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Le dégoût d'institution

Appel à communications RT 17 - Congrès 2009 de l'AFS

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Publié le jeudi 19 juin 2008 par Pierre Mercklé

Résumé

Le questionnement porte sur la régulation institutionnelle du dégoût, et sur le rôle joué par la législation et par les institutions lorsqu'elles ont à gérer des corps, des populations, des individus, qui suscitent chez ses membres le dégoût, la répulsion, ou la réprobation. Sur quelle construction sociale du dégoût opèrent ces institutions spécialisées (hôpital, foyer, centre d'accueil de populations fragiles, de SDF, maison de retraite, morgue, etc.) ? Sont-elles traversées par les formes communes du dégoût, ne faisant que reconduire les réactions de dégoût socialement déterminées et distribuées ? L'étude de ce « dégoût d'institution » permet-elle d'attester scientifiquement de l'existence du dégoût ? A quelles conditions, les réactions somatiques peuvent constituer un objet et un instrument d'analyse en sciences sociales.

Annonce

Fondé en 2003, et rattaché à l’Association Française de Sociologie, le Réseau thématique 17 vise à réfléchir aux renouvellements contemporains qui ont affecté la régulation publique des usages du corps humain et l’administration des populations, entendues notamment sous la question de leur santé, de leur devenir physique, et de leur mortalité. Au Congrès 2006 de l’AFS, le Réseau a examiné les transformations politiques à l’œuvre dans le rapport au mourir, des soins palliatifs à l’euthanasie, et des nouveaux rituels funéraires à la législation sur les cendres des défunts. Une partie de ce travail est en cours de publication (prévue en 2009).

Cet appel à communications pour le Congrès 2009 s’inscrit en droite ligne d’une Journée d’études organisée par le Réseau le 16 janvier 2008 à la MSH, et qui avait pour intitulé « Humeurs et dégoût : du dispositif à l’institution ». Il s’est agi d’analyser les dispositifs institutionnels et politiques chargés d’encadrer les excrétions du corps jugées dégoûtantes. Si cette première journée a privilégié une approche anthropologique, les sessions du prochain Congrès ambitionnent cette fois de travailler davantage dans une perspective de sociologie, d’histoire et de science politique. D’autant que dans ces disciplines la question du corps n’a pas toujours la légitimité qui lui revient et que la recherche sur le dégoût y rencontre des résistances précisément parce que « ça dégoûte »... Le questionnement central porte sur la régulation institutionnelle du dégoût, et sur le rôle joué par la législation et par les institutions lorsqu’elles ont à gérer des corps, des populations, des individus, qui suscitent chez ses membres le dégoût, la répulsion, ou la réprobation. Sur quelle construction sociale du dégoût opèrent ces institutions spécialisées (hôpital, foyer, centre d’accueil de populations fragiles, de SDF, maison de retraite, morgue, etc.) ? Sont-elles traversées par les formes communes du dégoût, ne faisant que reconduire les réactions de dégoût socialement déterminées et distribuées ? L’étude de ce « dégoût d’institution » permet-il d’attester scientifiquement de l’existence du dégoût ? Notons que le présent appel à communication est aussi l’occasion de se demander si, et à quelles conditions, les réactions somatiques peuvent constituer un objet et un instrument d’analyse en sciences sociales. Ce questionnement peut emprunter trois directions complémentaires :

• L’administration « professionnelle » des corps dégoûtants. L’émotion que provoquent les corps dégoûtants est-elle purement « somatique », « spontanée », ou renvoie-t-elle à des constructions sociales et historiques d’un « goût » que ce « dégoût » trahirait en négatif ? Comment les professionnels chargés d’encadrer ces corps gèrent-ils la proximité physique permanente ? La sociologie des professions au contact de corps « difficiles » (SDF, grabataires, cadavres) ou pathologiques, a mis en évidence des formes d’habituation ou d’insensibilisation à ce qui serait considéré comme dégoûtant dans l’univers profane. Il conviendra d’examiner les processus qui conduisent ces professionnels du « sale boulot » à surmonter leurs réactions physiques pour effectuer leur travail. Il faudra par exemple examiner le poids des structures, les pressions des pairs, et les mécanismes de contrôle de soi qui permettent de gérer ces corps particuliers. Le dégoût ressenti est-il fonction du poste occupé ? Est-il dénié ou reconnu ? Est-il encouragé comme pour se conformer à un sacerdoce, ou véritablement mis à l’écart par des séries de gestes, d’habitudes et d’objets (désinfectants, lavages) qui préservent du contact, de la « souillure » et de la répulsion ? Le rôle des bénévoles et des associatifs mérite à cet égard l’attention.

• La construction institutionnelle du dégoût. La perception de corps dégoûtants est socialement et historiquement déterminée dans une société. A chaque corps donné cependant, il est difficile de départager ce qui relève d’une réaction somatique incontrôlable, et ce qui provient d’une désapprobation morale ou sociale du corps de l’autre. A quelles définitions obéissent les corps jugés dégoûtants ? Ils obéissent d’une part à des représentations sociétales variables dans l’espace et dans le temps. Hier le corps rond était valorisé, aujourd’hui le corps obèse provoque distance et réprobation ; dans le même temps, la minceur devenue maigreur pathologique paraît moins érotique et choque. Ils obéissent d’autre part aux représentations qui sont produites par les institutions spécialisées elles-mêmes. Or, ces représentations du dégoût doivent parfois peu à un dégoût objectivable. En effet, le « dégoût » peut n’être qu’un label apposé à des corps que l’institution entend contrôler. Pour les professionnels, le corps dégoûtant serait ainsi celui de l’individu qui ne sait pas s’autocontrôler, au sens d’Elias, qui se laisse aller, qui est sujet à des excrétions, à des odeurs, dont la peau est prurigineuse, dont la chair prolifère, ou dont tout le corps est morbide, porteur d’une maladie contagieuse. Comment la labellisation « dégoût » est-elle construite par l’institution ? Que doit-elle à des stigmates physiques susceptibles de provoquer le dégoût ? Que doit-elle surtout en propre à des pratiques institutionnelles ?

• La gestion politique du dégoût. Depuis plusieurs années, le rapport de l’Etat aux corps fonctionne à la fois à la biologisation du politique et à la politisation du biologique. Dans une perspective inspirée de Foucault, il est possible d’écrire qu’il y a un saisissement des corps, et un nombre plus important de conduites touchant au corps et à la santé qui passent dans l’orbite du politique. Parmi ces corps, les corps dégoûtants occupent une place centrale. Leur gestion relève sinon d’une prévention de la déviance, plutôt d’une assomption du dégoût qu’ils provoquent. Que l’on songe par exemple à l’obésité ou à l’anorexie (et son exposition) qui sont devenues des enjeux politiques de santé publique. Que l’on songe aussi au corps mourant, au corps des SDF, au corps des séropositifs, au corps des handicapés, qui sont tantôt l’objet de campagnes de relégation hors de la vue, tantôt de campagnes visant à atténuer le stigmate et jouer la vie en commun dans l’espace public. A quoi ressemblent ces technologies de gestion politique des corps dégoûtants ? Qui en sont les acteurs et les sujets ? Retrouve-t-on explicitement la trace du dégoût dans les attendus, les processus législatifs et les codifications qui en découlent ? Enfin, quel est le « traitement » réservé à ces corps : repérage, stigmatisation, occultation, abandon, domestication, élimination, ou restauration d’une hétéro-contrainte politique quand l’autocontrainte paraît défaillante ?

• Mises à distance et technique. Séance commune avec le GT 41 « Corps, Techniques et Société ». Comment les techniques servent-elles ou créent-elles de la distance au corps ? Cadavres, substances, altérité : comment les techniques repoussent-elles ou consolident-elles les frontières de l’effroi ou du dégoût ?

A envoyer impérativement, par e-mail à Emmanuel Taïeb (etaieb@club-internet.fr), avant le 15 septembre 2008 au plus tard :

1. Une proposition détaillée de communication (4500 signes maximum), format Word « .doc » ou « .rtf ». Les auteurs devront préciser, dans l’ordre, les caractéristiques suivantes de leur travail : le ou les thèmes auxquels se rattache leur intervention, l’objet, le questionnement, le terrain, les catégories et le nombre de personnes interrogées (ou à défaut, les corpus systématiques de sources sur lesquels ils s’appuient si ce travail n’est pas lié à un terrain), et la méthode adoptée.

2. Un résumé de la proposition de 1400 signes (espaces inclus).

Attention : la participation au Congrès est payante, et les frais de déplacement et d’hébergement sont à la charge de l’intervenant. Le Congrès se tiendra du 14 au 17 avril 2009 dans les locaux de l’Université Paris 7 sur le site des Grands moulins (XIIIe arrondissement).

Réseau thématique 17 de l'AFS.
« Gestion politique du corps et des populations»


Responsables :
Dominique Memmi, dominique.memmi@csu.cnrs.fr
Gilles Raveneau, raveneau@mae.u-paris10.fr
Emmanuel Taïeb, emmanuel.taieb@iep-grenoble.fr

Organisateurs pour l'année 2008-2009 :
Bruno Bertherat, Alain Giami, Dominique Memmi, Florence Ollivier, Gilles Raveneau, Gérard Rimbert, Emmanuel Taïeb

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • lundi 15 septembre 2008

Mots-clés

  • politique, corps

URLS de référence

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le dégoût d'institution », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 19 juin 2008, http://calenda.org/198477