AccueilSur la pluralité des mondes industriels (XVIIIe-XIXe siècles) : contribution à une intelligence du capitalisme

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Publié le vendredi 17 juillet 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

En disparaissant prématurément, Gérard Gayot, professeur à l’Université de Lille 3, directeur de l’IFRÉSI de 2002 à 2008, président de l’Association française d’histoire économique de 2004 à 2007, a laissé un héritage qu’il faut faire fructifier. C'est l'objet de ce colloque. Prévu un an après sa mort, ce colloque ne saurait être une simple commémoration. Il s’agira plutôt, à partir de ses travaux, de tirer le bilan de trois décennies d’histoire économique et sociale de l’industrie aux temps de la seconde modernité (1680-1850), d’esquisser un inventaire des apports les plus récents et de tracer les pistes d’un renouvellement des questionnements dans ce domaine. Ceux-ci fournissent, aujourd’hui encore, autant d’entrées possibles à la construction d’une intelligence du capitalisme.

Annonce

En disparaissant prématurément, Gérard Gayot, professeur à l’Université de Lille 3, directeur de l’IFRÉSI de 2002 à 2008, président de l’Association Française d’Histoire Économique de 2004 à 2007, a laissé un héritage qu’il faut faire fructifier.

Historien du drap de Sedan, de la laine, des grands manufacturiers et des ouvriers qualifiés au XVIIIe siècle, il savait anticiper, emprunter des chemins de traverse et ouvrir de nouvelles pistes de recherche. On retiendra, entre autres, l’attention qu’il porta, très tôt, à la construction et au fonctionnement des territoires de l’industrie, au rôle des institutions de l’économie de marché, à la production et la circulation de l’information économique, à la culture d’entreprise ou bien encore aux mots pour dire et aux gestes pour faire l’ouvrage. Les Ardennes encore et toujours, mais aussi le pays de Liège, la Rhénanie, la Saxe entre les années 1650 et 1880, l’Europe du textile en longue durée, pour tout dire : Gérard franchissait allègrement les frontières des États comme il se jouait des cloisons entre les périodes et les disciplines.

Prévu un an après sa mort, ce colloque ne saurait être une simple commémoration : il ne l’aurait pas voulu ainsi et nous ne le souhaitons aucunement. Il s’agira plutôt, à partir de ses travaux, de tirer le bilan de trois décennies d’histoire économique et sociale de l’industrie aux temps de la seconde modernité (1680-1850), d’esquisser un inventaire des apports les plus récents et de tracer les pistes d’un renouvellement des questionnements dans ce domaine. Ceux-ci fournissent, aujourd’hui encore, autant d’entrées possibles à la construction d’une intelligence du capitalisme.

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Dans ce cadre, nous sollicitons les propositions de communication de tous ceux qui explorent aujourd’hui les voies nouvelles de l’histoire économique et sociale des XVIIIe et XIXe siècles. Plusieurs « entrées » retiennent plus particulièrement l’attention des organisateurs et forment l’ossature du projet de colloque :

1.    l’organisation et la dynamique des territoires

2.    le monde et l’esprit des entrepreneurs 

3.    les croyances et les engagements dans le monde productif 

4.    les produits et les circuits du commerce 

5.    le corps, les gestes et les techniques du travail 

6.    la condition ouvrière 

Thème n°1 : l’organisation et la dynamique des territoires :

les débats sur la proto-industrialisation, au cours des années 1980, n’ont pas manqué de mettre au cœur de la réflexion historienne tout ce qui a pu se nouer, au sein des manufactures, à l’articulation des rapports sociaux et des espaces productifs. C’est pourquoi, dans le prolongement des enseignements de l’éthologie et de la géographie, la notion de territoire économique et/ou productif a progressivement permis de cartographier et de caractériser les aires productives à la ville et aux champs en fonction de leur degré de cohésion. Toutefois, n’a-t-on pas abusé de cette notion pour caractériser des espaces manufacturiers où, faute d’une véritable appropriation des lieux, d’une réelle intensité de travail et d’une inscription significative dans le temps, le recours à celle-ci n’avait pas véritablement lieu d’être ? A-t-on suffisamment pris en compte, par ailleurs, le caractère mouvant des territoires, notamment quand les jeux de frontière recèlent un réel enjeu ? A-t-on enfin suffisamment considérée la perception spatiale que se font les acteurs de l’économie ? Ces questions, comme beaucoup d’autres, demeurent en suspens quand il s’agit de mesurer l’intensité et la part des effets endogènes dans la construction des dynamiques territoriales…

Thème n°2 : le monde et l’esprit des entrepreneurs :

saisir sur le métier et décrire les pratiques manufacturières s’avère indispensable pour comprendre la façon dont les acteurs de l’économie sont portés par les dynamiques du capitalisme. Pourtant, si les travaux de qualité ne manquent pas, s’est-on montré assez attentif à ces questions en scrutant tous ceux qui, infiniment petits, n’ont guère laissé de traces dans les archives ou peu s’en faut ? A-t-on pris la peine de bien différencier les entrepreneurs selon les différents secteurs d’activité ? Variations sur les niveaux ou la nature des activités, attention plus grande portée à la structuration toujours complexe des temporalités aussi : les uns prennent le vent du large quand d’autres réduisent la voilure, les uns créent, innovent tandis que d’autres disparaissent purement et simplement. Au carrefour de la « réinvention » des sources et du renouvellement des approches méthodologiques, voilà autant d’interrogations qui, sans viser à l’exhaustivité, doivent nous conduire à revenir sur ces questions en privilégiant probablement les temps de crise, là où les contrastes s’accusent tandis que les destinées se précipitent…


Thème n°3 : les croyances et les engagements dans le monde productif :

au-delà de la rationalité plus ou moins assurée du calcul tactique immédiat, les stratégies économiques des différents acteurs reposent sur des représentations, des convictions, des manières de se situer dans la société, des façons d’incorporer les schèmes de pensée dominants, bref une vision du monde et de soi, une grille de lecture propre à chacun dont bien des composantes, partagées par  le groupe, la classe ou la famille auquel on  appartient, agissent tout à la fois comme autant de contraintes et de ressorts pour l’action. Quelle vision de l’économie ont les acteurs économiques ?

Pour répondre à cette question, il convient bien sûr d’examiner les modalités de construction, d’appropriation et de transmission des représentations mentales et des catégories intellectuelles à travers lesquelles l’action économique est engagée, vécue, pensée et jugée. Ceci pousse à s’interroger, loin de tout psychologisme, sur les modes de lecture qui permettent aux acteurs d’orienter leur action, mais aussi, plus largement, sur le rapport au monde qui sous-tend leur engagement. Cette anthropologie des acteurs en situation suppose, par voie de conséquence, qu’on rende compte non seulement de la « boîte à outils » dont ceux-ci disposent, des indicateurs qui constituent leur « tableau de bord », mais aussi des catégories morales et philosophiques qui orientent leur jugement et leur permettent de qualifier leur action, qu’il s’agisse des représentations de l’espace et du temps, du travail, de la valeur et de la richesse, ou bien des modèles sociaux à partir desquels chacun construit son rôle, définit ses objectifs et légitime sa pratique ;

Thème n°4 : les produits et les circuits du commerce :

si les historiens empruntent depuis longtemps les routes du commerce et du grand négoce, les renouvellements les plus récents dans ce domaine portent à la fois sur les grands moments du commerce international que sont les foires, plus étudiées au Moyen Age que pour la seconde modernité (mis à part quelques notables exceptions) et sur les voies de traverse de tous les petits commerces qui irriguent l’économie pré-industrielle, mais que l’on ne connaît encore qu’insuffisamment. Ils portent également sur tout l’environnement du négoce, depuis les coûts du transport jusqu’aux moyens de paiement en passant par la construction culturelle du goût des consommateurs et l’élaboration de la réputation des produits. Toutes les propositions qui s’inscriront dans ces perspectives seront les bienvenues…

Thème n°5 : le corps, les gestes et les techniques du travail :

le corps au travail a fait l’objet d’assez nombreuses enquêtes d’ethnologues ou de sociologues, moins d’historiens. Il est vrai que les sources sont rares pour traquer l’ouvrier des périodes anciennes sur son ouvrage. Et pourtant, Gérard Gayot a montré comment la lecture attentive des conditions de rémunérations pouvait permettre de reconstituer non seulement les gestes, mais aussi les cadences imposées aux laineurs-tondeurs sedanais, la précision du doigté demandée aux fileuses. Ces travaux dessinent des pistes qui peuvent croiser, par exemple, celles de la santé au travail que bien des historiens ont parcouru ces derniers temps. En dehors du textile, très étudié, quels sont les renouvellements dans ces domaines qui confrontent, au plus précis de leur matérialité, les hommes à leur labeur ?

Thème n°6 : la condition ouvrière :

si l’historiographie française n’a pas eu son E. P. Thomson, il est clair que l’histoire sociale du travail a progressé, du côté de l’univers artisanal urbain dans un premier temps, du côté des ouvriers et des proto-ouvriers dans un second temps. Des angles morts subsistent. Ainsi, sans établir un questionnement visant à l’exhaustivité,

-    peut-on aller au-delà de l’assertion quand il s’agit, comme c’est encore trop souvent le cas, d’évoquer les réalités effectives de la généralisation et de l’intensification du travail lors de la mise en route du processus de la Révolution industrielle ? Outre le temps annuel consacré au travail (champ de recherche qui a connu récemment des avancées significatives à poursuivre), la place et la visibilité des femmes occupées d’industrie restent un chantier prometteur, tant leur reconnaissance sociale hors du champ familial reste problématique…

-    si des études récentes ont commencé à décrire le lent processus d’acculturation de la main d’œuvre au changement des techniques et de l’organisation des taches, beaucoup reste à faire dans ce domaine…

-    le comportement des populations laborieuses, enserrées dans les relations de travail mais aussi dans le rapport plus vaste au monde qui est le leur, reste un chantier lui aussi ouvert. Insubordinations, révoltes, conflits individuels : la mise en perspective des formes du refus de l’industrialisation et/ou de ses conséquences sociales ne saurait devenir effective sans une prise en compte de la nature et de l’efficience du contrôle des populations qui arrivent dans les villes industrielles ou se prolétarisent dans les campagnes.

L’enjeu de ce colloque, dont les actes seront publiés en 2011, est d’importance puisqu’il s’agit de dessiner des contours nouveaux de la recherche et de mettre en regard les renouvellements de l’histoire économique et sociale en Europe aux premiers temps de l’industrialisation. Plus largement, qu’est-ce que faire de l’histoire économique aujourd’hui, quelles sont les voies à ouvrir pour demain ?

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Toute proposition sera adressée avant le 1er octobre 2009 à colloquegayot2010@meshs.frsous la forme d’un résumé de 2 500 signes et un court curriculum vitae de l’auteur selon le formulaire joint 

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Ce colloque est organisé par :

  • La MESHS,
  • Le CNRS 
  • CALHISTE Valenciennes,
  • IDHE Paris,
  • IRHIS Lille 3

Comité d’organisation :

  • Corinne Maitte, PR Paris-Est Marne la Vallée, IDHE
  • Philippe Minard, PR Paris 8 et directeur d’études à l’ÉHESS, IDHE
  • Matthieu de Oliveira, MCF Lille 3, IRHiS
  • Didier Terrier, PR Valenciennes, CALHISTE
  • Frédéric Gendre, MESHS
  • Amandine Briffault, MESHS
  • Charlotte Hespel, MESHS
  • Myriam Caudrelier, MESHS

Comité scientifique :

  • Serge Chassagne, Pr.- Université de Lyon II
  • Geoffey Crossick, Pr. - Université de Londres
  • Jean-Claude Daumas, Pr. - Université de Besançon IUF
  • Luigi Fontana, Pr. - Université de Padoue
  • Jean Gadret, Pr. émérite - Université de Lille 1
  • Jean-Pierre Hirsch, Pr. émérite  - Université de Lille 3
  • Dominique Margairaz, Pr. - Université de Paris 1
  • Suzy Pasleau, Pr. - Université de Liège
  • Jürgen Schlumbaum, Pr. émérite - Max Planck Institut Göttingen
  • Patrick Verley, Pr.- Université de Genève
  • Denis Woronoff, Pr. - Université de Paris 1

Lieux

  • Lille, France

Dates

  • jeudi 01 octobre 2009

Mots-clés

  • Gérard Gayot, capitalisme, territoire, entrepreneurs, commerce, travail, ouvriers

Contacts

  • Matthieu de Oliveira
    courriel : matthieu [dot] deoliveira [at] univ-lille3 [dot] fr

Source de l'information

  • Matthieu de Oliveira
    courriel : matthieu [dot] deoliveira [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Sur la pluralité des mondes industriels (XVIIIe-XIXe siècles) : contribution à une intelligence du capitalisme », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 17 juillet 2009, http://calenda.org/198710