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Participation citoyenne à la coopération internationale

Nouvelles pratiques solidaires ou populisme développeur ?

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Publié le jeudi 24 septembre 2009 par Delphine Cavallo

Résumé

Fin 2007, début 2008, l’affaire dite de « L’arche de Zoé » a défrayé la chronique en Europe et en Afrique. Au-delà des jugements souvent péremptoires sur cette expérience maladroite et malheureuse, l’on peut également souligner la dimension populaire voire populiste d’une organisation qui a articulé sa démarche - contestable - au sein du double cadre d’une critique de l’aide instituée et d’une consécration de l’héroïsme humanitaire. Le scandale a ainsi mis en visibilité l’existence d’une démarche certes singulière mais nullement isolée dans le monde contemporain de la « solidarité internationale ». Situées soit en marge soit partiellement associées aux acteurs institués de l’aide internationale elles existent bel et bien. Notre séminaire visera donc à réunir acteurs de la coopération et chercheurs afin de réfléchir sur la réalité de ces participations du « simple citoyen » à la coopération internationale.

Annonce

Fin 2007, début 2008, l’affaire dite de « L’Arche de Zoé » a défrayé la chronique en Europe et en Afrique. Au-delà des jugements souvent péremptoires sur cette expérience maladroite et malheureuse, l’on peut également souligner  la dimension populaire voire populiste d’une organisation qui a articulé sa démarche -contestable- au sein du double cadre d’une critique de l’aide instituée et d’une consécration de l’héroïsme humanitaire. Le scandale a ainsi mis en visibilité l’existence d’une démarche certes singulière mais nullement isolée dans le monde contemporain de la « solidarité internationale »[1]. Situées soit en marge soit partiellement associées aux acteurs institués de l’aide internationale elles existent bel et bien. En Belgique le terme généralement retenu pour les désigner est le suivant : Initiatives Populaires de Solidarité Internationale (IPSI). Elles n’entrainent pas forcément les mêmes conséquences que les activités de L’Arche de Zoé et bénéficient rarement d’une visibilité dépassant le cadre local.

Notre séminaire visera donc à réunir acteurs de la coopération et chercheurs afin de réfléchir sur la réalité de ces participations du « simple citoyen » à la coopération internationale. 

Pour le chercheur, il n’est d’ailleurs pas toujours simple d’identifier ces initiatives citoyennes, pourtant nombreuses. C’est que l’objet en lui-même est difficile à cerner. Tout d’abord, une initiative « populaire » ou « citoyenne » – formulée puis portée par un ou plusieurs « simples individus » – peut très vite être relayée par différents acteurs, se fondre dans une stratégie d’éducation au développement d’une Organisation Non Gouvernementale (ONG) ayant pignon sur rue, être soutenue par une municipalité en quête de pratiques solidaires vers le Sud, etc. Cela peut entraîner une dilution de l’identité « populaire » de ces initiatives. Celles-ci peuvent être soutenues par des acteurs inscrits dans différents champs sociaux (migrants, syndicats, écoles, « simple » citoyens et groupes d’amis…) et constituer des acteurs de l’aide disposant de ressources inégales, de niveaux de structuration différents et développant des stratégies et des logiques d’action variables. Parfois, lorsque l’initiative populaire s’inscrit dans la longue durée son histoire est réécrite par ses membres, l’initiateur originel souvent absent ou même gommé de la mémoire. Les IPSI peuvent ainsi être aussi étudiées en termes de trajectoire solidaire. Ces IPSI peuvent dès lors être assimilées à une période particulière d’une initiative qui fut - ou deviendra - plus instituée (IPSI à l’origine d’une ONG ou IPSI comme forme déclinante d’une structure jadis reconnue par le complexe développeur national).

En Belgique francophone, une institution publique chargée de soutenir ces initiatives citoyennes[2]Par cette étiquette s’exprime une volonté de cerner voire de valoriser un ensemble extrêmement hétéroclite d’acteurs rassemblés par une catégorie définie par la négative : on traite alors d’un ensemble d’acteurs qui ne font pas partie des acteurs « habituels », institués, des trois premiers piliers de la coopération au développement (donc ni aide bilatérale, ni aide multilatérale, ni secteur ONG). Cette catégorisation donne un côté fourre-tout qui ne facilite pas l’étude. Le danger est alors de vouloir cerner les dynamiques particulières de ce « quatrième pilier » tout en les comprimant dans une catégorie définie trop largement (d’où une perte de finesse dans l’analyse). Peut-on ainsi regrouper sous un seul label les projets conduits par les services internationaux d’organisations syndicales, les projets de co-développement d’associations de migrants, les projets de coopération décentralisée au Bénin de la ville de Huy, une animation de quartier mise sur pied par un groupe paroissial et encadrée par une ONG de développement dans le cadre de ses pratiques d’éducation au développement, etc. ? a récemment répertorié  plus de 800 activités de ce type (en Wallonie et à Bruxelles)  dont les initiateurs ont une origine variée : universités, écoles, organisations syndicales ou mutuelles, mouvements de femmes ou de jeunes, associations sans but lucratif, centre interculturels et organisations de migrants, etc. Du côté néerlandophone du pays, le concept de « 4e pilier » (« vierde pijler ») employé pour décrire ces initiatives connaît un succès important.

En France, ce travail préliminaire de recension n’a quasiment pas été entrepris.

Au plan des politiques de l’aide au développement, il est certainement urgent de comprendre ces acteurs qui agissent dans le cadre d’une solidarité internationale au sein de réseaux peu ou pas du tout intégrés dans la stratégie d’aide des institutions publiques. Il est utile de mesurer l’apport de tous ces acteurs, d’identifier leur éventuelle plus-value et les problèmes potentiels qu’ils peuvent causer (notamment en perturbant des relations politico-diplomatiques ou les stratégies des  agences de coopération plus institutionnalisées). 

Sur un plan scientifique, il n’est pas certain que cette catégorisation large soit bénéfique car les éléments de proximité entre ces acteurs et activités nous semblent pour l’instant moins nombreux que ce qui les distingue. Un travail initial doit dès lors être entrepris pour cerner les contours de cet objet.

Trois axes de travail

L’un des premiers axes de réflexion de ce séminaire cherchera à clarifier les contours de ces initiatives non instituées. Quelles sont ces initiatives ? Qui sont les acteurs sociaux à l’origine de ces initiatives ? Quelles sont leurs motivations ? En quoi consistent ces initiatives ? Quelle forme de participation à la solidarité internationale autorisent-elles ?  Quelles sont leur réalité ici en Europe mais aussi dans les pays du Sud ? Quelles sont les forces et les faiblesses, les opportunités et les limites de ces initiatives ? Mais aussi quelles en sont les racines historiques ? En quoi s’agirait-il d’une innovation sociale dans les pratiques d’engagement vers le Sud ?

D’aucun ont critiqué le caractère naïf, mal préparé ou amateur des démarches entreprises par les membres de l’Arche de Zoé dès la phase de préparation jusqu’à la débâcle de la campagne de récupération d’enfants « orphelins » du Darfour au Tchad. Mais en Belgique, par exemple, des ONG comme Volens, Solidarité Socialiste ou encore Entraide et Fraternité encadrent plusieurs centaines de « groupes de solidarité », organisations assez peu structurées, fréquemment fondées sur une base familiale autour d’un(e) ex-coopérant ou travailleur humanitaire et mobilisées autour d’un projet de développement (dans différents domaines : santé, éducation, infrastructures…). Ce séminaire envisagera aussi l’importance de cet encadrement comme mécanisme de régulation de ces initiatives populaires et surtout de prévention des dérives type Arche de Zoé. Quelles sont les relations entre ces initiatives et les acteurs institués (pouvoirs publics, institutions internationales, ONG…) de l’aide au développement ?

Enfin, un dernier axe de réflexion possible pouvant alimenter nos travaux portera sur les conditions d’impulsion de ces initiatives. On peut se demander en effet jusqu’à quel point l’émergence d’initiatives populaires de solidarité internationale participe, même en creux, d’une remise en cause des mécanismes de l’aide tels qu’ils existent jusqu’à présent. Quelles sont les représentations de la coopération au développement qui animent ces initiatives ? Sur base de quelle légitimité fondent-elles leur mobilisation au Nord et leurs interventions au Sud ? En quoi les politiques contemporaines de coopération au développement (déclaration de Paris, OMD, consensus de Monterrey) marquées par une volonté de  recentrage de l’aide sur certains pays, la recherche d’une plus grande efficacité et d’une plus grande cohérence de l’aide ainsi qu’un alignement des stratégies des bailleurs limitent ou, au contraire, alimentent (comme un contrecoup) ces initiatives ?

Informations pratiques

Ce séminaire est organisé par le CRPS (Paris I)  et le Pôle Liégeois des Sociétés Urbaines en Développement (POLE SUD – ISHS/ Université de Liège)

Il se tiendra les 26 et 27 février 2010 à la Sorbonne.

Les langues de travail seront principalement le français et l’anglais.

Les propositions de communication  (4000 caractères maximum espaces compris) sont attendues pour le 1er novembre 2009 et doivent être simultanément transmises à :

[1] Suivant la dénomination assez largement acceptée, notamment dans le milieu non gouvernemental.

2 Cellule d’Appui à la Solidarité Internationale Wallonne (CASIW)

Catégories

Lieux

  • Paris I Panthéon-Sorbonne
    Paris, France

Dates

  • dimanche 01 novembre 2009

Mots-clés

  • solidarité internationale, initiatives citoyennes

Contacts

  • Gautier Pirotte
    courriel : Gautier [dot] Pirotte [at] ulg [dot] ac [dot] be
  • Philippe Ryfman
    courriel : cabinet [dot] ryfman [at] free [dot] fr

Source de l'information

  • Gautier Pirotte
    courriel : Gautier [dot] Pirotte [at] ulg [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Participation citoyenne à la coopération internationale », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 24 septembre 2009, http://calenda.org/198901