AccueilFrance et Allemagne : entre compétition et coopération dans le processus de construction d’un espace scientifique européen

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Publié le lundi 24 août 2009 par Marie Pellen

Résumé

Traitant de la construction d’un espace universitaire et scientifique européen, suite à la double impulsion du « choc du Spoutnik » et du « défi américain », le colloque se propose de mettre l’accent sur les évolutions en France et en République fédérale d’Allemagne, considérées dans une triple perspective de comparaison, d’échanges et de transferts, de positionnement l’une par rapport à l’autre, jusqu’à la mise en place du premier programme cadre européen en 1983. Il s’agit de s’interroger sur le renforcement des interactions, sur les motivations et les conditions de la coopération, sur les freins et les catalyseurs, et d’évaluer la « dynamique franco-allemande », souvent jugée décisive en matière de coopération scientifique, universitaire et technologique en Europe.

Annonce

date et lieu du colloque: 11 au 13 mars 2010, Paris
Organisateurs : IRICE (Paris I, Paris IV, CNRS) et Université de Saint-Étienne, avec le concours du Comité pour l’Histoire du CNRS
Direction scientifique : Corine Defrance, Ulrich Pfeil. Le choix des candidatures sera opéré par le Comité scientifique

Outre le processus de décision politique, les transferts d’idées et de biens matériels, les mutations et les convergences socio-culturelles et socio-économiques contribuent eux aussi à paver le chemin vers la coopération dans l’histoire de la construction européenne. C’est en ce sens que l’Europe doit être comprise comme un espace d’expériences que les hommes eux-mêmes ont créé au gré des migrations, des rencontres transnationales, des tractations réciproques et d’une communication renforcée par-delà les frontières nationales. Mais les institutions européennes, à tous les niveaux, contribuent aussi à la constitution de cet espace d’expériences et d’émotions : par les discussions et les décisions, elles dessinent les traits de la réalité européenne et renforcent sa visibilité. À côté de cette Europe politiquement et sociétalement construite se dégage encore un système de représentations et de symboles, si bien que l’on ne peut considérer l’Europe comme un simple contexte, mais comme un espace intrinsèquement lié à l’interaction sociale entre les membres de cette communauté.
Le processus de Bologne mis en place vers la fin des années 1990, qui permet d’homogénéiser le système d’enseignement supérieur et d’accroître ainsi la coopération en Europe, a été marqué dès le départ par la volonté de renforcer l’internationalisation et l’européanisation des établissements d’enseignement supérieur. Ce souhait semble coïncider avec la nature même de la science, étant donné que le savoir est considéré comme une valeur universelle et que l’universalité passe pour l’un des principaux idéaux de la science. Pourtant, au début du 20e siècle, l’organisation de la formation et de la recherche scientifiques prit sans cesse un caractère national plus affirmé et se déroula généralement dans un cadre national, si bien que l’échange et la coopération par-delà les frontières restèrent très limités jusque dans la deuxième moitié du siècle. En abordant dans ce colloque les problèmes d’européanisation de l’enseignement supérieur et de la recherche, nous soulevons la question de la convergence, de l’évolution commune des pays en Europe de l’Ouest et de leur adaptation à un standard commun. Par-delà la dimension technique, l’européanisation est aussi une question culturelle, par laquelle il s’agit de s’interroger sur ce qui unit et sépare les pays européens. Parmi ces pays européens, le colloque se propose de mettre particulièrement l’accent sur les évolutions en France et en République fédérale d’Allemagne considérées dans une triple perspective de comparaison, d’échanges, de transferts et de positionnement l’une par rapport à l’autre.
L’étude scientifique de ces questions n’en est qu’à ses débuts et n’a que marginalement retenu l’attention au cours des dernières années, bien que la contribution des relations scientifiques à la construction de cet espace européen ne doive aucunement être sous-estimée. Il faut s’interroger sur le renforcement des interactions et de la communication, sur les motivations et les conditions de développement, sur les résistances et les rivalités ; sur les freins et catalyseurs, sur la dialectique entre traditions nationales de la recherche et l’universalité de la science.
Suite à l’euphorie européenne de l’immédiat après-guerre et des premiers pas de la construction de l’Europe au début des années 1950, la conscience du caractère transnational de l’enseignement et de la recherche s’accrut dans les pays ouest-européens. La nécessité d’une coopération bi- et multilatérale dans le cadre (ouest-) européen se renforça elle aussi, afin de faire avancer la recherche européenne dans des champs scientifiques nouveaux. La fondation du Conseil européen pour la Recherche nucléaire (CERN) en 1952 en est le meilleur exemple. Mais il devait bientôt s’avérer que les structures nationales et les rivalités ou la compétition entre certains des acteurs de la science et de la recherche constituaient souvent des obstacles infranchissables pour la réalisation des projets européens.
Il fallut une double impulsion pour la construction d’un espace universitaire et scientifique européen. La première fut donnée par le „choc du Spoutnik“, satellite lancé par l’URSS en 1957, qui entraîna au niveau national un mouvement de réformes en raison du sentiment de crise du secteur éducatif et scientifique. La seconde fut le « technological gap » ressenti face aux États-Unis d’Amérique et la crainte d’être toujours plus distancé par la science et la technologie américaines (le « défi américain » pour reprendre le titre de l’ouvrage publié par Jean-Jacques Servan-Schreiber en 1967). Les États européens prirent alors conscience qu’ils n’avaient, seuls, ni les capacités financières ni les moyens de former et de mobiliser un potentiel scientifique (humain, matériel, organisationnel) suffisant pour répondre à ces défis. C’est ainsi que, dans les années 1970, on repère une certaine volonté des pays membres de la Communauté Économique Européenne de vouloir dépasser les obstacles qui avaient paru infranchissables, afin de développer la coopération en matière d’enseignement supérieur et de recherche et de renforcer les transferts de connaissances et les échanges d’enseignants et d’étudiants. Dans ce contexte, l’Institut universitaire européen de Florence, ouvert en 1976, est un des symboles de la transformation du paysage universitaire européen. Il ne s’agit pas seulement de savoir comment les pays européens ont réussi à surmonter les problèmes, mais aussi de se demander dans quelle mesure le processus de construction européenne avec les difficultés qu’il souleva – entre les États membres de la Communauté (CEE) et le reste des États ouest-européens d’une part ; au sein de la CEE d’autre part – entre intégration supranationale et coopération intergouvernementale –, bloqua ou au contraire permit le développement de nouvelles formes d’initiatives européennes en Europe.
La période qui est au coeur de ce projet peut ainsi être qualifiée de préhistoire, mais aussi, à bien des égards, de véritable point de départ du processus d’européanisation de l’espace universitaire et scientifique européen. Ces années représentent une phase fondamentale de transition entre une période où les différents acteurs européens avaient déjà pris conscience de l’impérieuse nécessité d’une coopération multilatérale en Europe, sans que l’Europe communautaire n’ait véritablement les moyens d’agir dans ce secteur, et le moment où la Communauté européenne sut se doter de compétences toujours plus importantes en matière de recherche : que l’on pense au premier programme cadre pour la recherche en 1983 et aux compétences de l’Union juridiquement toujours mieux affermies, de l’Acte unique de 1986/87 aux traités de Maastricht (1993) et d’Amsterdam (1997).
La politique de coopération scientifique et technologique menée en Europe, jusqu’aux années 1990, a souvent été « impulsée par une dynamique franco-allemande », estime l’un des plus grands spécialistes de l’Europe de la recherche, Pierre Papon, ancien directeur général du CNRS (L’Europe de la science et de la technologie, Grenoble 2001). Pourquoi ce partenariat privilégié en Europe ? Résulte-t-il du fait que la Communauté européenne, fondée sur les traités de Rom (1957) n’avait guère de compétences encore dans le champ scientifique et universitaire (hormis EURATOM) et ne pouvait donc pas être un acteur de premier ordre dans la champ scientifique et technologique dans les années 1960 et 1970 ? La France et la RFA compensaient-elles alors ce vide dans le processus de construction européenne ? N’y avait-il pas d’autres « tandems » alternatifs ou concurrents, porteurs de coopération scientifique ? Peut-on établir une grille d’analyse de la relation franco-allemande, en termes de coopération, de compétition ou de rivalité, en fonction des types d’acteurs et des différents secteurs scientifiques ?

Structure provisoire du programme

1ère thématique : le cadre de réflexion

– La place de la science et de la technologie dans l’histoire des relations internationales et européennes depuis 1945
– Qu’est ce que l’espace scientifique européen dans les années 1960 et 1970 ?
– Bilan des relations universitaires et scientifiques franco-allemandes à la fin des années 1950
– Analyse comparée et croisée des politiques universitaires et scientifiques en France et en Allemagne dans les années 1960 et 1970

2e thématique : Les acteurs dans les espaces scientifiques franco-allemand et européen

– les acteurs scientifiques nationaux, bilatéraux, multilatéraux ou communautaires européens
– les acteurs politiques, économiques, industriels et militaires

3e thématique : les projets, échecs et réalisations en matière de relations scientifiques franco-allemandes (dans un cadre bilatéral, multilatéral ou communautaire européen) en Europe

– initiatives franco-allemandes et projets bilatéraux
– initiatives franco-allemandes et projets multilatéraux
– place du « tandem franco-allemand » dans les projets européens

4e thématique: représentation et diffusion des espaces scientifiques français, allemand et européen (dans une perspective comparée franco-allemande)

– les expositions universelles
– les musées des sciences et des techniques
– l’art
– l’architecture

Le colloque se tiendra à Paris. Les frais de voyage et d’hébergement seront pris en charge dans la mesure des subventions obtenues. Les propositions – d’une page maximum – peuvent être adressées en français ou en allemand à Corine Defrance (corine.defrance@wanadoo.fr) et/ou Ulrich Pfeil (upfeil@orange.fr) avant le 15 septembre 2009. Merci d’y joindre également un court CV et une liste des principales publications.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • mardi 15 septembre 2009

Mots-clés

  • relations franco-allemandes, construction européenne, coopération scientifique, coopération universitaire, sciences

Contacts

  • Corine Defrance
    courriel : corine [dot] defrance [at] wanadoo [dot] fr
  • Ulrich Pfeil
    courriel : upfeil [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Corine Defrance
    courriel : corine [dot] defrance [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« France et Allemagne : entre compétition et coopération dans le processus de construction d’un espace scientifique européen », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 24 août 2009, http://calenda.org/198762