaire (pondération de 45 %) ;
-   pertinence de la méthodologie (pondération de 35 %) ;
-   coût de la prestation (pondération de 20 %)

Contacter Christophe Evans au 01 44 78 49 06, evans@bpi.fr ; ou Françoise Gaudet au 01 44 78 44 65, gaudet@bpi.fr

Dates

  • mardi 09 septembre 2008

Mots-clés

  • culture

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Enquête qualitative sur les lectorats de la bande dessinée », Appel d'offres, Calenda, Publié le dimanche 01 juin 2008, http://calenda.org/198451