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Théologisation du politique et politisation du théologique

Theologisation of the Political and Politisation of the Theological

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Publié le mercredi 09 septembre 2009 par Marie Pellen

Résumé

La revue pluridisciplinaire de la Fondation Auschwitz de Bruxelles : témoigner entre Histoire et Mémoire (Paris, Éditions Kimé) publiera un dossier en janvier-mars 2011 consacré à la problématique du théologico-politique. Le dossier devrait permettre aux lecteurs de situer historiquement la question contemporaine des rapports entre théologie et politique, d’en comprendre la genèse et d’apprécier l’importance de celle-ci sur les enjeux du moment, pour finalement déboucher sur une mise en question de ce que peut bien signifier aujourd’hui, dans nos contextes, une dé-sécularisation des concepts profanes, à savoir un retour en force de la conceptualité théologique et du religieux dans le champ du politique.

Annonce

En 1922, le juriste allemand Carl Schmitt, qui ralliera plus tard le parti national-socialiste, donnait pour titre l’expression « Théologie politique (Politische Theologie) » à ses réflexions sur la souveraineté et la conceptualité politique moderne. On connaît la première phrase du troisième chapitre de l’ouvrage ici évoqué qui passe pour composer son théorème de la sécularisation : « Tous les concepts prégnants de la théorie moderne de l’État sont des concepts théologiques sécularisés. » Cherchant ce qui en elle relèverait d’une logique de l’emprunt, Schmitt aurait nié la puissance d’auto-affirmation de la modernité — telle fut, par exemple, la critique que lui adressa Hans Blumenberg.

Même si l’on doit bien reconnaître qu’il popularisa l’expression de « théologie politique », Schmitt reprenait en réalité la formule au pamphlet de l’écrivain russe Bakounine, intitulé La théologie politique de Mazzini. La question est effectivement plus ancienne qu’elle n’y paraît : de la Cité de Dieu d’Augustin (et de sa référence à Varon) aux contre-révolutionnaires français, en passant par l’hapax spinozien, de nombreux penseurs, théologiens et philosophes soulevèrent le problème des rapports complexes entre la sphère profane et la sphère sacrée — entre le politique et le théologique —, afin de revendiquer ou bien de refuser l’idée que l’on puisse penser théologiquement la politique ou politiquement la théologie.

En outre, une grande quantité d’auteurs entreprit, à la suite de Schmitt, de questionner les relations entre deux types de conceptualités : les concepts politiques modernes et les concepts théologico-religieux (d’origine pré-moderne). Alors qu’Erik Peterson s’efforça de démontrer l’impossibilité théologique de toute théologie politique chrétienne, n’écartant pas l’éventualité d’une théologie politique païenne ou juive, Jürgen Moltmann ou Jean-Baptiste Metz virent dans la Croix de Jésus un symbole éminemment politique. De Schmitt aux écrits les plus récents de Giorgio Agamben sur la biopolitique, qui voit dans la théologie chrétienne l’origine des catégories structurant le pouvoir étatique moderne, les auteurs intéressés par semblables questionnements sont légion depuis près d’un siècle.

Le dossier tentera d’explorer de façon philosophique, historique et critique la polysémie de ce que l’on peut entendre par « théologie politique », de ses usages et mésuages, de ses absences aussi, pour finalement déboucher sur une mise en question du retour en force actuel d’une théologisation des concepts politiques ou profanes (voire d’une politisation du théologique).

Chacune des contributions aura donc pour objectif d’éclairer la difficile question des relations entre théologie et politique pour ce qui concerne la légitimation de la modernité (et les arguments de ses critiques), ainsi que celle de la sécularisation et de son revers : l’éventualité d’une dé-sécularisation latente ou en cours. Les auteurs étaieront tantôt historiquement la thématique du dossier, en explorant les sources philosophiques, théologiques, politiques des diverses prises de positions possibles sur ces questions afin de les expliciter, tantôt ils aborderont les revendications actuelles du théologique et des institutions religieuses — toutes confessions confondues — sur les sphères du politique, de l’éthique, du savoir et du droit. Les articles pourront aussi bien concerner la « tradition » juive, chrétienne ou musulmane, dans l’optique souhaitée de livrer au lecteur un tour d’horizon multiconfessionnel de la thématique abordée.

Quelques articles s’attarderont sur des auteurs ou des périodes antérieurs à la popularisation de la question de la modernité formulée dans les années 1920, dans la mesure où ils chercheront à montrer en quoi ceux-ci aident à comprendre le questionnement contemporain relatif à la (dé-)sécularisation (Augustin, Eusèbe de Césarée, Maimonide, Averroès ou Spinoza, mais aussi Maistre, Bonald, Donoso Cortés et les philosophes de la contre-révolution, pour citer quelques auteurs), tandis que d’autres s’attacheront à étudier et à mettre en perspective l’importance de la thématique au XXe siècle (Schmitt, Löwith, Strauss, Benjamin, Voegelin, Blumenberg, Habermas, etc.) Certaines contributions se pencheront plus exclusivement sur les résurgences tout à fait contemporaines de considérations que l’on peut dire « théologico-politiques », aussi bien chez des penseurs de gauche que de droite — Jan-Werner Müller parlait d’une « théologie politique de gauche » en évoquant la pensée de Agamben, notamment. Sera par ailleurs approchée la question de la biopolitique, de ses racines religieuses ou théologiques, dans l’optique d’interroger la validité de cette notion dans le champ politique, au même titre que sa pertinence épistémologique.

Le retour des registres théologique et théologico-politique a pu, notamment, s’opérer par l’entremise d’une part considérable des discours autour du génocide des Juifs qui observent Auschwitz comme l’une des plus sérieuses conséquences du phénomène de sécularisation. C’est la modernité elle-même qui n’aurait pu dès lors embrasser d’autres issues que les catastrophes qui l’ont caractérisée : les camps de la mort et le goulag. Ces préhensions d’hier et d’aujourd’hui stipulent qu’un tel « événement » historique — l’« événement-Auschwitz » — demeurerait radicalement incompréhensible, indicible et irreprésentable, l’expulsant hors de l’histoire pour l’abandonner à des spéculations d’ordre apocalyptique ou mystico-religieux.  Ce cadre bien intégré, le dossier devrait permettre au lecteur de situer historiquement la question contemporaine des rapports entre théologie et politique, d’en comprendre la genèse, d’apprécier l’importance de celle-ci sur les enjeux du moment, pour saisir au bout du compte ce que peut bien signifier aujourd’hui, dans nos contextes, une dé-sécularisation des concepts profanes, une « théologie politique », un retour en force de la conceptualité théologique et du religieux dans le champ du politique et dans l’espace public, ainsi que les dangers potentiels qu’un tel regain est à même de susciter aujourd’hui.

Les contributions seront limitées à 30.000 caractères (notes et espaces compris) et devront s’en tenir au protocole de rédaction de la Revue qui sera transmis aux auteurs en temps voulu. Les articles des participants retenus devront être envoyés au coordinateur du dossier, dans une première version, pour le 30 juin 2010. Les textes feront l’objet d’une relecture par les soins du Directeur et par ceux de la Rédaction de la revue. Le coordinateur transmettra alors les éventuelles remarques du Comité de rédaction international aux différents contributeurs, avant que chaque participant ne fasse ensuite parvenir la version définitive de son texte.

Un avant-projet de 3000 signes maximum (tout compris) peut être envoyé au coordinateur du dossier (Tristan Storme), à l’adresse e-mail suivante : trstorme@ulb.ac.be, avant le 31 octobre 2009.

Il sera accompagné d’une notice biographique de 750 signes maximum, reprenant notamment le statut , les coordonnées complètes et éventuellement une liste des publications récentes du contributeur potentiel.

Dates

  • samedi 31 octobre 2009

Fichiers attachés

Mots-clés

  • théologie politique, sécularisation, dé-sécularisation, modernité, religion, politique

Contacts

  • Tristan Storme
    courriel : trstorme [at] ulb [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • Tristan Storme
    courriel : trstorme [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Théologisation du politique et politisation du théologique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 09 septembre 2009, http://calenda.org/198859