AccueilDécrire la violence

Décrire la violence

Describing violence

Appel à contribution revue Tracés n° 19

Call for papers Tracés n°19

*  *  *

Publié le jeudi 24 septembre 2009 par Marie Pellen

Résumé

Face au foisonnement et aux oppositions théoriques dans le champ des études sur la violence, le numéro de Tracés n’entend pas défendre une ligne théorique exclusive, mais bien plutôt inciter les contributeurs à discuter de la pertinence de modèles descriptifs et explicatifs en rapport à des terrains déterminés et des techniques de recherche explicitées. Poser la question en termes de description permettra – c’est le pari de ce numéro – de reposer certains problèmes (celui des causes, des facteurs de la violence, mais aussi de ses effets sur les corps, individuels et politiques), voire d’en faire émerger de nouveaux, hors des oppositions paradigmatiques discutées en sciences sociales depuis un demi-siècle.

Annonce

Violences extrêmes, politiques, insurrectionnelles, révolutionnaires, domestiques, physiques, symboliques, verbales, morales… Il n’existe aucun consensus définitionnel en philosophie et encore moins dans les sciences sociales sur les limites et la portée de la notion de violence. Elle renvoie plutôt à un champ d’expériences qui reste à spécifier. Longtemps pensée dans la philosophie politique classique comme l’envers du droit (Arendt, 1969), ou à l’inverse comme praxis révolutionnaire (Fanon, 1961), la violence hante la définition et les frontières de la légitimité. À l’opposé, les sciences sociales, dans leur travail critique sur la violence, se sont concentrées depuis les années 70 sur la recherche d’une définition non normative, refusant de la réduire à un phénomène obscur à lui-même et purement irrationnel[1] (Graham et Gurr, 1979). Pourtant, l’un des apports de l’anthropologie est d’avoir montré que la violence n’est pas identifiable à la façon d’objets matériels ou d’états déterminés, en d’autres termes, elle ne s’observe pas, mais sa spécification résulte de procédures ouvertes de qualification (Lenclud, 1984) : l’explication de la violence est donc toujours déjà ancrée dans un travail de catégorisation. C’est ce constat simple qui a guidé le choix, pour le titre de ce numéro, de la description, car ce sont les dispositifs, les sources, les méthodes, les formats utilisés pour construire l’objet « violence » dans les discours des sciences humaines et sociales que nous voudrions mettre au centre des questionnements.

Face au foisonnement et aux oppositions théoriques dans le champ des études sur la violence (Scheper-Hugues et Bourgois, 2004), le numéro de Tracés n’entend pas défendre une ligne théorique exclusive, mais bien plutôt inciter les contributeurs à discuter de la pertinence de modèles descriptifs et explicatifs en rapport à des terrains déterminés et des techniques de recherche explicitées. Poser la question en termes de description permettra – c’est le pari de ce numéro – de reposer certains problèmes (celui des causes, des facteurs de la violence, mais aussi de ses effets sur les corps, individuels et politiques), voire d’en faire émerger de nouveaux, hors des oppositions paradigmatiques discutées en sciences sociales depuis un demi-siècle[2].

1. Terrains et formes de violences

Force est de constater – même s’il s’agit d’un lieu commun – que les violences sont multiples et hétérogènes : délinquance, terrorisme, viols, vols, déprédations, insultes, sont autant de formes de violences étudiées par différents champs des sciences sociales. En apparence, ces violences sont incommensurables : la violence verbale ne nous dit rien de la torture, de la même façon que le meurtre conjugal des violences politiques. Et le danger consisterait à les amalgamer. Pourtant, comparer, « c’est différencier » et c’« est l’une des rares possibilités offertes aux sciences sociales pour “tester” leurs hypothèses, à défaut de pouvoir les soumettre à un protocole expérimental.» (Sémelin, 2005, p. 18). Dans les études sur la violence tout particulièrement, il semble que la comparaison soit une démarche complexe mais décisive : les débats épistémologiques sur la catégorie de massacre en sont la preuve (El Kenz, 2005). C’est la comparaison entre les violences extrêmes de la Shoah, du Rwanda et de la Bosnie, qui conduit par exemple Jacques Sémelin à la construction de la catégorie de « massacre », plus opératoire que celle controversée de « génocide ». Or, ce débat n’est pas interne à l’histoire mais a des développements conséquents en droit et en anthropologie notamment (Assayag, 2007). L’appréhension transversale de la violence par différentes disciplines occasionne donc des importations d’outils et de méthodes : les recherches menées en sociologie sur les violences au travail qui se sont nourries des développements récents de la psychodynamique (Dejours, 2005) et de la philosophie sociale (théories de la reconnaissance) en sont un bon exemple[3]. D’autres terrains se sont élaborés à l’interface de la sphère académique et de la sphère militante, par exemple celui qui analyse les violences faites aux femmes, le mouvement féministe ayant grandement contribué à la mise au jour et à la pénalisation de certaines formes de violences (violences conjugales, mariages forcés, etc.). Et il n’est sans doute pas anodin que le développement en histoire des questions de genre ait coïncidé avec un renouveau des études sur la criminalité féminine, qui a longtemps souffert d’un silence historiographique, reproduisant certains stéréotypes genrés sur la prétendue « nature » non violente des femmes (Perrot, 1975). Ces quelques exemples soulignent l’importance des croisements disciplinaires et/ou méthodologiques dans le champ des études sur la violence. Quels sont les champs où ces « hybridations » sont les plus opératoires ? Quelles sont les formes de violence qui souffrent au contraire de recherches trop sectorisées ? Quels sont les problèmes que posent les « importations d’outils » conceptuels et méthodologiques ? Autant de questions que nous souhaiterions voir aborder en lien avec la description de violences situées.

2. Le parti pris descriptif

Qualifier une recherche de « simplement descriptive » peut avoir une dimension péjorative impliquant l’absence d’ambition théorique. Pourtant, la description constitue une étape indispensable de la recherche en sciences sociales. Dès lors, quels sont les critères à retenir pour décrire la violence ? Et qu’est-ce qui, à proprement parler, fait l’objet d’une description : des motifs, des actions, des interactions, des conflits, des souffrances ? En outre, peut-on décrire des violences qui ne s’attestent pas dans le corps (violences morales (Braud, 2004), violences symboliques (Bourdieu, 1991)) ? À ces questions qui touchent au contenu de la description, il faut ajouter celles corrélées à la recherche de validité, de neutralité, de complétude, caractéristiques d’une description objective (Ackerman, 1985, p. 122) : si la description du sociologue ou du politiste s’ancre dans l’expérience des acteurs, de quelle manière le fait-elle ? Autrement dit, il s’agit de savoir quel rapport – de continuité ou de rupture – avec le monde social la catégorisation scientifiquement construite entretient ; question classique de l’épistémologie des sciences sociales mais qui revêt une grande acuité dans les études sur la violence. Doit-on, par exemple, considérer comme violente toute situation perçue comme violente par les acteurs sociaux ? Ou bien doit-on qualifier les situations et actions violentes en se référant à une définition externe aux pratiques situées des acteurs ? Enfin, la violence ne fait que très rarement l’objet d’une observation directe, ce qui ne manque pas d’engager des questionnements méthodologiques et éthiques dans la perspective d’une ethnographie de la violence (Naepels, 2006, p. 491).

Sources de description de la violence

Précisons que les descriptions peuvent prendre différentes formes qui n’auront d’ailleurs pas les mêmes fonctions heuristiques ou explicatives. Elles sont donc à envisager en lien avec la question des sources, qui peuvent être discursives, testimoniales, iconographiques, ou encore statistiques. Les témoignages par exemple, en proposant des narrations singularisées, offrent la possibilité de construire des descriptions qualitatives d’expériences ou de faits de violence. Mais cela n’exclut pas de pouvoir produire à partir de cette matière singulière des formalisations d’événements violents : la question sera ici de savoir comment s’opère la « montée en généralité ». Car la somme des témoignages d’acteurs ayant vécu un même épisode violent ne fournit pas nécessairement un tableau homogène et cohérent. Cet écart est patent à la lecture des deux ouvrages de Jean Hatzfeld (2001, 2003) sur le génocide rwandais, les témoignages des bourreaux, à l’opposé de ceux des victimes, étant plus préoccupés par l’euphémisation et la justification des violences, que par le compte rendu des souffrances infligées[4].

Les sources judiciaires et policières, les enquêtes de victimation[5] offrent quant à elles la possibilité de descriptions statistiques, et donc quantitatives, des violences (Lagrange et al., 1999, 2003). Ces sources posent à leur tour des questions décisives : le chiffre noir en premier lieu, qui renvoie à l’invisibilité statistique des violences non enregistrées ; en deuxième lieu le choix des indicateurs sélectionnés pour la mesure de la violence ; enfin le formatage des sources par ceux qui en détiennent le monopole (soit de l’exercice, soit de la qualification). La dernière revêt une importance toute particulière quand elle est associée aux qualifications publiques et collectives de ce qui est considéré comme une violence illégitime (Dewerpe, 2006).

Formats de description

Enfin, la question des sources appelle celle des formats de description, supports sur lesquels se déploie l’activité descriptive. Ici nous aimerions ouvrir la discussion aux disciplines artistiques et questionner notamment des formes non discursives de représentation de la violence. Y a-t-il des dispositifs non textuels de description de la violence ? La description, qui suppose un rapport de reproduction du réel, est-elle une catégorie pertinente pour parler de ces dispositifs ? Le cinéma apparaît à première vue comme un support privilégié (Cassavetes, Haneke, Un Prophète de Jacques Audiard en sont de bons exemples). La danse (chorégraphies de Meg Stuart, de Boris Charmatz) ouvre également des perspectives où la matérialité du corps devient support de représentation de la violence. Cependant, il faut garder en mémoire deux écueils liés à la narration de la violence (Das et Kleinman, 2000, p. 282) : celui de l’euphémisation ou de l’aseptisation d’une part et celui de la spectacularisation de l’autre, écueils qui pourront justement être réinterrogés à la lumière du travail esthétique. Par ailleurs, la question de la narration de la violence peut être abordée de multiples façons dans le champ littéraire à l’image de la scénarisation magistrale qu’en offre William T. Vollmann (2009) dans son Livre des violences. Enfin, les musées qui commémorent les violences extrêmes constituent des lieux privilégiés où s’élabore une narration inédite dont les enjeux sont multiples (Assayag, 2007) : offrir un espace de parole publique pour que les violences soient dites, rendre justice aux victimes par la désignation des bourreaux, délivrer un message de vigilance. Les rapports entre muséographie et description des violences nous semblent être de ce point de vue une problématique riche à explorer.

La focale sur la description n’a donc pas vocation à écarter toute réflexion sur les modèles explicatifs de la violence mais plutôt à essayer d’en reformuler les obstacles ou apories épistémiques. Nous espérons de la sorte inciter les auteurs à questionner les modalités d’accès aux phénomènes violents à travers la description de terrains originaux et encourager à mettre au clair le rôle de la description, non seulement dans l’explication mais aussi dans la catégorisation et la qualification de la ou des violences.

3. Description et qualification

La notion de violence fait les frais d’une accusation récurrente de « normativisme ». Wittgenstein à sa manière résume les enjeux de ce débat : « La violence est-elle un concept descriptif, ce qui légitimerait son usage dans les sciences sociales ? La qualification d’un fait comme “ violence ” constitue-t-elle une proposition scientifique, véridictionnelle, éventuellement soumise à corroboration, critique, infirmation ou réfutation […] ou est-elle plutôt “ un jugement éthique ” ? » (Wittgenstein, 1971, p. 145). Il nous semble important de mettre au centre de ce numéro la question de la normativité présumée du concept, c'est-à-dire de sa prétendue dimension évaluative (dans un sens éthico-moral). Qualifier une situation de violente, c’est implicitement la dénoncer et appeler à un changement de cet état de chose, ou à une réparation. L’apport des théories marxistes sur la question de la violence est de ce point de vue décisive : elles ont permis de contester la vision unilatérale de la violence comme anomie et désordre, en montrant qu’elle était aussi structurellement produite par les appareils d’État (Althusser, 1994), et qu’elle pouvait se renverser en puissance émancipatrice, en violence révolutionnaire. Etienne Balibar (2001) analyse la complexité des usages de cette notion dans la théorie matérialiste, qui reposent en allemand sur une ambigüité (Gewalt signifie à la fois violence, force et pouvoir) et met à jour le paradoxe que le marxisme entretient avec cette notion.

Souligner la violence d’une situation ou d’un événement a indéniablement des effets politiques, le plus souvent de délégitimation. Or, ces effets sont corrélés à l’usage de sous-catégories qui portent elles aussi des enjeux de qualification : parler des évènements de Clichy-sous-Bois de 2005 en termes d’« émeutes », ou bien de « violences urbaines » ou encore de « violences sociales » n’aura pas la même signification. Comme le montrent les travaux récents sur la question (Kokoreff, 2008), certains énoncés ont pour vocation de « dépolitiser » les actes de violence, de les réduire à des actes de délinquance appelant une répression sévère[6]. Pour autant, donner un sens politique à des violences collectives sans que les acteurs revendiquent publiquement des significations protestataires n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes. Quels sont les effets de légitimation ou de délégitimation impliqués par le travail même du chercheur ? Doit-il prévoir, anticiper ces effets ? Une manière d’affronter ce problème en le décentrant consiste à analyser les conditions de production des discours sur les violences et violences extrêmes : selon Didier Fassin et Patrice Bourdelais (2005, p. 9), elles s’inscrivent dans une économie morale qui se caractérise par un déplacement des figures de l’intolérable. Mais à côté de l’intolérable de certaines violences, c’est l’invisibilité sociale et politique qui en caractérise d’autres : la théorie de la reconnaissance (inspirée d’Axel Honneth) permet de formaliser des types de violences sociales ordinaires (pratiques liées à des formes de racisme, de sexisme institutionnalisés) à partir de la détermination de différents « dénis de reconnaissance » (Renault, 2004, p. 194). Cette théorie pourrait trouver des applications empiriques dans l’étude des violences au travail à travers la catégorie controversée de harcèlement, ou des violences contre les prisonniers, contre les malades mentaux dans les institutions pénitentiaires et psychiatriques.

Enfin, les enjeux de qualification, loin d’être seulement internes aux discours produits par les sciences sociales, sont aussi au cœur des usages sociaux de la notion de violence. « Dire » la violence et la raconter peut revêtir une fonction pacificatrice : c’est en tout cas la vocation des commissions vérité et réconciliation. À propos de celle mise en place en Afrique du Sud à la fin de l’apartheid, Barbara Cassin explique que les récits de violence par les perpetrators ont un pouvoir instituant (2004, p. 52) : ils ont pour conséquence de les réhumaniser et de les rendre justes aux yeux de la communauté – leur confession publique étant la seule possibilité d’accéder à une demande d’amnistie. On voit donc bien, à travers ces exemples, à quel point les enjeux épistémologiques et politiques appellent un questionnement conjoint.

Bibliographie indicative

Ackerman Werner, 1985, « Visées et limites de la description », Décrire : un impératif ? Description, explication, interprétation en sciences sociales, W. Ackerman, B. Conein, C. Guigues, L. Quéré, D. Vidal éd., t. 2, Paris, EHESS.

Althusser Louis, 1994, « Marx dans ses limites », Ecrits philosophiques et politiques, t.1, Paris, Stock/IMEC, p. 327-524.

Arendt Hanna, 1995 [1969], « Sur la violence », Du mensonge à la violence, Paris, Agora, p. 105-187.

Assayag Jackie, 2007, « Le spectre des génocides. Traumatismes, muséographie et violences extrêmes », Gradhiva, n° 5, p. 7-23.

Balibar Etienne, 2001, « Gewalt », Historisch-Kritisches Wörterbuch des Marxismus, , Band 5, Hamburg, Fritz Haug Edition.

Bourdieu Pierre, 1991, Langage et pouvoir symbolique, Paris, Le Seuil.

Branche Raphaëlle, 2001, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Gallimard.

Braud Philippe, 2004, Violences politiques, Paris, Le Seuil.

Cassin Barbara, 2004, « Amnistie et pardon : pour une ligne de partage entre éthique et politique », Le Genre humain, n° 43, p. 37-57.

Das Veena, Kleinman Arthur éd., 2000, Violence and Subjectivity, University of California Press.

Diouf M. éd., 1999, L’historiographie indienne en débat, colonialisme, natinalisme, et sociétés postcoloniales, Editions Karthala et Séphis, Paris.

Dejours Christophe, 2005, Commission «Violence, travail, emploi, santé », Travaux préparatoires à l’élaboration du Plan Violence et Santé en application de la loi relative à la politique de santé publique, du 9 août 2004, Paris, La documentation française.

Dewerpe Alain, 2006, Charonne 8 février 1962, Anthropologie historique d’un massacre d’Etat, Paris, Gallimard.

Eckstein Harry, 2002 [1980], « Violences politiques, les approches théoriques », Les Cahiers de la sécurité intérieure, n° 47, p. 167-193.

El Kenz David éd., 2005, Le massacre, objet d’histoire, Paris, Gallimard.

Fassin Didier, Bourdelais Patrice, 2005, Les construction de l’intolérable, études d’anthropologie et d’histoire sur les frontières de l’espace moral, Paris, La Découverte.

Fanon Franz, 1961, Les Damnés de la Terre, Paris, La Découverte/poche.

Graham Hugh D., Gurr Ted R., 1979, Violence in America : Historical and comparative Perspectives, London, Sage Publications.

Hatzfeld Jean, 2001, Dans le nu de la vie : récits des marais rwandais, Paris, Le Seuil.

— 2003, Une saison de machettes : récits, Paris, Le Seuil.

Iacub Marcela, Le Bras Hervé, 2003, « Homo mulieri lupus? À propos d’une enquête sur les violences envers les femmes », Les Temps Modernes, n° 623, p. 112-132.

Jaspard Maryse éd., 2003, Les Violences envers les femmes en France : une enquête nationale, Paris, La Documentation française.

Kokoreff Michel, 2008, Sociologie des émeutes, Paris, Payot et Rivages.

Naepels Michel, 2006, « Quatre questions sur la violence », L’Homme, n° 177-178, p. 487-495.

Perrot Michelle, 1975, « Délinquance et système pénitentiaire en France au XIXe siècle », Annales ESC, p. 67-91.

Renault Emmanuel, 2004, L’expérience de l’injustice, Paris, La Découverte.

Scheper-Hughes Nancy, Bourgois Philippe éd., 2004, Violence in War and Peace : An Anthology, Malden, Blackwell.

Tilly Charles, 2003, The Politics of Collective Violence, Cambridge, Cambridge University Press.

Vollmann William T., 2009 [2004], Le livre des violences, Paris, Tristram.

Wittgenstein Ludwig, 1971 [1929-1930], « Conférence sur l’éthique », in Leçons et conversations sur l'esthétique, la psychologie et la croyance religieuse, Paris, Gallimard, p. 141-155.

Nous le rappelons à chaque numéro : l’appel à contribution n’a en aucun cas valeur d’obligation. Il a simplement vocation à suggérer aux rédacteurs potentiels quelques pistes générales de réflexion, à leur rappeler également que la revue Tracés attend un propos analytique et argumenté.

Nous avons choisi de distinguer deux rubriques au sein des articles : une rubrique « analyses » et une rubrique « enquête ». Cette distinction a pour but de clarifier la démarche de l’article, étant entendu que la présentation de l’argumentation et les exigences de recevabilité ne sont pas les mêmes quand il s’agit d’un article seulement théorique ou quand il s’agit d’un article provenant d’une étude empirique.

« Analyses »

Cette rubrique regroupe des articles théoriques articulés autour d’un problème général, directement relié au thème du numéro. Les contributions doivent donc absolument comprendre une bibliographie appuyant la thèse centrale et permettant de justifier un ancrage théorique clairement annoncé. Devront de plus apparaître dans la proposition, de façon explicite, la thèse défendue et son lien direct avec le thème, les étapes de l’argumentation et un positionnement par rapport au traitement du même thème dans d’autres disciplines. Ces articles peuvent aussi bien être des commentaires de l’œuvre d’un auteur en particulier, que des travaux d’histoire de « seconde main », par exemple.

« Enquêtes »

Cette rubrique attend des contributions empiriques. Il est donc impératif de préciser le terrain qui fonde l’argumentation. Par exemple, dans un article d’histoire appuyé sur des sources, il est nécessaire de présenter le corpus. La méthode employée, à la fois pour recueillir et interpréter les données, devra aussi être justifiée. Par exemple, qu’apporte une méthode qualitative au traitement du problème, par rapport à une méthode quantitative ? Le choix d’une méthode va souvent de pair avec un ancrage théorique. L’articulation entre ces deux dimensions devra aussi apparaître. Ces contraintes ne doivent pas conduire à un simple exposé monographique. La contribution devra clairement rattacher le terrain au thème du numéro, en annonçant la thèse générale que permet d’énoncer le travail empirique.

« Notes »

Nous retenons au moins trois types de contributions : les recensions de parutions récentes, des notes critiques sur un ouvrage en particulier ou sur une controverse scientifique, la mise en lumière de travaux méconnus en France. Les recensions d’ouvrages publiés hors de France sont naturellement bienvenues.

« Entretiens »

Les contributeurs qui souhaiteraient réaliser un entretien sont invités à prendre contact directement avec le comité de rédaction (redactraces@ens-lsh.fr).

Il est donc demandé aux contributeurs de bien préciser pour quelle rubrique l’article est proposé.

NB1 : L’insertion d’images et de supports iconographiques est possible dans un nombre limité (Précisez-le dans votre déclaration d’intention).

NB2 : Les articles envoyés à la revue Tracés doivent être des articles originaux. L'auteur s'engage à réserver l'exclusivité de sa proposition à Tracés jusqu'à ce que l'avis du comité de lecture soit rendu. Il s'engage également à ne pas retirer son article une fois que la publication a été acceptée et que l'article a été retravaillé en fonction des commentaires des lecteurs.

Les rédacteurs devront envoyer leur contribution (30 000 signes pour les articles, et jusqu’à 15 000 signes pour les notes ; le nombre de signes inclut les espaces et les notes mais pas la bibliographie) avant le 28 février 2010 à l’adresse suivante : redactraces@ens-lsh.fr.

Les rédacteurs doivent informer préalablement le comité de rédaction de Tracés de leur projet par courrier électronique en indiquant le titre de leur contribution, la rubrique dans laquelle ils le proposent, ainsi qu'un bref résumé du propos.

Nous demandons également aux contributeurs de tenir compte des recommandations en matière de présentation indiquées sur la page suivante de notre site : http://traces.revues.org/index103.html


[1] En sciences politiques par exemple, à la suite des mouvements contre la guerre du Vietnam et du « Civil Rights Movement », des historiens et des sociologues à l’image de Charles Tilly, tentent de penser la violence à partir d’une définition objective censée rompre avec la définition dominante – celle du pouvoir. Ils veulent notamment montrer que la violence n’est pas seulement du côté des protestataires, mais qu’elle est aussi produite par l’État. La recrudescence des études sur les violences collectives qui a suivi (Tilly, 2003) est marquée par une nouvelle appréhension de la violence, non plus comme réaction purement émotionnelle, mais comme ressource de l’action.

[2] Ces oppositions sont résumées par Harry Eckstein (2002) en deux grandes catégories : d’un côté les théories de l’inhérence (par exemple les théories de l’acteur rationnel) et de l’autre les théories de la contingence (par exemple les théories du contrat social). Deux conceptions anthropologiques de l’homo politicus seraient sous-jacentes à ces théories, selon qu’il est mu par la recherche du pouvoir ou par la recherche de la paix.

[3] Ces recherches sur des violences pouvant aller du harcèlement au suicide, appellent une comparaison avec les violences contestataires qui font partie de nouveau, du répertoire d’action des travailleurs en grève.

[4] C’est un constat similaire que fait l’historienne Raphaëlle Branche (2001, p. 290-291) à propos des viols de femmes algériennes : ils ne sont reconnus (dans les entretiens menés avec d’anciens soldats), que de manière détournée comme faisant partie de la réalité des pratiques de guerre.

[5] Ces types d’approches statistiques de la violence sont relativement récents, ils permettent de rendre visibles des violences qui sont peu (ou pas) publicisées en raison, par exemple, des faibles taux de dépôt de plaintes. L’ENVEFF (Jaspard, 2003) sur les violences faites aux femmes en est un parfait exemple. Elle a déclenché des polémiques sur la manière dont les chercheuses ont construit leur indicateur global de violences (Iacub et Le Bras, 2003) : elles auraient concaténé des indicateurs sur des types de violences impliquant des degrés trop divers, du viol à la simple insulte.

[6] Autre champ de recherche où sont à l’œuvre des requalifications politiques des violences : celui des Subaltern Studies (Diouf, 1999) qui opèrent une relecture de la partition de l’Inde en redonnant une place active aux masses paysannes.

Dates

  • dimanche 28 février 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • violences, émeutes, violences politiques, violences genrées, épistémologie des sciences sociales

Contacts

  • Revue Tracés
    courriel : traces [at] ens-lsh [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Cécile Lavergne
    courriel : cecile [dot] lavergne [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Décrire la violence », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 24 septembre 2009, http://calenda.org/198987