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Publié le vendredi 31 octobre 2008 par Pierre Mercklé

Résumé

2ème Journée d'études du séminaire "Société Terminale", Strasbourg, vendredi 14 novembre 2008 Blogs, webcams, pornographie, vidéosurveillance, téléréalité... Comment les nouveaux médias contribuent-ils, par la mise en spectacle et les jeux de miroirs, à une reconfiguration du lien social et des formes de la subjectivité ?

Annonce

Cette Journée d’études s’inscrit dans la continuité des recherches de l’UMR 7043 "Cultures et sociétés en Europe" sur les "impacts et usages des nouvelles technologies". Le fil rouge de cette réflexion collective nous est fourni par une figure récurrente de la littérature d’anticipation, que nous proposons depuis le début de nos travaux sous l’intitulé de "société terminale" : une société dans laquelle le médium technique, tout en interposant ses terminaux de plus en plus quotidiennement comme ce qui permet aux individus de communiquer, les isole paradoxalement les uns des autres.

Pourtant, les personnages cyberpunks du "geek" rivé à l’écran de son ordinateur, ou du "no-life" fuyant les contacts directs, s’avèrent dans la réalité ne concerner qu’une minorité. L’un des effets remarquables de ce recours généralisé à l’outil de communication est au contraire la mise en spectacle de soi. L’épaisseur que le médium introduit entre les interlocuteurs, en occultant leur visibilité l’un à l’autre, en autorisant l’anonymat, en privilégiant dans de nombreux cas l’écrit sur l’oral, suscite tout un jeu de vitrines, de masques et de miroirs, dans des pratiques sociales dont l’extension sociale est d’autant plus importante qu’elles sont largement médiatisées : blogs publiant les cahiers intimes et les photos de leurs rédacteurs, sites Internet de particuliers qui proposent à leurs visiteurs la vision de leur domicile en continu par webcam, espaces de rencontres et de jeux en ligne, talk-shows télévisés, émissions de téléréalité filmant la vie quotidienne et les confidences d’un groupe en confinement, mise en scène de la sexualité dans une pornographie dont les prises de vues sont de plus en plus invasives.

Plus passivement et plus insidieusement, les êtres humains s’habituent depuis quelques années à être observés, sur leur lieu de travail, dans les magasins, dans l’espace public, voire à leur domicile, au travers de dispositifs de surveillance de leurs échanges téléinformatiques et de vidéosurveillance de leurs faits et gestes. Des bracelets, des implants, ou simplement nos téléphones portables, permettent de suivre nos déplacements par GPS. La miniaturisation, et demain les nanotechnologies, améliorent les techniques d’imagerie médicale et permettent d’implanter à l’intérieur de l’organisme des systèmes de diagnostic et d’alerte à distance, modifiant ainsi notre rapport intime à notre propre corps.

Cette mise sous le regard d’autrui de ce qui nous est le plus intérieur est de mieux en mieux acceptée, socialement et individuellement, sous la pression d’un discours de prévention des risques. La sécurité des personnes et des biens, davantage que le respect de la vie privée, est devenue une condition de la vie en société, voire de la démocratie et de la civilisation.

Les figures du Big Brother de George Orwell, ou du Panopticon de Bentham popularisé par Michel Foucault, ne suffisent donc plus à rendre compte d’un phénomène qui ne relève pas que du contrôle terroriste par un pouvoir totalitaire. Big Brother est devenu le titre d’une émission de téléréalité (dont Loft Story est la transposition française) dans laquelle les participants ont fait librement le choix de leur exhibition. La valorisation sociale et professionnelle qui peut en résulter rend la participation à ce type d’émission potentiellement désirable pour le public. De même, la pornographie est devenue un “star system”, les blogs permettent à des inconnus d’accéder à une notoriété que le monde traditionnel de la production artistique et de l’édition leur interdisait.

Le terme de dispositif, repris ici de Foucault pour être appliqué à un univers fortement reconfiguré par les nouvelles technologies, appelle un travail conceptuel. Les dispositifs formatent les relations sociales et intersubjectives jusque dans la construction psychologique du soi et de l’autre. En cela, la mise en spectacle de soi a des effets en retour spéculaires : elle transforme le sujet en profondeur, elle le moule à ses dispositifs, mais elle l’incite aussi à s’y adapter activement, voire à les subvertir, pour en tirer bénéfice.

Si les dispositifs sont bien au service de quelque pouvoir, on doit alors souligner l’essence paradoxale de ce dernier. Car si la société requiert des individus qu’ils participent au contrôle social en intériorisant ses instances, c’est bien qu’il y a quelque chose à contrôler, un espace en eux de liberté et d’ombre qui nécessite ce contrôle. On s’intéressera donc aux façons dont le sujet, qui sollicite ainsi le regard d’autrui pour se construire, réorganise aussi sa résistance aux effets potentiellement délétères de ce regard, en arrivant toujours à y soustraire une part de lui-même.

Entrée libre. Salle de conférence de la Maison Interuniversitaire des Sciences de l'Homme Alsace (MISHA), 5 allée du Gal Rouvillois, Strasbourg.
Programme et resenseignements : schmoll@misha.fr

Lieux

  • MISHA
    Strasbourg, France

Dates

  • vendredi 14 novembre 2008

Mots-clés

  • communication

Source de l'information

  • Liens socio
    courriel : Pierre [dot] Merckle [at] ens-lsh [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Dispositifs spec[tac]ulaires », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 31 octobre 2008, http://calenda.org/198535