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René Vautier, le cinéma de haute lutte

En présence du cinéaste

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Publié le lundi 24 août 2009 par Marie Pellen

Résumé

René Vautier. Cinéaste français né en 1928. Intègre les FFI, décoré de la Croix de Guerre à 16 ans. En 1946, René Vautier se présente à l’IDHEC où il est reçu premier à l’écrit, deuxième à l’oral. Durant ses études, il participe clandestinement à la réalisation de La Grande lutte des mineurs, œuvre collective signée par Louis Daquin (1948). En 1950, en dépit de la censure française qui lui confisque une grande partie de ses bobines, il réussit à terminer Afrique 50, film commandé en 1949 par la Ligue de l’Enseignement et qui devient le premier film anti-colonialiste français. Le film lui vaut treize inculpations et une condamnation à un an de prison. Toute son œuvre constitue une réponse, souvent héroïque, aux injustices politiques de son temps, et une réflexion en images et en sons pour y remédier. René Vautier aurait réalisé environ 180 films, son œuvre, dispersée par les urgences de l’histoire, reste largement à identifier, retrouver et restaurer.

Annonce

En hommage à ce cinéaste majeur dont l'œuvre reste encore trop méconnue et sous-évaluée, Nicole Brenez et les Trois Lumières organisent deux Journées d’études consacrées au parcours et à l'œuvre de René Vautier, à l’Institut National d’Histoire de l’Art/Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Pour réfléchir collectivement à cette œuvre cruciale et aux différents problèmes qu’elle pose sur les plans historiques, esthétiques et patrimoniaux, un partenariat a été établi avec la Cinémathèque de Bretagne qui collecte, conserve et restaure l’œuvre de René Vautier.

Les Journées se tiendront à l’Auditorium de l’INHA les 3 et 4 septembre 2009 avec les présences et participations de René Vautier, Soazig Chappdelaine, Moïra Vautier et Alain Vautier (Directeur des antennes et des programmes du pôle France 2). Un programme de films de et sur René Vautier, dont l’exemple inspire une génération de jeunes cinéastes et vidéastes, ponctuera interventions et débats.

À l’occasion de ces Journées, sera monté et montré pour la première fois le film collectif de la rencontre entre Jean-Luc Godard et René Vautier, qui fut organisée le 4 novembre 2002 par les Ecrans Citoyens à l’Institut d’Art et d’Archéologie.

Le cinéma de René Vautier est un cinéma d’intervention autrement dit «  un cinéma qui, reflétant une réalité sociale, est suffisamment intégré dans cette réalité pour influer sur l’orientation de son évolution »[1]. Sa lutte par les images contre toutes les formes d’oppression, politiques, économiques et culturelles (censure) n’a jamais cessé depuis Afrique 50. Combat contre le capitalisme ('Un homme est mort', 1951, 'Anneaux d’or', 1955, 'Transmission d’expérience ouvrière', 1973, 'Quand tu disais, Valéry', 1976) ; contre le colonialisme et plus particulièrement la guerre d’Algérie ('Une nation, l’Algérie', 1954, 'Algérie en flammes', 1958, 'J’ai huit ans', 1961, co-r. Yann et Olga Le Masson, 'Avoir 20 ans dans les Aurès', 'Techniquement si simple' et 'la Caravelle', tous trois en 1971, ainsi que l’enregistrement de nombreux témoignages sur la torture) ; contre le racisme en France ('les Trois cousins', 'les Ajoncs', 1970, 'le Remords', 1974) ; contre l’apartheid en Afrique ('le Glas', 1970, 'Frontline', 1976) ; contre la pollution ('Marée noire et colère rouge', 1978, 'Hirochirac', 1995) ; contre l’extrême-droite française ('À propos de l’autre détail', 1984-88) ; combat en faveur des femmes ('Quand les femmes ont pris la colère', co-r. Soazig Chappedelaine, 1977), combat pour la Bretagne, à laquelle il a consacré des documentaires ('Mourir pour des images', 1971, 'le Poisson commande', 1976). 'la Folle de Toujane', co-r. Nicole Le Garrec, fiction documentée, 1974, établit un parallèle en l'Algérie et la Bretagne.

L’objectif de la première journée sera de réfléchir collectivement sur des questions historiques : les problèmes de corpus et d’accessibilité aux documents qu’entraîne une œuvre « d’intervention sociale » – dissémination des témoins, des films et des copies, pertes, destructions et conservation – œuvre pourtant vitale en termes de ce qu’elle propose comme archives pour une réécriture nécessaire de l’histoire officielle et sa transmission.

La deuxième journée sera consacrée à l’étude esthétique des films : la nature militante du cinéma de René Vautier s’appuie d’une part sur une extrême rigueur plastique, capable de faire au présent immédiat l’hommage de sa grandeur épique, et de l’autre sur une constante inventivité formelle, qui l’ont aidé à surmonter en toutes circonstances les difficultés pratiques liées à une œuvre “ d’intervention sociale ”. René Vautier représente, par ailleurs, l’archétype du cinéaste engagé, l’exemple de son courage intellectuel et physique a inspiré nombre de réalisateurs et techniciens ; il s’agira également de montrer pendant ces deux journées la fertilité et la pérennité du travail de René Vautier ainsi que l’influence prépondérante qu’il continue à avoir sur les jeunes réalisateurs d’aujourd’hui.

Institut National d’Histoire de l’Art / Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne) / Centre de Recherches en Histoire et Esthétique du Cinéma / Trois Lumières

En présence de René Vautier, Soazig Chappdelaine, Alain Vautier, Moïra Vautier

 3 septembre

René Vautier :  “Il ne faut pas laisser seuls les gouvernements raconter l’histoire”

(Kateb Yacine)

matin 

“Les cicatrices font partie du film” (René Vautier)

Président de séance : Gilbert Le Traon (Directeur de la Cinémathèque de Bretagne)

• Ouverture : Nicole Brenez

• Projection de Destruction des Archives, 10’ - avec commentaires de René Vautier

• Oriane Brun-Moschetti : L’œuvre filmique de René Vautier, un corpus, état des lieux

• Projection de Les Trois Cousins, 1969, 35’, 35mm, restauration par la Cinémathèque française en 2008

• Projection de Les Ajoncs, 1970, 12’, dans le seul état disponible

• René Vautier : Intervention

pause déjeûner

après-midi 1

 Résistance, maquis et contre-information

Président de séance : Bernard Benoliel (Directeur de l’Action culturelle à la Cinémathèque française)

• Oriane Brun-Moschetti : Le cas Afrique 50

• Olivier Hadouchi : En finir avec le monologue colonial : dialogue d'images à l'heure des luttes de libération

• Mahmoud Jemni : René l’Africain

• Projection : Entretien avec Pierre Clément filmé par René Vautier, 15’

• Table ronde : « Djamel Chanderli, Ahmed Rachedi, René Vautier, Pierre Clément, Cécile Decugis… les cinéastes dans les maquis algériens. » Raphaël Pillosio et Jérôme Laffont en dialogue avec Olivier Hadouchi et Nasradin Lazreg.

après-midi 2 

Travail de la contre-information dans le monde du travail

Président de séance : Jean Salem (Professeur de Philosophie, Université Paris 1 Sorbonne)

• René Vautier : Présentation et projection de Lettre filmée des gars de chez Hennebon aux gars de chez Lip (CM)

• Emilie Houssa : Les images-documents de René Vautier, ou quelles images pour contre-informer ?

• Olivier Azam : René Vautier et l’expérience Zalea

dîner

soirée 

René Vautier & Jean-Luc Godard : transmission d’expérience cinématographique

• Lionel Soukaz, Oriane Brun-Moschetti, Othello Vilgard, Mathilde de Romefort, Xavier Jeudon, Hélène Fleckinger, Antoine Page.

# Projection du film collectif inédit de La rencontre René Vautier / Jean-Luc Godard 

4 septembre

René Vautier : Stylistiques du cinéma engagé

matin 

Motifs de colère

Présidente de séance : Gabriela Trujillo (Doctorante à Paris 1, chargée de cours à l’Ecole du Louvre)

• Johanna Cappi : Des Aurès au Panjshir : soldats exposés (René Vautier/Christophe de Ponfilly)

• Hélène Fleckinger ; Sur Les femmes ont pris la colère de Soazig Chappedelaine et René Vautier

• Sylvain George (cinéaste) : Dialogue avec Soazig Chappedelaine

• Marie Martin : "En étrange pays dans mon pays lui-même" : travail du film et partage du sensible dans La Folle de Toujane de René Vautier

pause déjeûner 

après-midi 1 

Pour un interventionnisme formel

Président de séance : Hamé (écrivain, cinéaste, chanteur)

• Nicole Brenez : René Vautier et les traditions esthétiques de l’ingéniosité

• Marguerite Vappereau : De l’écriture à l’image : pour une éthique de l'intervention à travers les œuvres de René Vautier, Jean Genet et Jean-Luc Godard

• Hélène Raymond : Avoir 20 ans dans les Aurès : le happening au cœur de l'Histoire

• Amazigh Kateb : Chanson

• Thomas Schmitt : Présence de la chanson dans l’œuvre de René Vautier

pause

après-midi 2 

Filmer et dessiner René Vautier

Président de séance : Lionel Soukaz (cinéaste)

• Antonie Bergmeier : René Vautier et le film participatif

• Etienne Davodeau, Kris : Un Homme est mort, le retour des images mobiles sous forme fixe, et le transport des images dessinées vers le ciné-concert

• Projection d’un extrait du Ciné-concert de Olivier Benoît et Christophe Rocher

• Table ronde avec : Olivier Azam, Oriane Brun-Moschetti, Jérôme Laffont, Luc Lagier, Sabrina Malek, Leïla Morouche, Raphaël Pillosio, Lionel Soukaz, Arnaud Soulier

pause

• Table ronde finale. Modérateur : Bidhan Jacobs. Avec René Vautier, Soazig Chappedelaine, Alain Vautier, Moïra Vautier, Claude Arnal. 

• Projection de Afrique 50 Remix

Réception de clôture en salle Aby Warburg de la Galerie Vivienne.


[1] René Vautier, Caméra citoyenne. Mémoires, Rennes, Editions Apogée, 1998, p.51

Responsable scientifique : Nicole Brenez (MCF, HdR)

Université Paris I Panthéon-Sorbonne UFR 03 – HiCSA/CERHEC

Lieux

  • Institut National d'Histoire de l'art, rue des petits champs, Galerie Colbert, Auditorium, entrée libre
    Paris, France

Dates

  • jeudi 03 septembre 2009
  • vendredi 04 septembre 2009

Mots-clés

  • Cinéma ,René Vautier, documentaire, politique, guerre

Contacts

  • Johanna Cappi
    courriel : grhed [at] hotmail [dot] fr
  • les 3 Lumières ~
    courriel : lestroislumieres [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Johanna Cappi
    courriel : grhed [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« René Vautier, le cinéma de haute lutte », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 24 août 2009, http://calenda.org/198757