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Publié le vendredi 17 juillet 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

À l’heure où la valeur de l’expérience semble prendre de l’importance dans nos sociétés contemporaines pragmatiques, où le processus de production d’espaces exemplaires dans les pratiques d’aménagement urbain s’impose, nous souhaitons interroger le rôle joué, dans la fabrique des territoires, par les espaces dont la réalisation à l’échelle 1 a valeur démonstrative. La terminologie espaces-témoins sous laquelle nous invitons à les travailler, vise à ouvrir des pistes d’analyse au-delà de celles des bonnes pratiques ou du marketing urbain, et renvoie à la fois à des espaces-exemplaires, des espaces-test (maison-témoin se dit « test-house » en anglais), des espaces-expérimentaux ou encore des espaces-modèles. Du micro-espace urbain de l’Ile de Nantes réquisitionné pour tester le mobilier projeté sur ses espaces publics, aux lotissements-expositions de maisons individuelles réalisées dans les années 1960 ou aux actuels éco-quartiers, ainsi que de la banale maison-témoin de pavillonneur à la Cité manifeste mulhousienne, les espaces-témoins se déclinent à différentes échelles.

Annonce

À l’heure où la valeur de l’expérience semble prendre de l’importance dans nos sociétés contemporaines pragmatiques, où le processus de production d’espaces exemplaires dans les pratiques d’aménagement urbain s’impose, nous souhaitons interroger le rôle joué, dans la fabrique des territoires, par les espaces dont la réalisation à l’échelle 1 a valeur démonstrative. La terminologie espaces-témoins sous laquelle nous invitons à les travailler, vise à ouvrir des pistes d’analyse au-delà de celles des bonnes pratiques ou du marketing urbain, et renvoie à la fois à des espaces-exemplaires, des espaces-test (maison-témoin se dit “test-house”en anglais), des espaces-expérimentaux ou encore des espaces-modèles. Du micro-espace urbain de l’Ile de Nantes réquisitionné pour tester le mobilier projeté sur ses espaces publics, aux lotissements-expositions de maisons individuelles réalisées dans les années 1960 ou aux actuels éco-quartiers, ainsi que de la banale maison-témoin de pavillonneur à la Cité Manifeste mulhousienne, les espaces-témoins se déclinent à différentes échelles.

Espaces témoins, pris à témoin, témoins malgré eux…
La production d’espaces-témoins s’opère sciemment, notamment sous les auspices de l’expérimentation, avec la finalité d’inviter à s’inspirer de l’expérience entreprise. Dans d’autres cas, ces espaces peuvent être pris à témoins en raison de leur exemplarité proclamée au gré de pratiques d’évaluation et de distinction de professionnels. D’autres peuvent être promus de manière moins instrumentale par les profanes, au fil de changements de valeurs de nos mondes habités, voire encore devenir, de façon complètement inattendue, des espaces-témoins suite à des apparitions ou des disparitions. De la même manière, les espaces-témoins peuvent tomber dans le mutisme ou en désuétude. L’état de témoin n’est parfois qu’une étape.

L’actualité des éco-quartiers nous semble em­blématique d’un mode singulier de fabrication des territoires par l’espace-exemplaire intentionnel. Ils sont, en outre, intéressants en ce qu’ils constituent des espaces-témoins dont la teneur n’est pas réductible à leurs dispositifs spatiaux, quand les pratiques de leurs habitants sont parties prenantes de l’exemplarité déclarée de ces micro-territoires.

Quant à la Cité Manifeste, elle illustre bien la question de la trajectoire des espaces-témoins, l’expérience débutant avec les intentions initiales d’un bailleur HLM, les expériences technico-économiques et archi­tecturales du projet venant lui succéder. Aujourd’hui, le curseur de l’épreuve de démonstration de cet espace-témoin est positionné sur l’espace vécu, laissant émerger la question des rapports entretenus entre valeur de preuve, valeur de monstration et valeur d’usage. Les espaces-témoins sont-ils des espaces précurseurs (modes de vie proposés, solutions technico-économiques…) ? Par quelles pratiques de visites, de récits, de monitoring sont-ils animés ?

Espaces-échantillons, espaces du faire en commun
La ville se fait ainsi par échantillonnage, c’est-à-dire selon un mode d’action qui consiste à commencer par un petit bout représentatif, avant d’envisager le grand. Pour les acteurs engagés, on peut alors considérer qu’il ne s’agit pas seulement de preuve mais d’épreuve, de convaincre comme de s’auto convaincre, de prouver comme de s’éprouver. En quoi ces espaces sont-ils des répétitions, des étapes, des préfigurations ? Leur construction peut-elle être considérée sous l’angle de l’agir en commun, comme un moment de con­centration ou d’intensification d’un réseau d’acteurs qui requiert des compétences particulières ? De quelle manière se trouvent mobilisés ces espaces construits dans la production future de la ville ? Comment sont réinvestis les aléas de la preuve (erreurs, problèmes, changements…) ?

Espaces-expositions, espaces-modèles, espaces-matrices
À la différence d’autres modes d’administration de la preuve, l’espace-témoin est une production “grandeur nature” qui implique donc un régime de visibilité et une mobilisation de l’espace spécifiques. Espaces visitables, préhensibles à l’échelle humaine, espaces du “jugé sur place”, on invite à les investir sous l’angle de la puissance du voir. Nous avons parfois affaire à des espaces-modèles qui renvoient à l’existence d’un système de production de l’espace souvent proche de modes de faire industriels, avec des produits reproductibles à l’envi et dont la dimension expérimentale est alors faible, voire s’y pose en tension. À l’heure des maquettes virtuelles, que deviennent les show-room ? Dans quelle mesure les projets urbains ne sont-ils pas des expositions universelles, non plus éphémères mais continuelles, des espaces de vente à l’air libre qui ne disent pas leur nom ? Au sujet des stratégies, nous invitons aussi à considérer les contournements des modèles ainsi que les contre-exemples.

En entrant par l’espace lui-même, cet appel entend renouveler les approches du terrain des bonnes pratiques, notamment en adoptant une posture de mise en perspective critique des phénomènes d’exemplarité qui évite l’écueil du compte-rendu d’expériences ou se différencie du mode du récit évaluatif de projets urbanistiques. Les dimensions anthropologique et historique des phénomènes pourront être investies de même que des approches visant à renseigner des aspects théoriques des catégories avancées ici.

Échéance :

note d’intention d’une page environ pour le 1er novembre 2009. Textes à remettre pour le 1er février 2010. Parution en juin 2010.

Envoi de votre note d’intention aux adresses suivantes simultanément : lieux.communs@nantes.archi.fr
guillaume.ertaud@nantes.archi.fr

Coordination :

Anne Bossé, Élise Roy

Dates

  • dimanche 01 novembre 2009

Contacts

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les espaces témoins », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 17 juillet 2009, http://calenda.org/198712