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Expressions et inscriptions sociales du corps

Le corps entre nature, personne, communauté et cosmos

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Publié le mardi 15 septembre 2009 par Marie Pellen

Résumé

Pour leur première édition, les ateliers thématiques en Philosophie des Sciences Sociales du laboratoire Logiques de l'Agir de Besancon se pencheront sur les enjeux théoriques de l'anthropologie du corps. Les contributions de doctorants et jeunes chercheurs en philosophie, sociologie, anthropologie, ou encore en histoire sont attendues.

Annonce

Par rapport à la constitution des grands repères théoriques des sciences humaines et sociales, l’intervention de la problématique du corps a été plutôt tardive. On peut en effet voir dans l’article de Mauss sur les techniques du corps (Mauss, 2004) le point de départ d’une approche sociologique de l’homme sous l’aspect de sa constitution physique, approche qui n’a fait par la suite que se développer, pour devenir aujourd’hui un thème largement débattu. En témoignent les publications récentes de grandes synthèses, qu’elles soient propres à une discipline (Godelier et Panoff, 2009, pour l’anthropologie ; Corbin, Courtine, Vigarello, 2005-2006 pour l’histoire) ou interdisciplinaires (Marzano, 2007). Cette conquête d’une autre dimension de la réalité humaine, sans doute trop laissée de côté par l’idéalisme implicite de nos cadres théoriques pour lesquels la participation à des formes de vie sociales est d’abord chose mentale, a progressivement induit la redéfinition des modalités générales de ce que signifie entrer en société. Ces évolutions récentes ont affecté conjointement les diverses sciences humaines ainsi que la philosophie, qui, cependant, a peut-être plus tardivement pris acte des enjeux soulevés, et qui a ainsi donné lieu à une tradition théorique largement distincte.

Parmi la multiplicité des approches théoriques du corps en société, on peut en effet noter l’existence en quelque sorte parallèle de deux traditions, d’importance égale, qui ont souligné chacune de leur côté des aspects différents de ce problème. Depuis les travaux fondateurs de Foucault sur les dispositifs de discipline et de sécurité (Foucault, 2004), mais aussi peut-être dès les apports de Canguilhem à l’épistémologie des sciences médicales (Canguilhem, 1966), ce qu’on pourrait appeler une philosophie politique du corps s’est attachée à décrire les modalités de l’arraisonnement politique des subjectivités en passant par l’analyse de technologies de pouvoir essentiellement dirigées vers le corps. Ces technologies biopolitiques qui convoquent l’humain dans sa naturalité sont devenues peu à peu le modèle de référence pour approcher les divers points d’application du pouvoir, notamment la constitution performative des genres (Butler, 2002 ; Haraway, 2009). De l’autre côté, une tradition essentiellement anthropologique a mis l’accent sur la dimension symbolique du corps. En décrivant les systèmes de représentation des substances corporelles qui pilotent la constitution des identités sexuelles et les règles de parenté (Héritier, 1996), l’ordre rituel et politique (Godelier, 1982), ou encore la définition du pur et de l’impur (Douglas, 2005), l’anthropologie s’est elle aussi confrontée directement au problème de l’intervention du naturel dans le social par le biais d’une réflexion sur le corps. Il est frappant que ces deux grands styles théoriques n’aient pas encore fait l’objet d’une synthèse, si celle-ci est possible, et coexistent trop souvent dans une ignorance réciproque. Pourtant, de nouveaux objets suscitent la convergence des problématiques, parmi lesquels on peut retenir les questions liées à la santé (Fassin, 1996 ; Fassin et Memmi, 2004) et à l’hygiène (Keck, 2008), ou encore au développement des nouvelles technologies génétiques et reproductives (Strathern, 1992 ; Rabinow, 2000). L’ouverture de ces nouveaux fronts actualise en réalité le fait que les traditions de philosophie politique et d’anthropologie sociale du corps avaient vocation à se rencontrer, notamment en raison du fait qu’elles partagent certains problèmes fondamentaux. Ainsi, dans les deux traditions se pose la question tout à fait cruciale de la relation de réciprocité entre ce qu’on pourrait appeler l’inscription et l’expression politique des corps. En effet, les structures d’ensemble qui ordonnent les rapports sociaux comme les rapports de pouvoir s’inscrivent sur la matérialité du corps, et induisent d’ « en haut » des représentations de soi, et  réciproquement, les usages individuels du corps s’expriment d’ « en bas » dans des contextes collectifs qui forment leur référence obligée et souvent tensionnelle. Ce jeu de l’inscription et de l’expression, qu’on le saisisse en termes symboliques ou pratiques, constitue le passage obligé d’une théorie sociale qui voudrait prendre en compte le rôle du corps, dans la mesure où ce dernier ne surgit jamais de lui-même, isolément, mais seulement dans son articulation avec des axes plus généraux que sont les conceptions de la naturalité, de la personne, de la communauté et du cosmos.

C’est donc parce que la problématique du corps nous invite à articuler différents niveaux de perception et de manifestation de la réalité sociale qu’elle impose un défi à la philosophie. Les clivages qu’elle manipule ordinairement entre physique et mental, privé et public, nature et société, ou encore microcosme et macrocosme, se trouvent en effet déstabilisés, et avec elles les formulations conceptuelles traditionnelles de la corporéité humaine. Nous voudrions donc lors de cette journée d’études interroger le complexe théorique où le corps humain intervient comme révélateur et comme perturbateur, et ce dans l’esprit d’une synthèse philosophique des approches sociales du corps. Sont donc conviés tous les jeunes chercheurs qui, en philosophe, mais aussi en sociologie, anthropologie, histoire, rencontrent ces problématiques, et partent à la recherche de cadres conceptuels originaux pour les développer.

Cette journée destinée aux doctorants et jeunes chercheurs se déroule dans le cadre des activités du laboratoire « Logiques de l’Agir » de l’Université de Franche-Comté (EA 2274), le 27 janvier 2010 à Besançon. Elle sera clôturée par une conférence de F. Keck, organisée en partenariat avec le séminaire « Nature et société ».

Les propositions de communication (une page environ, présentant le domaine d’étude et le cadre théorique employé + une rapide présentation de l’auteur et de ses recherches) sont à faire parvenir avant fin Octobre à :

La version finale des propositions retenues devra être rendue avant fin Décembre pour être communiquée aux discutants.

Bibliographie :

Butler, J. La vie psychique du pouvoir, Leo Scheer, 2002.

Canguilhem, G. Le normal et le pathologique, PUF, 1966.

Corbin, A., Courtine, J.-J., Vigarello, G. Histoire du corps, 3 vol., Seuil, 2005-2006.

Douglas, M. De la souillure, Essai sur les notions de pollution et de tabou, La Découverte, 2005.

Fassin, D. L’espace politique de la santé, Essai de généalogie, PUF, 1996.

Fassin, D., Memmi, D. Le gouvernement des corps, Editions de l’EHESS, 2004.

Foucault, Sécurité, territoire, population, Gallimard/Seuil, 2004.

 – Naissance de la biopolitique, Gallimard/Seuil, 2004.

Godelier, M. La production des grands hommes, Flammarion, 1982

Godelier, M., Panoff, M. Le corps humain, Conçu, supplicié, possédé, cannibalisé, CNRS, 2009

Haraway, D. Des singes, des cyborgs et des femmes, J. Chambon, 2009.

Héritier, F. Masculin/Féminin I, La pensée de la différence, Odile Jacob, 1996.

Keck, F. « Risques alimentaires et catastrophes sanitaires », Esprit, Mars/Avril 2008.

Marzano, M. (dir.) Dictionnaire du corps, PUF, 2007.

Mauss, M. « Les techniques du corps », in Sociologie et anthropologie, PUF, 2004.

Rabinow, P. Le déchiffrage du génome, L’aventure française, Odile Jacob, 2000.

Strathern, M. After nature, Cambridge University Press, 1992.

Lieux

  • Université de Franche Comté, rue Mégevand
    Besançon, France

Dates

  • vendredi 30 octobre 2009

Mots-clés

  • corps, nature, société

Contacts

  • Pierre Charbonnier
    courriel : pierre [dot] charbonnier [at] ehess [dot] fr
  • Jan Marsalek
    courriel : marsalek [at] flu [dot] cas [dot] cz
  • Gildas Salmon
    courriel : gildas [dot] salmon [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Pierre Charbonnier
    courriel : pierre [dot] charbonnier [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Expressions et inscriptions sociales du corps », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 septembre 2009, http://calenda.org/198881