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Publié le jeudi 03 juillet 2008 par Pierre Mercklé

Résumé

Appel à contributions pour un colloque international, Lyon,13-14 novembre 2008

Annonce

Les sciences sociales ont longtemps pris le dualisme « ville-campagnes » comme un fait positif et ont construit ces notions comme des types d’organisation sociale antithétiques conduisant à des formes de relations, d’organisation et de personnalités sociales, à bien des égards, opposées. La segmentation des relations sociales semble devoir caractériser la ville : selon le sociologue américain Louis Wirth, la ville, espace dense et socialement hétérogène, favoriserait la multiplication des rencontres ponctuelles entre individus issus de groupes sociaux différents. Dans ces rencontres, les individus endossent des rôles spécifiques qui ne renvoient qu’à une petite partie de leur existence. On se rencontre en tant que collègue sur le lieu de travail mais on ignore souvent beaucoup de choses de leur vie privée et familiale. Les citadins ne connaissent le plus souvent qu’une petite partie de la vie de leurs congénères, ce qui favorise des relations partielles, le maintien d’un certain anonymat. De même la ville aurait tendance à favoriser la prise de distance par rapport aux groupes dont l’individu est issu puisque les rôles qu’il endosse sont liés à des univers sociaux très différents. Le soi segmenté, cloisonné, discontinu des citadins est donc aussi un soi moins engagé dans les communautés.

De l’autre côté, la campagne a longtemps été liée à l’image de la surdétermination des relations sociales : si les individus à la campagne se rencontrent également dans des situations où ils remplissent un certain rôle, ils sont connus bien au-delà de ce rôle. Le maire des petites communes est ainsi souvent aussi un client, un voisin bien connu ou encore un cousin plus ou moins éloigné de bon nombre de ses administrés. La multiplication des situations et des rôles où l’on se rencontre, l’ancienneté de l’interconnaissance à la campagne fait que l’on est connu d’abord personnellement par les autres membres de la collectivité. Conçu comme un monde relativement clos, doué d’une certaine unité culturelle et caractérisée par la présence à différents niveaux d’un groupe social principal (les paysans ou agriculteurs) le milieu rural serait alors une société où tout le monde se connaît pleinement et où l’anonymat est peu présent. Cette connaissance ancienne de la personne dans ses différents rôles à la campagne s’oppose considérablement à la connaissance fragmentaire, segmentée, discontinue de la ville.

Le visage des mondes ruraux de ces deux derniers siècles s’écarte cependant fortement de cette construction théorique : le 19e siècle dévoile des espaces où la mobilité des individus est importante. Foires et marchés, migrations temporaires vers les villes ou les campagnes pour trouver du travail sont autant d’occasions de contacts qui peuvent donner lieu à des relations suivies. Plus fondamentalement, l’analyse des recensements de population montre combien le renouvellement des populations villageoises était considérable et par suite laisse supposer une certaine hétérogénéité et une moindre interconnaissance que celle attendue par le modèle. Au long de la seconde moitié du 20e siècle, les agriculteurs deviennent un groupe très minoritaire dans le monde rural ; des membres d’autres groupes sociaux renforcent leur présence ; de nouveaux venus s’installent pour une durée sans terme précis ; des navetteurs et des touristes vivent par intermittence avec des résidents permanents. Les mondes ruraux du 19e comme du 20e siècle constituent un espace où la différenciation sociale (du moins telle que les sources ou les pratiques d’enquête permettent de la mesurer) le cloisonnement des relations, l’« anonymat » ne peuvent facilement être négligés. À cet égard, ils présentent des traits habituellement attribués à la matrice urbaine.

Ces constats nous amènent à nous poser un certain nombre de questions relatives aux relations sociales dans les mondes ruraux au long des deux siècles écoulés : comment s’organisent et se régulent une sociabilité lorsque augmente la distance sociale et l’hétérogénéité sociale entre les individus sur un même territoire ? L’hétérogénéité sociale est-elle régulée de la même manière du 19e au 20e siècle ? Plusieurs thèmes peuvent ainsi être plus spécifiquement abordés :

1) Formes d’hétérogénéité sociale et relations sociales dans les mondes ruraux

La plus grande variété sociale des résidents conduit-elle nécessairement à des relations plus anonymes, à une moindre personnalisation des relations, à un plus grand cloisonnement des existences individuelles ? Cette variété a aussi à voir avec la question de la stratification sociale. Comment la présence d’individus de nouveaux groupes sociaux modifie-t-elle la hiérarchie sociale dans les mondes ruraux et modifie-t-elle les rapports sociaux - éventuellement de domination - et la sociabilité de ces groupes ? Comment les différences en matière de mode d’appropriation et d’exploitation des ressources locales influencent-elles les relations sociales dans les mondes ruraux ? Quels rapports entretiennent les agriculteurs ou les autres entrepreneurs qui exploitent une partie du territoire local et les certaines professions salariées qui ne font qu’y résider et souhaitent utiliser l’espace local plutôt sur un mode récréatif ? Dans quelle mesure le statut de propriétaire ou de locataire structure-t-il les relations au niveau local ?

2) Mobilité résidentielle, sociabilité rêvée et réelle

Outre les différences sociales, l’ancienneté de résidence est une autre source de différences. Cette perspective fait écho à un précédent colloque de l’ARF sur le thème de « l’étranger à la campagne » (Nantes, 1993). La croissance démographique récente de la population de certaines zones rurales et péri-urbaine conduit à des situations de coexistence entre des individus définis ou se définissant par l’« autochtonie » et de nouveaux venus, souvent issus de zones urbaines. Comment les nouveaux venus sont-ils acceptés par les résidents plus anciens, bref comment se fait ou non le lien social, et comment les proximités sociales jouent-elles dans l’intégration des personnes récemment arrivées ? Comment les ex-résidents qui ont migré dans d’autres régions ou à la ville conservent-ils des relations (et de quel type) avec ceux qui sont restés ?

Les citadins mobilisent l’image positive du village pour parler de leur quartier de résidence. On peut s’interroger sur ce paradoxe qui consiste à prendre un modèle non-urbain quand il s’agit de parler positivement de la ville. Ce goût pour une vie villageoise peut être interrogé. Quelles relations se nouent au sein de ces espaces urbains et dans quelle mesure se distinguent-ils des relations dans les espaces ruraux dans lesquels d’anciens citadins se sont installés. Le rêve (ou autrement dit la représentation) d’une sociabilité de village rencontrent-il la réalité vécue au quotidien des nouveaux arrivants ?

3) Rythmes spatio-temporels différenciés et contacts

Des différences individuelles en matière de rythmes spatio-temporels sont particulièrement fortes aujourd’hui dans les mondes ruraux. Les résidents secondaires, les navetteurs et les résidents permanents n’ont pas la même présence, ni les mêmes intérêts sur un territoire donné. Comment s’engagent et se développent les relations entre ces différentes catégories d’acteurs, dont l’importance varie très fortement en fonction des territoires eux-mêmes (zone péri-urbaine, « rural profond », ...). L’opposition trop tranchée entre les navetteurs qui passent une partie de leur temps ailleurs que dans le monde rural où ils résident est sans doute une image d’Épinal car elle laisse supposer que les résidents permanents ont toutes leurs activités sur une petite aire géographique. Or, les moyens de communication sont aujourd’hui dans bien des régions aussi développées qu’en ville, et les activités des ruraux peuvent avoir lieu aussi sur plusieurs sites dont certains urbains. L’usage généralisé des supermarchés laisse à penser que les relations sociales et les occasions de rencontre sont loin d’être réduites au « village ». Plus largement encore on peut se demander quel est l’impact des nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC) sur la sociabilité en milieu rural ? Comment modifient-elles l’échelle spatiale des relations sociales ? Quelle est finalement l’unité géographique (commune/intercommunalité/région/pays/...) pertinente pour analyser ces relations ?

Ces rythmes spatio-temporels hétérogènes et ces différences sociales sont particulièrement marqués dans le contexte du tourisme. Quel est l’impact des visites brèves de touristes dans le monde rural (en gîte, camping ou chambre d’hôtes, dans les fêtes de village) ? Ces interactions brèves entre des personnes de milieux souvent très différents sont l’occasion de connaître de nouvelles régions, de nouvelles pratiques. Elles sont à bien des égards proches des contacts en milieu urbain noués entre des inconnus. Ces contacts ponctuels peuvent néanmoins se répéter d’une année sur l’autre (cas des salariés agricoles saisonniers, des touristes en gîtes ou en chambres d’hôtes) et produire des relations interpersonnelles durables et fortes.

4) Lieux et structuration de la sociabilité en milieu rural

Comment à la campagne les occasions de contact et de rencontre entre les individus venant de différents groupes sociaux ou d’univers spatio-temporels distincts sont-elles organisées ? Quelles sont les situations publiques que les institutions locales (associations, etc.) proposent pour le contact entre les individus ? Quelles sont les occasions au sein des espaces privés où des liens se nouent et s’entretiennent ? Quelle est l’importance des fêtes, des marchés, du tourisme ? Quel est l’impact dans le monde rural d’instances comme les organisations professionnelles, les associations, le conseil municipal, la paroisse et surtout l’école et les associations de parents d’élève où des gens de milieux très différents sont obligés de collaborer sur une base qui est d’abord territoriale ? Comment toutes ces institutions ou organisations influencent-elles la formation et l’entretien des réseaux d’interconnaissance des individus ?

5) Types de relations sociales : conflit, concurrence et collaboration entre groupes sociaux

La littérature sociologique et historique a insisté sur les conflits d’usage de l’espace rural, qu’en est-il des collaborations, de l’aide et du service, y compris dans des échanges assymétriques comme l’entretien et la surveillance d’une « maison de campagne » ? La question des conflits (conflits d’usage et d’appropriation de l’espace, conflit de légitimité sur les scènes locales du pouvoir, conflits de voisinage...) est l’objet de préoccupations pour de nombreux acteurs de terrain et fait l’objet de recherches actuelles. Si l’interconnaissance conduisait, selon les représentations construites, à une situation où « l’on était condamné à s’entendre au sein d’une communauté villageoise, très réduite », ces conflits laissent apparaître semble-t-il une absence de mode de régulation pré-construite et d’espaces publics où la parole puisse être échangée. Il importe de s’interroger, sous l’angle de la différenciation, sur l’évolution des formes de coordination et de régulation des conflits entre différents groupes sociaux dans les mondes ruraux tout au long des 19e et 20e siècles.

Calendrier et modalités de soumission

Les propositions de communication devront être envoyées par courrier électronique avant le 20 juillet 2008 à l’adresse suivante : arf-ler@ish-lyon.cnrs.fr Outre le nom, les coordonnées et l’institution de l’auteur elles devront comporter un résumé de 4 000 signes environ. Le comité d’organisation sera en charge de la sélection des communications. Une réponse à chacune des propositions sera expédiée début septembre. Les textes des propositions retenues devront nous parvenir fin octobre et comporter 50 000 signes maximum (texte, note, annexes et bibliographie). Une publication des actes est prévue.

Comité d’organisation

Jean-Luc Mayaud (président de l’ARF, Université Lyon 2, LER) Aline Brochot (CNRS, LADYSS Université Paris I) Gaëlle Charcosset (LER Lyon) Pierre Cornu (Université Clermont-Ferrand 2, LER et CHEC) Christophe Giraud (Université Paris Descartes, CERLIS) Vanessa Manceron (CNRS-Museum national d’histoire naturelle) François Purseigle (Institut national polytechnique, ENSA Toulouse)

Comité scientifique

Un comité scientifique est chargé de l’évaluation de la sélection des propositions de contribution au colloque et de la programmation de celui-ci. La liste de ses membres sera affichée prochainement.

L’organisation matérielle du colloque est assurée par le Laboratoire d’études rurales (EA 3728-Usc INRA 2024). Correspondance : LER /ISH Colloque Ruralités européennes contemporaines 14 avenue Berthelot, 69363 Lyon cedex 07 courriel : arf-ler@ish-lyon.cnrs.fr

Colloque international de l'Association des ruralistes français (ARF)


Correspondance :
LER /ISH
Colloque Ruralités européennes contemporaines
14 avenue Berthelot, 69363 Lyon cedex 07
courriel : arf-ler@ish-lyon.cnrs.fr

Lieux

  • LER /ISH
    Lyon, France

Dates

  • dimanche 20 juillet 2008

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Ruralités européennes contemporaines Diversité et relations sociales », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 03 juillet 2008, http://calenda.org/198483